CHAPITRE PREMIER
Après le départ du comle Raymond,
Paul, affeclanl un air d'insouciance, prit le bras de Vandrusen et lui dit :
— Le soir de l'allaque de Banlam, notre brave Raymond vous a fait faire une manœuvre bien savante...
— si savante, interrompit Vandfusen, que nous n'y comprenions rien du tout.
Et pourtant nous lui obéissions en aveugles. , .
— Celle manœuvre, dit Paul, pouvait seule sauver celle femme... madame...
j'ai oublié son nom... Vous avez battu en retraite du côté de la...
— De la vallée de la Mort, dit Vandrusen.
— Oui, reprit Paul très agité, j'avais encore oublié ce nom... Cependant les anciens nous ont fait ici bien des histoires sur celle vallée... Ooirais-tu, Vandrusen, que je serais fort embarrassé,
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si je voulais faire une course de ce côlélà...
— Comment, dit Vandrusen, tu n'as jamais eu la curiosité de voir la vallée de la Mort?
— Jamais Vandrusen. Le travail et le sommeil m'ont toujours occupé.
— Oh ! une vallée fort curieuse! reprit Vandrusen, mais bien triste à cause du boon-upas, le mancenillier des Célèbes, et le plus beau ou le plus affreux qu'on puisse voir dans les îles de la Sonde.
— Elle est bien singulière, dit Paul, la vertu qu'on attribue au boon-upas.
"iSO LES DAMAÉS
— C'esl l'arbre de la morl, dit Vaadrusen.
— Nous avons là un mauvais voisin, dit Paul en riantjheureusement c'est un voisin éloign^
— Éloigné de deux milles, reprit Vandrusen.
— Pas davantage! fit Paul avec un air indifférent, je le croyais dans le voisinage de Sumbaya.
— On suit ce ruisseau, dit Vandrusen en désignant la droite, et il vous conduit à la vallée, à travers des ébéniers. C'est là que nous avons dépisté Bantam.
— Mais le coquin, reprit Paul avec
une chaleur faclicc comme parle un homme qui vient d'apprendre ce qu'il voulait savoir et ramène l'entretien a son déhui, mais le coquiu a fini par comprendre la ruse du comte Raymond ! il a laissé une partie de la bande sur vos traces, et il est venu nous poursuivre, moi et madame... j'ai oublié son nom... il est venu nous poursuivre dans la forêt de Fer.
— Cette femme, dit Vandrusen, nous aurait un jour causé quelque grand malheur. En la voyant entrer chez nous, moi, j'ai eu peur d'en devenir amoureux...
— Allons donc ! fit Paul avec un rire composé.
— Oui, oui, reprit Vandrusen ; c'est une femme fort dangereuse, et il en sait quelque chose, le comte Raymond »
— Ah ! le comte en est amoureux ? dit Paul avec le même rire.
— Il en perd la tête... mais voici le plus fort. Il a failli nous faire tous tuer pour cette femme.
— Vraiment ! dit Paul pour dire quelque chose.
— Je ne le blâme pas, reprit Vandrusen , Dieu m'en garde ! Notre devoir était de la défendre ; elle s'était mise sous noire proleclion ; mais, a noire place, il
y aurai I ou beaucoup de colons qui auraient livré la comtesse à Bantam, sans tirer un coup de fusil.
En tout autre moment, Paul se serait récrié' d'indignation contre une lâcheté pareille, mais son esprit entretenait une idée fatale, il n'écoutait plus Vandrusen que par complaisance, et il avait hâte de laisser tomber Tentretien.
Il prit pour prétexte la fatigue subie dans la journée, et, serrant la main à Vandrusen, il lui dit :
— Je vais me reposer quelques heures sous ces arbres. Au revoir !
— Vandrusen ne conçut aucun soupçon ; le prétexte était tort naturel, hne
'i«S4 LES DAMNÉS
oreille exercée aurait remarqué une grave alléralion dans la voix de Paul ; mais Vandrusen était encore trop jeune pour avoir appris le degré d'observation que l'expérience donne à l'ouïe et au regard.
