AVANT-PROPOS XI
L'Histoire littéraire en France, et de la Poésie particulièrement, doit être admirée par surcroît, de se présenter conservatrice de toute intense volonté. Rien ne se perd, si continuellement elje crée. Et, après des éclipses momentanées plus ou moins longues selon que trop incomplètes ou non réceptibles tout de suite les tendances qu'apportent les pensées créatrices, des tendances de même nature reparaissent en valeurs précisées, s'accomplissent de plus en plus, arrivent à leur intégralité, pénètrent la pensée poétique générale.
Bien que les historiens de notre Poésie ne l'aient vu ou n'aient voulu le mettre eu lumière, le grand, tenace et logique apport séculaire est nettement double, — comme d'ailleurs, avons-nous dit, en la tradition poétique de toute l'Humanité. Il est « scientifique » avec sa résultante de pensée philosophique (toutes réserves apportées selon les temps, sur les sources du Savoir et les possibilités dangereuses de s'évader du dogme religieux), — scientifique : c'est-à-dire, en première qualité, de sens universel et prenant thème en la connaissance d'alors. Si nous parcourons de rappels hâtés cette tradition, nous trouvons dès le xiii" Gauthier de Metz, et Brunetto Latini (poète « scientifique », souligne avec intention Gustave Lanson, en son Histoire de la Littérature), — puis Jean de Meung qui, dans le passage où il évoque l'éternelle activité de la Nature, son énergie de création et de destruction d'où résulte son éternelle survivance, est le précurseur le plus près de la Poésie scientifique, telle que nous l'avons entendue. Nous dirons Du Bartas, puis au xviii% Delille, malgré son didactisme, Népomucène Lemercier malgré ses imaginations étranges, et