‹ Les damnés de Java (volume 2)Chapitre 10 sur 10 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

Jusqu'à ce moment Paul avait lutté avec la plus grande vigueur contre les effluves d'un sang révolté qui obscurcissait sa raison par intorvalles. La présence des deux jeunes sœurs Davidson,

- ces deux naïves ignorantes, avait aussi contenu l'ardent jeune homme dans une réserve et un silence prudents, mais, à l'heure des crises trop violentes, à force de lutter, on succombe. Paul éclata.

Dans le préambule qu'Aurore avait jugé indispensable pour arriver à son but, Paul n'entrevit que des malheurs pour son amour et le triomphe de son heureux rival, et, au moment où la jeune veuve annonça la confidence décisive, Paul lit entendre une plainte sourde qui suspendit la phrase sur les lèvres d'Aurore.

Celte plainte appartenait a la langue

élouffée des mauvais rêves, et elle glaça de terreur, comme toute noie surnaturelle qui n'appartient pas au clavier humain.

Auron^ fit un signe k Vandrusen, un de ces signes intelligents et concis comme l'éclair, s'il parlait.

Vandrusen se leva, et, otTrant le bras aux sœurs Davidson, il leur dit :

— Tout cela est trop grave pour votre âge, je vous propose une petite promenade du côté des travailleurs, j'ai quelques ordres à donner.

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Augiisla et Maria regardèrent Aurore, comme pour demander son consentement :

— Allez, mes filles, dit la jeune veuve, et soyez bonnes, comme toujours, avec ces braves gens.

< Paul fit éclater un de ces rires affreux

qui tiennent lieu de larmes lorsque le

réservoir des douleurs est tari.

Aurore et Raymond frissonnèrent cofDme si l'atmospbère du pôle eût couvert subitement l'équateur.

-^ Oui, dit-il avec la voix du délire;

oui, c'était un beau jour... avec des étoiles de diamant au ciel... il y avait un palais indien et une fontaine, comme ici... je me rappelle son bruit si doux... elle dormait sur un lit de feuilles et de rayons... j'écoutais son souffle et la fontaine du temple... je veillais, moi...

— Paul, dit Aurore d'une voix brisée par l'émotion, revenez à vous, calmez votre esprit, au nom du ciel !

Raymond écoutait avec épouvante un récit qui, dans sa folie vagabonde, semblait lui promettre d'horribles révélations.

— Le pauvre jeune hom-me ne sait c qu'il dit! reprit Aurore en prenant la main de Raymond.

— Oh ! je sais bien ce que je dis ! poursuivit Paul en se levant et le visage couvert d'une pâleur sinistre. Pendant qu'elle dormait, une étoile descendit sur son front et elle éclaira le temple... Je

' ne regardais pas l'étoile, je ne regardais pas le ciel, je ne regardais pas la forêt sombre... mes yeux 'laient sur elle, mon amour gardait sa l)eauté. Je retenais njoii haleine pour ne pas troubler son sommeil.

— Mon Dieu ! interrompit Aurore,

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ayez pitié «le lui et de nous! .. Paul, vous De reconnaissez donc plus ma voix?

Paul regarda autour de lui avec des yeux égarés, et dit : ^

— Oui, je 1^ reconnais cette voix !

elle a si souvent parlé à mes oreilles dans les joiirs heureux ; elle a parlé à un autre aujourd'hui...

— Vous vous abusez, Paul ! dit Aurore d'une voix suppliante, cette voix ne parle d'amour qu'à Dieu ; reprenez votie raison, et quand vous serez en état de me comprendre, je vous dirai ce que vous ne savez pas.

•jîOS LES DAMNÉS

Paul riait, joignait les mains et regardait la voûte des arbres; un frisson con-

vulsif agitait ses lèvres et ses bras.

— Elle entra dans un autre temple, reprit-il ; ob ! celui-lk était horrible... mais jamais elle n'a été plus belle... et le temple aussi devint plus beau!... ses cheveux roulaient dans la poussière...

et moi, je fermai les yeux... et je les ouvris pour saisir un poignard et tuer le démon avant le crime...

— Sa tête s'égare ! dit Aurore à Raymond... N'écoutez pas ce qu'il dit.

Raymond écoulait l'œil fixe, les bras

DE JAVA ^î)^

croisés, oubliant d'essuyer les flots de sueurs ardentes qui coulaient sur ses joues et cachaient les pleurs.

Aurore s'abandonnait à sa désolation et priait mentalement.

Paul donna un sourire calme a une vision et dit :

— Et ce jour-là nous étions seuls, elle et moi, sur un grand chemin, bordé d'arbres, où personne ne passait... je la voyais marcher à quelques pas devant moi... et je cueillais les fleurs que ses pieds légers courbaient dans le gazon... et je cachais ces fleurs pour ne pas trahir

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mon amour. . nous étions seuls... elle aurait eu peur de moi... j étais si heureux de la voir heureuse!... Si elle avait su que je l'aimais tant, elle aurait demandé à son ange gardien de la sauver...