Paul, resté seul, frappa son front et déchira sa poitrine nue, en se traitant de
lâche et de déserteur. Sa conscience repoussait le suicide, mais par un de ces accomodemenls qu'une éducation imparfaite peut inspirer, il croyait avoir trouvé un procédé ingénieux pour mettre d'accord sa conscience et son désespoir.
Il suivit l'indication de Vandrusen el marcha d'un pas ferme et rapide vers ce
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ito affreux qui porle a Java le nom de allée de la Mort.
Le soleil louchait la ligne de l'horizon
naritime, lorsque noire malheureux eune homme arriva au but de sa course, -a vallée, qui a un aspect lugubre même lUx rayons du jour, avait pris des teintes Tépusculaires dignes de son nom. Dans oute sa longueur on ne voyait aucune pparence de végétation sauvage ou de ulture. Deux montagnes grisâtres et mes se prolongeaient a droite et à gauïhe jusqu'à la mer, en étalant, par intervalles, des torrents pétrifiés de scories loires , antiques débris des éruptions volcaniques de Java. Les formes de ce
terrain primilif ont des aspect sinistres, surtout lorsqu'elles s'ensevelissent dans les ombres du soir; ce sont des pics gigantesques, détachés sur la cime des plateaux, et ressemblant de loin a une succession de fantômes sortis des enfers pour envahir le ciel. Au milieu de la vallée, un arbre solitaire, inflexible comme le nopat et muet au souffle du vent; un immense cadavre végétal s'élève avec une tristesse inexprimable et complète ce paysage de désolation. C'est le boon-upas, l'arbre homicide, qui distille une invisible rosée vénéneuse et frappe de mort tous les êtres de la créa-
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tioM qui viennent cherclier un abri sous son ombre et sur ses rameaux.
Telle estdu moins l'opinion accréditée dans l'Inde, et surtout dans les îles de la Sonde; nier à Java l'influence mortelle du boon-upas , c'est nier la chaleur du soleil.
Paul regarda cet arbre avec cette volupté poignante que ressent l'homme au désespoir, lorsqu'il regarde l'arme fatale de la délivrance, au moment où le suicide va se consommer.
Ce crime infâme est l'acte d'un désespoir incurable ; c'est le remède de la mort contre une vie impossible; c'est le calme du port après une tempête qui ébranle le
front, brûle la pensée, éteint le raisonnement. Chose étrange ! le suicide honoré par les païens, et regardé comme une vertu, après les héroïques exemples de Lucrèce, de Caton d'Utique et de Brutus, est flétri par le païen Virgile, ce premier poète chrétien (1).
La nuit venait de tomber dans ce val de mort, et la clarté des étoiles s'arrêtait à la cime des montagnes. L'horrible nature de ce paysage était une mauvaise conseillère pour un désespoir consommé.
L'épouvantable contraste des soiive-
(l) , . . Qxiam velknl œlherc in allô
Pauperiem duram »/ durospcrfere labores!
nirs et de l'heure présente entraînait encore le malheureux jeune homme à son œuvre de destruction. 11 voyait luire les éhlouissants tableaux de la veille; les arbres radieux de Kalima, les vagues lascives du golfe sacré, le kiosque éclairé par la plus belle des étoiles, une atmosphère d'azur et d'or, toute remplie des divines extasesderamour,etaprès,un crêpe de deuil couvrant ce mirage de femme et de lumière; une vallée ténébreuc^ comme le vestibule de l'enfer * fatal, dressé la comme r le déserteur, et la nclle passion.
