H. DE BALZAC
Jamais peut-être, dans aucune de ses œuvres, la supériorité de Balzac ne »'est manifestée avec autant d'éclat que dans le Député d'Arcis; jamais il n'a prouvé si hautement qu'il n'est point de sujet si aride, ni d'étude si sévère qui ne puissent devenir attrayants sous l'aile fécondante du génie. Les admirateurs du grand écrivain s'attendaient à voir briller exclusivement dans cet ouvrage l'observation profonde, hardie, presque infaillible qui forme une. des faces les plus saisissantes de son talent ; mais, ce qu'ils croyaient impossible dans des Scènes de la vie politique, ce qu'ils y trouveront , avec surprise , répandu en abondance et porté au plus haut degré^ c'est l'intérêt, mais un intérêt si vif, si attachant, que le Député d'Arcis nous paraît supérieur, sous ce rapport du moins, à tout ce qui est sorti jusque-là de la plume de Balzac. Le procédé employé par l'illustre romancier pour atteindre ce prodigieux résitltat consiste à laisser dans l'ombre les hautes combinaisons de la politique pour pénétrer dans les familles et y mettre enjeu toutes les passions humaines par le contre-coup des petites intrigues électorales. Là, tous les sentiments, depuis les plus abjects jusqu'aux plus élevés, se déroulent dans des scènes émouvantes et vivement éclairées par des caractères éclatants de vérité. C'est d'abord le comte de Sallenauve, noble figure, poétique et sérieuse à la fois, l'une des plus sympathiques créations de Balzac; puis Mme de l'Estorade, Nais, la famille Beauvisage, la famille Giguet, la belle et touchante Luigia, puis cette terrifiante et originale figure de Vautrin, revêtant ici un caractère tout nouveau, une dernière et suprême incarnation , sublime d'habileté , de dévouement et de pathétique dans son rôle de père. Nous en passons beaucoup d'autres pour laisser au lecteur tout le charme de cette admirable composition qui , nous le répétons , se distingue surtout par un immense intérêt.