PAL'L
Vous, ma tante? Volontiers, ce sera plus original. Nous commençons donc... « La comtesse Kathérina » Pétrowna Danichelf, née Bouramovski, peinte par elle- » même! « Je vous attends, ma tante.
LA COMTESSE
Au physique, tu mettras tout ce que tu voudras; une femnie, eùt-elle soixante-deux ans, comme moi, doit laisser aux hommes le soin de la classer, (vivement.) Tu ajouteras seulement que Sa Majesté l'empereur Alexandre 1" ne me disait jamais autrement, en me baisant la main, que j'avais vraiment remarquable... que : « Prenez mon bras, belle Kathérina Pétrowna. » Mais commence. (Riie s'assied et dicte : ) « Ma tante Danicheft', cher ami, est le reflet » des trois derniers règnes : elle date presque de la » grande Catherine dont elle porte le nom, et n'est pas » tout ù l'ait ganache à Iheure où je vous écris ces li- » gnes: c'est vous dire qu'elle est de la vieille roche, elle » adore Voltaire, connaît tout Rousseau, avoue Piron et » même Brantôme. » (Paiié.) Dans mes heures d'insomnie. (Coniionaut à .iitter.) a Elle US counaît quc la noblcssc; pour » elle le reste ne compte pas. Elle admet qu'il est bon w d'être le tils de ses œuvres, mais seulement quand on » n'est pas le fils de quelqu'un. »
PAUL, parlé.
Surtout le fils de la comtesse Danicheff".
LA COMTESSE
Peut-être. Et il n'y a pas de mal à le faire savoir à la personne qui a chargé ton ami de la renseigner. Continue, ct'la m'amuse, (liiie dicte.) «Les haines ne lui font pas » peur, mais tant pis pour ceux qui la gênent. Enfin,
» son code, c'est rhonneur de son nom, son culte, » l'amour de son fils! 'se levant.) Tout pour ce nom et )) ce iils. »
PAUL
Vous peignez à merveille, ma tante. Mon ami me répondra, j'en suis sur: « Présentez-moi vite! »
LA COMTESSE
Et à propos, qu'est cet ami?
PAUL
Un Parisien. Nous dirions, là-bas, un boulevardier des plus connus, le vicomte Roger de Taldé.
LA COMTESSE
Et que fait-il à Moscou?
PAUL, riant.
Je l'ignore absolument! Nous nous sommes quittés il y a six mois à peine, au coin de la rue du Helder.
Et maintenant tu devrais aller jusqu'au haras voir mes jeunes chevaux. Je voudrais que tu m'en choisisses une belle paire, je veux faire une surprise au prince Walanoff et la lui envoyer à Moscou.
PAUL
Volontiers, ma tante... Est-ce à l'instant?
LA COMTESSE
Oui, Osip te les montrera. J'ai donné mes ordres. Vois aussi si ton cousin est rentré. Il est impossible qu'il soit encore à la chasse.
Panl sort.