Le vague s*
290 LES UAMINÉS
et de la petite église parfumée d'euceiis et de genêts ouverte sur le golfe pour sourire aux marins arrêta quelques instants le jeune homme ; mais ce qu'il aperçut dans une vision infernale effaça subitemeiU ce précieux souvenir. Le comte Despremonls, ramené en triomphe de Timor à Kalima, quelle joie dans l'habitation hollandaise ! quelle fête lé- 'time! quel banquet, nuptial chez les ^^^>riÀse^! quel avenir de ravissement
<^«^>ieunes époux !...
^cria-t-il, l'arbre sau-
'mir du sommeil lâche déserteur
DE MW ^f
Des larmes de feu inondaient ses joues, el un violent aecès de fièvre éteignit le dernier éclair de sa raison.
Il s'étendit sur le roc au pied de l'arbre de mort, bégaya la prière de l'enfance, apprise par une pieuse mère, murmura quelques paroles confuses, où le nom d'Aurore était seul prononcé distinctement, et les objets extérieurs se dérobèrent à sa vue; les sensations s'arrêtèrent; la pensée nefonctionnaplus;lecorps se raidit dans une affreuse immobilité.
Cependant les colons étaient fort inquiets, à la veillée, devant l'habitation de Vandrusen. On avait attendu Paul au repas du soir, et on concevait de justes
alarmes en coinplaiit les heures de cet inexplicable retard.
On ne pouvait plus envoyer Astlion à la découverte ; le chien de la case de Samarang était a Kalinia. Slrimm et ses amis prirent leurs armes et fouillèrent courageusement les bois du voisinage pour retrouver leur jeune ami et lui prêter assistance, s'il s'était réfugié sur un arbre pour se dérober a quelque bête fauve. Toute prudence fut même oubliée; le nom de Paul retentissait dans la nuit à tous les carrefours ténébreux, et aucune voix, ne répondait. Chaque minule augmentait la désolation de tous.
La nuit et les bois gardaient leurs se-
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crels ; les plus inlrcpides et les plus alertes parmi les colons désespéraient, après des courses brûlantes faites dans des massifs impénétrables, où le pied d'un homme ne s'était jamais posé.
Slrimm, cet intraitable sauva^^e civilisé par un regard d'Aurore, osa même se hasarder seul dans le labyrinthe du bois de Fer, et visita l'auguste ruine où la jeune créole et son compagnon avaient passé une nuit. Personne ne découvrait le colon perdu, et on le pleurait déjk comme si on eût appris sa «norl. 11 y a dans le cœur des hommes bien plus de vertus généreuses qu'on ne le croit. Les villes ont fait taloniuior riunnanilé.
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Vandrusen, qui avait un cœur chaud et la pensée lente, se ravisa tout a coup, vers les heures matinales, et, frappant la (erre du pied, il dit :
— Je me rappelle maintenant que noire ami Paul était fort pâle et forl agité, eu me parlant hier soir... et une chose me frappe encore dans ce souvenir, il m'a demandé beaucoup de détails sur la vallée du boon-upas.., Ouij en me souvenant de tout cela, je crois être dans une bonne conjecture... il y avait un profond désespoir sur sa figure... j'ai cru à la fatigue, moi... il m'a trompé ! il m'a trompé!... allons du côlé de l'Est, mes amis...
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Et tous les colons s'élancèrent sur les pas (le Vandrusen.
Le soleil se levait, mais la vallée de la Mort gardait encore des teintes sombres dans ses profondeurs. Paul ouvrit les yeux et regarda autour de lui avec une stupéfaction folle : ressuscitait-il dans un autre monde, ou se réveillait-il après un long sommeil dans celui-ci? Son esprit n'avait pas encore assez de lucidité matinale pour résoudre cet étrange problème.
Le sommeil, ce céleste médecin gratuit, avait donné un peu de calme au pauvre malade, et la fraîcheur embaumée des douces heures du matin passait sur
son fronï comme une main caressanle, la main d'un invisible ami.
