‹ Les DanicheffChapitre 52 sur 92 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TALDÉ.

Je m'en doutais et c'est malheureux, car alors le chagrin eût été évité.

Expliquez-vous.

WLADIMIR

TALDE.

Vous avez un fidèle serviteur, Nikifor ; mais ce serviteur est un serf, il a peur de sa maîtresse votre mère, il n'a donc pas osé, depuis qu'il est ici avec vous, vous dire une chose qu'il est de votre intérêt de savoir parce que votre mère ne lui eût peut-être pas pardonné de vous l'avoir dite; mais quand il a vu que je vous devais la vie, et quand j'exprimais devant lui, qui vous avait aidé à me tirer de dessous cet animal, le désir que j'avais de vous rendre service à mon tour, il m'a dit : Monsieur, il y a un moyen d'obliger mon maitre, mais il ne faut pas que cela vienne directement de moi; il faut même que je puisse jurer que je ne lui ai pas dit ce que je vais vous dire et que je vous prie de lui répéter. Alors il m'a raconté votre amour pour mademoiselle Anna Ivanowna et le serment que vous avez échangé avec votre mère quand vous lui avez demandé la permission d'épouser cette jeune fille.

WLADIMIR

Eh bien, ce serment je le tiens scrupuleusement, religieusement. Je viens tous les jours chez la princesse Lydia, et ce n'est pas ma faute si je ne l'aime pas, je fais tout ce que je peux pour cela.

TALDÉ.

Et elle aussi ; mais si vous avez tenu votre serment, mon cher comte, la comtesse...

WLADIilIR.

La comtesse?

TALDÉ.

N'a pas aussi religieusement tenu le sien.

■\VLADIMIR, arec un cri d'angoisse.

TALDÉ.

Mademoiselle Anna a été mariée quelques heures après votre départ.

WLADIMIR

Mariée... à qui?

TALDÉ. X

A Osip, le cocher.

WLADIMIR

Ma mère a fait cela? C'est impossible.

TALDÉ.

Demandez-lui la vérité, mais ne trahissez personne.

WLADIMIR

Je vous remercie, monsieur, mais sans le savoir, vous me tuez peut-être.

TALDÉ.

Si douloureux que soit pour vous et pour moi ce que je viens de faire, iî m'a semblé, mon cher comte, que c'était mon devoir.

WLADIMIR

Vous avez raison, et, quoi qu'il arrive, je serai toujours

votre obligé. Merci ! (ils se serrent la main. — Allant à la comtesse à la table de jeu,) Ma mère...

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