— Mon Dieu ! disait Aurore en se frappant le front, mon Dieu ! que vos pré- , sents ont de douleurs ! jeunesse, grâce, beauté, biens suprêmes de la femme,^ voilà vos couronnes de fleurs! les épines sont au-dessous.

Raymond suivait toujours les mouvements de Paul, et il semblait douter de son amour, en voyant éclater devant lui

celte passion désolée, qui éteignait la raison de l'homme le plus fort.

— Il y a une autre nuit aussi, reprit Paul, une nuit heureuse, etque les saintes étoiles ont éclairée pour moi.,, elle l'a oubliée, elle, [celte nuit!... la femme oublie tout, comme la mer... Oui, la mer est bien l'image de la femme : un vaisseau lui donne une ride... le vaisseau passé, plus de ride ! Il est oublié. La mer est encore unie comme un miroir... Nous étions bien nombreux , celte nuit-là...

Quatre damnés portaient son palanquin ; elle dormait... Mon Dieu, je voudrais bien savoir ce qui peut troubler le som-

meil d'une femme!... Mais nous; nous, pauvres que nous sommes !... nous j ua sourire qui s'est trompé de chemin, à la veillée du soir, brûle nos nuits et nous fait tourner les yeux, pendant douze heures du côté où le soleil se lève... Le soleil est un arai... Il fait bien sombre sous ces arbres !... Mon Dieu ! vous qui tenez la mort dans vos mains , qu'en faites- vous en ce moment ?

Paul se laissa tomber sur le gazon, comme s'il eût été étouffé par un dernier accès de colère.

Raymond courut à lui avec une promptitude qui donna une joie ineffable à Au-

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rore; il le releva, le fit asseoir au pied d'un arbre , et, dans un de ces moments d'inspiration où la charité invente un remède, il plongea les pieds nus du jeune homme dans les eaux vives de la fontaine. Ces climats qui donnent des passions de feu et brûlent le corps et l'âme, prodiguent partout les remèdes comme ils font naître les herbes salutaires a côté des poisons.

— C'est très bien, Raymond, ce que vous faites là, dit Aurore émue aux larmes, vous aurez votre récompense...

— Au ciel? dit Raymond toujours occupédcPaul.

— Sur la terre, dit la jeuQC veuve à voiK basse.

Nouvelle énigme qui arrivait à l'oreille de Raymond.

Il inclina la tête et continua sa bonne œuvre , sans chercher le mot de l'énigme ; il lui aurait fallu perdre un temps trop précieux réclamé par la charité chrétienne.

La fraîcheur de la source opéra merveilleusement sur le pauvre malade.

Paul ouvrit les yeux, el, voyant Jlaymond qui lui prodiguait des secours comme le plus dévoué des médecins,- il

fut saisi d'un bienfaisant accès de sensibilité nerveuse, et les larmes achevèrent de lui rendre la raison.

— Ce n'est rien, mon ami, lui dit Raymond; un éblouissement... la chaleur est très forte, même sous ces arbres... Cela m'est arrivé l'autre jour... oui... je n'en ai parlé à personne... J'avais gardé la tête nue sur le bord de la mer... a

midi... une habitude de Versailles

lorsque nous accompagnions le roi de Trianon au château... à midi...

— Mais vous m'avez raconté cet accident, U moi, dit Aurore, ravie de la présence d'esprit de Raymond.

— C'est juste, madame, je l'avais oublié... j'ai raconté cet accident à niadame... Tout de suite je courus a lembouchure de la petite rivière, au moment où je sentis mon cerveau se détraquer, et je guéris le mal de tête avec la fraîcheur des pieds... un dérivatif puissant.

Paul cherchait à rentrer dans ses souvenirs et bégayait des syllabes décousues.

— Oui, dit-il... j'ai cru tout à coup que mon front allait s'enflammer ou se fendre..»

— C'est le soleil! dit Raymond en ap-

pliquant sur la tête de Paul de larges feuilles de lataniers imbibées d'eau vive.

— Mais, reprit Paul, il me semble...

Oui... c'est comme après ua rêve... il me semble que j'ai parlé... que j'ai raconté des choses...

— Oui, dit Raymond en continuant son service ; oui, vous avez dit quelques ïnols... sans suite... vous avez parle de Vandrusen... vous l'avez demandé... il est sorti pour le repas des travailleurs... un excellent homme, Vandrusen!

— Alors, je confonds cet accident avec un rêve de la dernière nuit, dit Paul en caressant son Iront avec la main.