Il se souviïil alors des mille histoires contées par des imaglnalions indiennes sur le boon-iipas, et il se formula cette réflexion à lui-même :
— C'est peut-être comme le gouffre du BeC'de-l'Àifjle, a la Ciotat;on dit que tous ceux qui les regardent deviennent fous. J'ai vu beaucoup de gens qui ont regardé ce gouffre, je l'ai regardé moimême, et nous avons tous gardé notre raison.
Et il contemplait le boon-upas, qui, à la tranquille clarté des heures du matin, ressemblait à un arbre ordinaire et lui
proniellail une ombre innocente quand le soleil arriverait au zénith.
Un inci'leut, qui serait merveilleux dans la vallée de Montmorency, mais qui est très vulgaire dans une solitude de Java, vint exercer une salutaire influence dans le réveil de Paul.
La Providence se sert de tout pour ve- Dir en aide aux bons cœurs : elle envoie le brillant oiseau du soleil sur l'arbre du désert, quand Aurore rencontre les terribles damnés de Java; voyons ce qu'elle va faire pour le malheureux Paul.
Échappé à l'influence fabuleuse du hoon-upas, Paul, en reprenant sa raison,
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reirouva son amour et son désespoir. Un rocher a pic démesuré se dressait dé l'autre côté du val comme le démon de la tentation. Cette fois la ressource offerte promettait un résultat infaillible; il ti'y avait pas de réveil ou de résurrection possible au fond de cet abîme. Il s'agissait de s'endormir au somme!, sur le talus glissant, et l'agitation d'un rêve faisait le reàte.
— - C'est bien ! dit PauJ.
El il s'achemina vers la roche secourable et plus infaillible que le boohupas.
En ce moment, une forme colossale, dont la teinte se confondait avec la forme
générale du paysage, passait dans le vallon, et au bruit des pieds de Paul, elle s'arrêla.
Celait un de ces superbes éléphants de Java, dont l'espèce est à peu pfès perdue aujourd'hui, grâce à la spéculalion des chasseurs d'ivoire, ou aux collectionneurs des jardins zoologiques anglais.
Paul s'arrêta aussi, et dans l'heure de désespoir où il se trouvait, il n'éprouva aucune crainte. Quand on est décidé a mourir, la mort est bonne à accepter sous toutes ses formes.
L'éléphant examinait attentivement le petit être, el ne lui voyant rien de dan-
OOO LES 'damnés
gcreiix entre ses mains frêles, il s'approcha sans crainle, poussé par cet instinct qui lie sa noble race à la race humaine.
Eu toute autre occasion, Paul aurait fait l'une ou l'autre de ces deux choses : armé, il aurait mis une balle dans l'oreille du colosse; désarmé, il aurait escaladé au vol un pic du voisinage pour se mettre en lieu sûr.
Ne pouvant tuer et ne voulant pas fuir, il marcha de son côté vers l'éléphant sans s'émouvoir de deux dents horizontales et menaçantes, et d'une trompe qui s'agitait comme une massue prête à tout écraser.
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Dans les violentes crises de l'âme, une sensation nouvelle est un repos. Le jeune homnie éprouva soudainement un vif accès d'orgueil, en abordant de près, et sans pâlir, le plus fort, le plus courageux et le plus formidable des animaux de la création. De son côté, le colosse paraissait joyeux d'examiner de près une de ces créatures qu'il était destiné a servir, en écoulant la voix d'un instinct toujours supérieur à notre raison.
Paul caressa de sa petite main les oreilles rugueuses du colosse, dont la majesté ne s'offensa point d'une hardiesse si familière. 11 parut même recevoir avec plaisir ces témoignages d'affec-
tioii ; et voulant reconnaître ce procédé amical, il fit serpenter délicatement sa trompe autour des épaules et du cou du jeune homme, en modulant au fond de l'abîme de son gosier une fi^amme douce, qui donnait pourtant une idée de la toutepuissance de sa voix, lorsque la vengeance, la colère ou l'amour relevaient au tonnerre du mugissement.
