ACTE TROISIEME Hi
LE CURÉ
Oh! taisez-vous, taisez-vous, mon enfant ! Songez que c'est à un prêtre que vous parlez.
M AHCELLE.
Ah! je le savais bien que j'étais folle de in 'adresser à vous, et que vous ne pourriez jamais me comprendre !
LE CURÉ
Vous vous trompez. Vous êtes une créature qui souffro, et le Christ a ordonné de porter aide et assistance à tous ceux qui souffrent.
MARCEL L E
Alors ne ferez-vous rien pour moi, me laisserez-vous entre les mains de cette femme qui me hait et ne veut me retenir auprès d'elle que pour me torturer à loisir, et se venger sur moi de la condamnation de son fils?
LE CURÉ
Oh! mon enfant, comment pouvez-vous prêter de tels sentiments à madame Richard ? Mais je comprends que pour vous ce séjour n'est plus possible, et je veux m'entremettre auprès de votre belle-mère...
MARCELLE
Ah ! qu'obtiendriez-vous d'elle, monsieur le curé? C'est de vous, de vous seul que peut venir l'appui, le secours.
LE CURÉ
Demoi?Et que puis-je donc faire pourvous, moi?. ..vous faciliter l'entrée d'un couvent, d'une maison de retraite.
M A R CELLE
Entrer dans un couvent, monsieur le curé, dans un couvent, moi, qu'irais-je y faire?
LE CURÉ
Y trouver la paix du cœur, mon enfant, en y implorant le pardon de Dieu.
MARCEL r. E.
Ah ! monsieur le curé... je m'adresse à vous, à l'homme, à l'ami, et vous me parlez en prêtre ; je vous demande un asile, vous m'offrez une prison. Mais ne voyez-vous j > ; i s que si je n'ai pas le courage de me tuer, ce n'est pas Le sentiment religieux qui me retient, c'est que j'aspire à la vie, à la liberté, de toutes les révoltes de ma jeunesse ;' le suis une malade qui se cramponne à l'existence, qui vc-ut oublier ses souffrances et ses misères, retremper ses forces dans le soleil, dans la lumière, et vous voulez que j'aille m'ensevelir vivante dans la désolation et le châtiment !
le eu n É .
Oui, madame, vous aviez raison; nous ne pouvons nous entendre. Je ne suis qu'un humble curé de village, et je vous conseillais de vous retourner vers Dieu, comme un pauvre écolier qui ne connaît qu'un seul docteur pour guérir les âmes, et qui l'indique à son prochain. Du moment où ce n'est plus au prêtre que vous vous adressez, l'homme n'est point d'esprit assez subtil pour se reconnaître au milieu de vos pensées, et il désespère de pouvoir vous être utile.
Le doctaur entre de gauche avec sa femme. Marcelle va à lui.