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— C'esl ce qui m'esl arrivé l'autre jour, repril Raymond... le jour de mon accident... j'avais rêvé, la nuit précédente, que j'avais vu le navire de Surcouf passer devant la côte, et, en reprenant mes esprits, je crus... N'est-ce pas, mon ami, vous allez beaucoup mieux?...

cette eau de source ressusciterait ua mort.. . Que regardez-vous ainsi ?

— Il me semble que madame la comtesse Aurore était avec nous... et je ne la vois plus.

— Elle est sortie de la rotonde... elle va rentrer... elle attend les sœurs Davidson... Ces demoiselles ont accompagné

Vandrusen... Paul, mon ami, vous avez déjà trop de soleil dans la lêle, n'eu mettez pas davantage. Vivez un peu plus a l'ombre... Ces enfants du Midi sont des volcans, et ils ne devraient jamais se frotter au soleil.

— Merci ! merci ! Raymond, dit Paul avec une voix douce ; vous auriez pu me laisser mourir, et...

— Vous laisser mourir!... y pensezvous ?... Mais vous êtes sans doute encore un peu endormi ; réveillez-vous tout a fait...

— Raymond, dit Paul avec mélancolie^ vous êtes meilleur que moi...

— Bah! les hommes sont tous les mêmes, reprit Rajmond en feignant de ne pas comprendre ; je n'ai jamais vu reculer quelqu'un lorsqu'il s'agit de porter secours à un ami.

— Et maintenant que nous sommes seuls, demanda Paul à voix basse, vous m'affirmez que, dans mon étourdissement, je n'ai rien dit qui puisse offenser madame la comtesse ?

— Je voHS l'affirme, mon cher Paul; vous avez subi un de ces-accidents si communs dans l'Inde.... Les médecJW leur donnent un nom... VitisoUationy je crois.,. Q^and les n»édecins on^ xlQnqé

Sli

un nom à un accident, ils sont tranquilles..,

— Et, dites-moi, interrompit brusquement Paul , dites-moi la comtesse

a-l-elle achevé ce qu'elle voulait nous dire?

—- Non... elle a été interrompue par le

départ de Vandrusen mais je crois

qu'elle avait tout dit...

— Attendez que je me rappelle... interrompit Paul en cherchant dans ses souvenirs; attendez... oh! elle n'avait pas tout dil... ce n'est pas pour nous parler des femmes de la croisade... et de sa

LES DAM^iES

nourrice de Ceylan qu'elle nous avait réunis...

— Calmez-vous ^ Paul ménagez-

vous...

— Oh! je suis 1res calme a présent...

monsieur le comte... Je connais madame Despremonts, croyez-le bien... elle ne s'explique jamais tout de suite... elle...

— Paul... voici de nouvelles feuilles que je vous ai préparées... laissez-moi vous appliquer aUi sur le front... c'est uîi remède souveraiii...àquoi serviraient ces feuilles énormes si elles ne servaient pas à guérir!... Mon Dieu! que votre nature est prévoyante I

DE JAVA o!5

— Rayûiond, je me sens toul à fait bien... Je connais la comtesse... croyezmoi... elle a quelque chose de très grave a nous, communiquer aujourd'hui.... et elle nous y prépare avec beaucoup de soin... je devine sa pensée... en nous parlant de ses grands hommes et de ses femmes inconnues, elle veut préparer vous ou moi... l'un de iious deux... a un acte de dévoûment et de résignation...

— Eh bien ! attendons, mon cher Paul ; j'aime mieux l'événement que la conjecture.

— A votre place, Raymond, je serais calme comme vous...

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— Paul, maintenant 5 prenez mon bras ; je vais vous faire respirer le grand air...

— Mais pourquoi ne m'avez -vous pas répondu, monsieur le comte ?

— Parce que vous ne m'avez uien demandé.

-r- C'est juste , Raymond ; eh bien !

voici une demande directe : la comtesse Aurore veut nous préparer à son mariage, n'est-ce pas?

— Mais... peut-être... oui, c'est possible...

DE JAVA 0\b

— El si VOUS êtes si calme, vous, c'est que plus que personne le comte a des droits à la main d'une comtesse, n'estce pas?

— Paul, nous sommes tous égaux ici.

— Il ne répondra jamais! dit Paul en arrachant l'appareil de feuilles qui couvrait sa tête.

— Eh bien ! dit Raymond avec impatience, voulez-vous connaître ma conjecture, la voici. Oui, Aurore veut nous préparer à son mariage ; oui, elle fait uu appel à un dévoûmenl, je crois cela çon^me vous... M^igje crois aussi, dans

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toute la conviclion de mon âme, que je resterai seul, moi, chargé de ce dévoûment et de cette résignation. Si la reine choisit un roi, le comte Raymond restera dans les sujets.

— Et vous parlez avec franchise, monsieur le comte? demanda Paul avec un trouhle mêlé de joie.