Cet échanpje de civilités affectueuses se prolongea, et Paul retrouva même un sourire, ce sourire de la jeunesse qui passe sur un mâle visage comme un rayon et semble descendre du ciel.
L'éléphant ploya ses quatre piliers , comme un ami qui, trouvant l'entre-
lien amusanl, s'asseoil pour le continuer plus à son aise. Paul ne voulut pas comiuellre uoe iiiipolilesse envers une si noble créature, cl il s'assit à son ombre.
Ce sont Ta des aventures du déserj, av(Milures vraies. Nous sommes à Java,
au cœur de l'Inde. Je n'écris pas un roman bourgeois dont la scène se passe rue Saint-Honoré, j'écris une histoire de colons, et quelque jour il m'arrivcra, pour \es Damnés de Java, ce qui m'est arrivé pour la Floride et la Guerre du Nizan. D'illustres voya^^eurs écriront, comme l'ont écrit M. de Lagréné, noire ambassadeur en Chine, le même qui m'a cora-
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blé, a son reloiir, de 1res beaux présents indiens, el le savant et spirituel docteur Yvan, ils écriront, dis-je, que mes romans sont des histoires, que mes paysages existent, que mes héros ont existé, que leurs aventures sont réelles el que je n'ai rien inventé de toutes mes prétendues fictions de roman. L'univers ne peut pas toujours ressembler au boulevart Montmartre et même à la rue de Rivoli.
Celte parenthèse nécessaire étant fermée, nous rentrons dans le récit.
Vandrusen et les autres colons, toujours a la recherche de Paul, el conduits cette fois par une idée, arrivaient aux limites de la végétation et entraient en
plein jour dans la profonde vallée de la Mort
Vandrusen cherchait le boon-upas^ et la troupe de Strimm, quoique très intrépide, frémissait de peur, en entendant le nom de l'arbre si redouté. Cependant le dévoûment de l'amitié l'emportait sur toutes les considérations timides, même sur la plus inexorable des terreurs , la terreur nerveuse, fllle de l'imagination.
Strimm, dont le coup d'œil embrasait un horizon, s'arrêta brusquement et fit signe à ses amis de ne pas bouger : il
il '20
r>OG LES DAMNÉS
venait d'aiiercevoir Paul> en péril de mort, auprès d'un éléphant.
Tous les colons se cachèrent derrière une roche saillante pour tenir conseil.
Vandrusen et Striuim, qui avaient dans le regard le compas du géomètre, affirmaient que l'éléphant était à portée de carabine, et que dix. balles envoyées simultanément à l'oreille du colosse devaient le tuer sur place, car ils étaient tous adroits comme des chasseurs du
Zanguebar ou de la baie d'Agoa.
— Mais, — car il y toujours un mais
DK JIVA ÔOl
daDS ces occasions, mais dit Strimm à VandruscD, si nous ne parvenons qu'à le blesser, ce qui esl très probable, Paul est perdu.
Personne n'eut le courage de contredire Slriram; personne n'osa garantir rinfaillibilité de son coup d'oeil.
— Et si nous nous montrons, remarqua Vandrusen, le danger est aussi grand.
— Il faut pourtant prendre un parti, dirent quelques voix.
Slrimm, l'œil fixé sur une crevasse de roc, regardait toujours cette étrange scène du désert, et tous ses instincts de sauvages n'y comprenaient rien. Il voyait toujours l'éléphant placé a côté de Paul et jouant avec sa proie avant le coup de grâce, comme le tigre fait avec le kaadjil.
— Pourtant, pensait Strimm, ce jeu n'est pas dans les habitudes graves de l'éléphant.
Vandrusen examinait les deux amorces de son fusil et mesurait une douzième fois la dislance qui séparait ses balles de
l'oreille du colosse; mais Slriaim secouai! la lêle en signe de désapprobation et regardait le soleil, comme font les sauvages, dans les anxiétés fiévreuses de la vie du désert.