SCÈNE IX OSIP, puis LYDIA
Osip réfléchit uu moment, puis se dirige vers l'appartement de Lydia. LYDIA.
C'est vous quiètes Osip?
OSIP, s'approcbaot.
Et vous madame, vous êtes la princesse Walanoff?
LYDIA
M. de Taldé m'a dit que vous désiriez me parler ; je le voulais aussi de mon côté, car j'étais curieuse de connaître et de voir de près un héros de dévouement tel que vous.
Elle s'assied.
OSIP
Et moi, madame, je pourrais vous répondre, si je parlais le môme langage, que je suis curieux aussi de connaître une femme jeune, jolie et toute-puissante, qui, au lieu d'être bonne et miséricordieuse comme il convient à ceux qui ont tout reçu de la Providence, préfère la haine à l'amour et la vengeance au pardon, et qui, pouvant faire le bien, sans qu'il lui en coûte autre chose qu'un sacrifice d'amour-propre, aime mieux faire le mal, au risque de sacrifier trois existences.
LYDIA
Que voulez-vous dire ?
130 LES DAMGHEFF
Je veux dire, madame, qu'en vous chargeant de demander ce divorce à qui pouvait le permettre, vous n'aviez pas d'autre but que d'empêcher un autre de l'obtenir, et que non-seulement vous ne l'avez pas sollicité, — mais vous avez fait tout ce qu'il était en votre pouvoir de faire pour qu'on ne l'accordât pas.
Cela est vrai. J'aimais cet homme qui ne m'aimait pas, et j'ai voulu qu'il souffrit comme j'avais souffert.
OSIP
Et moi j'aimais cette femme qui ne m'aimait pas, et je neveux pas qu'elle souffre comme j'ai souffert.
LYDIA
Ce sont des héroïsmes que je ne comprends pas.. .
OSIP
Tant pis pour vous.
LÏ'DI A , se levant.
Enfin où veux-tu en venir? Car je ne suis pas ici pour que tu me fasses un sermon, malgré les dispositions mystiques que l'on m'a dit que tu avais.
OSIP, s'approchant.
Je veux en venir à ceci : — Pouvez-vous défaire ce que vous avez fait?
LYDIA
Non.
OSIP
Si vous le pouviez, le feriez-vousV
Non. A qui m'a blessée, je ne pardonne jamais.