XIV AVANT-PROPOS
Que si maintenant nous assentons à ce que « le mouvement Symboliste soit un mouvement de forme, plutôt que d'idée », — nous le trouvons là aussi dans la tradition Romantique dont la gloire la plus immédiate est d'avoir, d'une prodigieuse impulsion, rendu à la langue poétique, précaire depuis le xvii®, puis dépouillée plus encore de ses éléments concrets et devenue un instrument rationnel et direct de description et d'abstraction, sa vie sensitive et son énergie émotive. Le Verbe est alors renouvelé, modernement, en un tumulte de couleurs et de sonorités, en tous les modes de la métrique, en la plus intense spontanéité du Rythme, — avec une puissance qu'on n'avait pas connue et dont le verbe seul de Du Bartas, que connaissait Hugo, me semble contenir des prémisses.
En ce sens, du Parnasse par Banville et Gautier tient encore le Symbolisme... Mais voici que l'on peut voir les desseins d'intelligence si hardie de la Pléiade, resurgir en contact avec certains éléments de mon « Instrumentation verbale ». Que l'on se rappelle, de Ronsard et Du Bellay, — leur travail de la langue poursuivi méthodiquement selon les lois mêmes d'évolution du langage, leur attention à la valeur musicale du Verbe, à la valeur des sons en leur essence phonétique, etc. Or, puisque ma théorie « d'Instrumentation » a priorité de date sur toutes autres techniques et que son action, les orientant, s'est à l'origine exercée nécessairement sur elles, ainsi que nous en rencontrerons l'assertion delà plume même de poètes et critiques Symbolistes, — l'on peut prétendre que le mouvement de la Pléiade repart avec une intensité et une science plus mul-