ACTE TROISIÈME
il faut, pour trouver à se marier avec un autre... oh! si elle veut, et avoir du bonheur comme elle le mérite, au lieu d'être une pauvre martyre.
MARGELLE
Fort bien raisonné, mon brave Antoine ; mais ma bellemère ne pense pas à mourir pour faire mon bonheur.
ANTOINE
Oh! bien sûr qu'elle n'y pense pas... mais y a pas de mal à y penser pour elle.
MARGELLE, a un soubresaut.
Hein!
ANTOINE
Que madame ne mange pas des fraises qu'on servira demain à déjeuner !
MARGELLE, avec violence.
Un empoisonnement... vous avez l'audace... et je vous écoutais.
ANTOINE
Ah! v'ià ce que je craignais !
Sortez, misérable !
Elle va pour sonner, Antoine lui barre le chemin. ANTOINE.
Allons! allons! pas tant d'affaires, c'est pas la peine, causons un peu et nous verrons après. Vous avez pas peur qu'on vienne nous écouter : Joseph est avec le cocher et la cuisinière la femme de chambre de madame Richard aux vêpres, mademoiselle Elisa envolée, y a personne, pour venir qu'on ne sache d'où. On peut s'expliquer. D'abord on dirait que c'est un si grand péché que je propose à madame, d'envoyer sa belle-mère au cimetière! Pour sur qu'il n'y aura personne dans le pays pour dire
108 LES DAMES DU PL ESSlS«ItûU<i E
seulement tant pis! Et puis la mère d'un assassin, qui n'est pas meilleure que lui!
MA RC ELLE.
Une telle audace est inconcevable. Ah! je devine, c'est un piège, un piège qu'on me tend. Avouez que vous avez reçu de l'argent de madame Richard.
Ah ça! c'est rigolo! c'est-il drôle que madame ne comprenne pas qu'on ne veut que son bien à elle, et que ce n'est que pour l'amour d'elle qu'on travaille. Ma foi je ne dis pas qu'un petit peu avec ça je ne cherche pas ma récompense. On n'est pas un saint non plus. Pour sûr que madame est juste, et qu'elle saurait bien reconnaître un service rendu. Alors, une fois tout ça réussi comme il faut, madame penserait peut-être bien à qui l'a tirée d'embarras, efelle dirait au père Toine: Qu'est-ce que vous voulez pour votre peine? — Oh! pas grand'chose, madame, le plaisir de vousavoir obligée, c'est déjà ça, etpuis, et puis c'est dur de travailler chez les autres sur ses vieux jours, au lieu qu'un petit bout de terre, oh ! pas bien grand, mais enfin que ça pourrait faire ma suffisance, sans que ça coûte pour ainsi dire à madame... et comme ça tout le monde y trouverait son profit. Hé! c'est-il pas un beau marché que je propose là à madame ?. .. Madame n'a pas l'air décidé. C'est que ça répugne à madame. Je comprends ça... c'est pas des ouvrages de femme, ces choses-là ! Mais madame n'aura rien à faire qu'à se croiser les bras, c'est moi qui me chargerai de toute la besogne. Ça viendra tout seul dans les quatre ou cinq mois. Madame a encore de la méfiance; p't'ètre bien que madame a peur que je ne sois pas capable de mener la chose comme il faut, et qu'alors, ça ait pour madame toutes les conséquences, naturellement. Mais madame peut être tranquille là-dessus. On a beau n'avoir pas étudié, on sait ce qu'on sait. Y en a des qu'on appelle des sorciers dans le pays, que c'est pas eux qui m'en remontreront ; et, pour les médecins à voir du louche et chercher chicane, ah : les méde-