— Paul, je vous jure que je vous dis la pensée de mon cœur.

— Ah ! c'est impossible ! reprit Paul en retombant dans ses doutes mortels, c'est impossible!... je suis un atome, un grain de sable ; je n'existe pas ! Du haut

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de sa noblesse, celle femme ne descendra jamais jusqu'à moi !

— Paul, dil Raymond en voyant remonter le sang à la figure du jeune homme, voulez-vous que je vous parle plus clairement encore ?

— Oui, Raymond, c'est ce que je demande. Tuez-moi d'un coup et que tout soit fini.

— Eh bien! Paul, j'ai perdu tout espoir, moi. Je suis exclu. C'est elle-même qui m'a donné r.e coup do mort.

Paul recula el ne trouva aucune ex-

pression sur ses lèvres. L'accent qui accompagnait les paroles du comte était celui de la plus noble franchise. Le doute eût été une injure.

Après un moment de silence, Paul secoua la tête de l'air d'un homme qui refuse de croire a une probabilité heureuse et vient de faire une découverte pour s'accabler de nouveau.

— Je vous cruls, dit-il, monsieur le comte ; je vous crois parce que le mensonge vous est inconnu; mais... je connais la comtesse Aurore... et maintenant je devine beaucoup mieux sa pensée véritable...

— Voyons, Paul, commiiniquez-lamoi... nous la discuterons.

— Oii\... c'est cela, reprit Paul. Oh!

comme je reconnais la le génie de celte femme !

— Parlez donc, Paul ; expliquez- vous ; je suis sur les tisons !

— Sa bonté lui a donné ce conseil, reprit Paul; c'est un terme moyen.,, elle épousera Vandrusen, a cause de ses deux filles adoptives, qui sont Hollandaises, et, de celle manière, elle pense ne mécontenter ni vous ni moi. — Si j'épouse l'un des deux , pense-t-elle, je

lue l'autre : épousons Vandrusen, ils se consoleront tous les deux, et ils vivront.

— Ma foi, dit Raymond, voilà un plan de conduite tout à fait dans le caractère de la jeune veuve. Paul, vous avez deviné juste cette fois.

— Oh ! moi, reprit Paul avec un léger ton de vanité, je nie trompe rarement lorsque je prends la peine de réfléchir... Et puisque nous regardons, vous et moi, Raymond, comme un fait accompli...

— Oui, un fait accompli, mon cher Paul.

— Comme une certitude acquise...

— Oui, mon cher Paul, comme une certitude acquise...

— Pardon ! monsieur le comte, laissezmoi achever... Que devons-nous faire?

Devons-nous assister comme deux congédiés slupides au mariage de ce bon Vandrusen ?

— Non, mille fois non! mon cher Paul.

— C'est aussi mon avis, cher Raymond.

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— Il faut partir, et au plus vile...

— Oh I je ne veux pas même entendre

la nouvelle de la bouche d'Aurore

mais nous partirons tous les deux ?

— Oui, Paul, tous les deux, et nous ne nous quitterons plus.

— Nous irons; trouver Surcouf, et au premier abordage...

— Oui, Paul, dit Raymond en versant quelques larmes, je vous ai compris...

Donnez-moi votre main.

Paul serra la n^ain offerte, et dit en pleurant :

— Restons unis, et je bénis d'avance le boulet de canon qui emportera deux amours.

Les deux amis enlacèrent leurs bras, et, comme ils sortaient de la rotonde, ils aperçurent la comtesse Aurore assise au bord du chemin de la mer, et paraissant abîmée dans ses réflexions.

Au bruit des pas des deux jeunes gens, elle se leva, chanpréa l'expression de sa

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figure et, s'avauçant avec leuteur, elle dit:

— Je vois que l'indisposition de notre ami n'a pas eu de suite^ et je m'en réjouis... Allons! ajouta-t-elle en souriant, allons, mauvais caractère, donnez-moi votre main, et pardonnons-nous!

Paul donna sa main avec très peu d'empressement. 1 <: comte regardait la voûte des arbres et fredonnait un air sans motif.

Ri Aurore ne remarqua point cette nou*

velle attilude des deux jeunes gens, et elle dit •.

— Il faut pourtant finir ce que j'ai commencé... mais la présence de Vandrusen est indispensable.

Paul et Raymond échangèrent rapidement un signe d'intelligence.

— Vandrusen, reprit Aurore, ne peut tarder d'arriver... Allons l'attendre à la fontaine... Voyons, messieurs, lequel de vous deux m'offre son bras ?

Le courage et la résolution abandon-

nèrent encore une fois Ray n ond e( Paul. Deux bras furent offerts simultanément au lieu d'un. Quand cette voix si douce et si pure retentissait aux oreilles de ces deux hommes, il ne restait plus que deux esclaves ; le Ciel parlait, il fallait baisser la tête et obéir.

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