ACTE QUATRIÈME
Au prince.) C'est bien le bateau qui doit amener ta iille, Boris, dans une demi-heure elle sera ici.
LE PRINCE
Je vais au-devant d'elle.
LA COMTESSE
Et moi aussi.
LE PRINCE
A quoi bon? Ne vous dérangez pas, et puis, si elle apporte un refus, mieux vaut que ce soit elle qui l'annonce à votre fils et que vous n'en sachiez rien avant lui. Il pourrait croire que vous vous êtes entendue avec Lydia.
LA COMTESSE
Croyez-vous qu'elle apporte de bonnes nouvelles?
LE PRINCE
Cela dépend de ce que vous appelez de bonnes nouvelles!
LA COMTESSE
Au point où en sont les choses, je n'ai plus qu'à souhaiter qu'elles réussissent. Ce n'est pas il y a quarante ans, mon pauvre Boris, que nous aurions vu un des nôtres se prendre d^amour jusqu'au mariage pour une serve. Qu'est-ce que vous auriez fait, vous, à vingt-cinq ans, en pareil'cas?
LE PRINCE
Ce que j'ai fait et plus d'une fois. S'il fallait épouser toutes les femmes que l'on aime!... C'est déjà difficile d'aimer celle qu'on épouse.
La comtesse montrant Wladimir et Anaa qui sont appuyés en causant sur • la terrasse.
108 LES DArsICHEFF
LA COMTESSE
Regardez-les; ils sont déjà comme s'ils étaient mariés.
LE PRINCE
Il faudra voir après. C'est égal. Ils ont l'âge où l'on fait des folies, j'ai celui où l'on fait des sottises: je changerais bien avec eux.
LA COMTESSE
Et moi aussi.
LE PRINCE, remontaat.
A tout à l'heure. Et Dieu veuille que tout- marche bien ; mais si ça marche mal, qu'est-ce que vous ferez?
LA COMTESSE
Ce que je ferai, moi? C'est bien facile à deviner, je ne ferai rien, puisqu'il n'y aura rien à faire. C'est ce qu'ils feront, eux, Wladimir et Anna, qui me préoccupe. Que le diable emporte laraour!
LE PRINCE
Il s''en gardera bien, c'est lui qui l'a apporté. Allons, au petit bonheur, comme disent les Français, (u va pour
sortir au fond et rencontre Talde qni entre. — A Taldé.) Je parlais de
vous, à bientôt!
II sort au fond.