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Les débauches d'un confesseur

— Ainsi, demandait le confesseur, votre mari actuel vous aimait déjà du vivant de votre premier mari?

— Oui, mon père, murmura la pénitente.

— Avez-vous eu ensemble pendant votre veuvage, avez-vous eu avant votre veuvage de ces rapports sexuels que le sacrement de mariage seul autorise?... Quels?... Combien de fois?... Donnez-moi des détails?

La pénitente rapprocha ses lèvres de l'oreille du jésuite, et sa réponse se perdit dans un imperceptible susurrement.

Cependant la nuit tombait dans l'église Sainte-Marie-Majeure de Toulon, car six heures venaient de sonner et l'on n'était qu'à la fin de mars. C'était en 1728. Plus de fidèles, ni dans la nef, ni dans les bas-côtés. Seules, une grosse femme d'une quarantaine d'années et une fille blonde de vingt ans environ, attendaient leur tour, assises en face du confessionnal.

\. La première se pencha vers la seconde :

"JQ — J'espère qu'elle lui en raconte, au Père Girard, cette madame Lebret!

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— Ah! dame! tous comprenez, la femme d'un président au Parlement, ça ne fait pas les péchés de tout le monde

— 11 snfit, mon enfant, concluait le prêtre. Et maintenant allez en paix.

— Vous ne me donnez pas l'absolution, mon père? demande la dame.

— Non : pas cette fois encore. J'irai tous la porter chez tous. ' — Oh ! que d'honneur !

— Et vous me direz bien au long tout ce que tous saTez sur l'assassinat de Totre premier mari.

— Oui, mon père.

Elle se levait : il la retint.

— Vous savez, mon enfaût, que j'entends devenir aTant peu le confesseur de II. le Président : ne l'oubliez pas! Préparez-moi les Toies : je tous ai indiqué déjà les moyens offerts par l'Eglise pour amener un époux où le directeur spiriutel le veut. Vous aTez assez d'esprit peur choisir au moment propice les armes les meilleures : M. Lebret est fort amoureux de sa femme, m'avez-vous dit, et vous saTez si je le comprends ; utilisez cet amour, et sachez lui faire de cette beauté désirable un appât, une récompense ou une punition, le tout, pour la plus grande gloire de Dieu.

Sur quoi le Père Girard ferma le guichet, et la présidente, une belle personne, grande et mince, s'éloigna lentement. Si les deux pénitentes eussent alors levé les yeux, derrière la corniche menumentale qui couronnait le confessionnal de chêne, elles eussent remarqué une tèle de jeune homme se dressant, curieuse, et sur laquelle courut une moue de dépit quaad, après un court pourparler, ce fut la grosse femme qui vint s'agenouiller dans la sainte armoire. Le Père Girard, un homme dé trentehuit à quarante ans, à la figure longue et dure, aux grandes oreilles, aux cheveux gi is. attendait, les mains jointes par dessus son surplis, les yeux baissés, dans l'attitude d'un saint.

— Ah ! non, commença la femme : tu sais, c'est moi : pas de simagrées.

— La Guiol! fit-il, — et il se rapprocha vivement : — Eh bien? as-tu enfin quelques renseignements sur cette jeune fille?

— Je les ai tous, répondit-elle; mais je me demande si je devrais le les dire, si tu ne vas pas ne plus m'aimer quand je t'aurai rapproché d'elle.

— Allons! pas d'enfantillages : rappelle-toi nos conventions, ce que j'ai fait déjà pour Guiol et ce que je dois faire encore : et puis, est-ce que la Reboul, la Batarelle et laLaugier m'ont éloigné de toi?

— Non : mais celle-ci, je vois bien que tu l'aimes.

— Aie et ne me laisse pas languir. Voyons, que sais-tu?

— D'abord son nom.

— Je le sais de même. Après?

— Sou père est mort; elle habile rue de l'Hôpital avec sa mère, aussi dévote qu'elle.

— Elle a un frère prêtre.

— Très bien.

— Oui, i a un autre, l'aîné, François, qui tient la maison, un espèce

<. 'I'.' toutes façons, ,■[ qui oe la perd pas de vue.

— Diable! Il faut que je la voie pourtant ! Je le veux ! D œil s'allumait.

fv LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR 3

— Tu la verras chez moi.

— Tu espères l'y amener1?

— J'en suis sûre, et d'ici quelques jours à peine. Pour commencer, j'ai imaginé quelque chose d'assez gentil pour m'introduire chez elle; seulement j'ai besoin d'un homme sûr.

— Nous en avons. De quoi s'agit-il?

— Voici, murmura-t-elle.

Et tout bas, bien bas, ils complotèrent pendant quelques minutes, souffle contre

souffle. Sous la voûte retentissaient les pas de la fille blonde, allant et venant, pour tromper son attente.

— L'idée est bonne en effet, affirma le Père Girard. Il ne faut qu'un peu de soin dans l'exécution, je m'en fie à toi et à l'homme en question que tu trouveras où je t'ai dit.

— Tu peux être sûr que la chose sera bien faite. Et, là dessus, je te quitte, car j'entends la petite Laugier qui s'impatiente.

— C'est elle qui attend son tour?

— Avec ça que tu ne comptais pas sur sa visite, polisson !

— Non, parole d'honneur!

— Je le sais bien, je plaisantais. C'est moi qui l'ai amenée, sans en avoir l'air, pour qu'elle complète mes renseignement* sur Catherine.

— La Laugier la connaît?

— Intimement; Catherine est sa voisine, elle l'a aidée dans sa misère, soignée dans sa maladie, consolée quand ses parents sont morts. Elles n'ont pas de secrets l'une pour l'autre.

— Tiens! tiens!

— Même, la Laugier, sur mon conseil, a déjà dû parler de toi à son amie, lui proposer de quitter son confesseur, et elle va te dire comment la petite a pris l'idée.

— Oh! tiens! toi, tu es une femme de génie.

— Non ; seulement je t'aime.

— Si je réussissais seulement à l'arracher à la direction du Père Nicolas, songeait le jésuite, elle serait à moi.

Et, à cette seule idée, de longs tressaillements secouaient tout son corps. LaGuiol suivait ses rêves dans ses yeux, elle fit le geste de se lever.

— Avoue, dit-elle, que ces nouvelles-là, et celles que tu vas apprendre, méritent bien une récompense.

— Soit, laquelle?

— Pour moi, il n'y en a qu'une, embrasse-moi. — - Plus tard.

— Non, tout de suite! Un baiser, un seul, Jean-Baptiste! où je croirais que tu ne m'aimes plus.

— P°'le!

Le prêtre tira le verrou qui fermait le grillage, et se pencha. Avidevla Guiol lui

prit la tête à deux mains, leurs lèvres s'unirent, et, peudant un instant, ils restèrent s;! acieux, la bouche sur la bouche, confondant leurs brûlantes haleines, les yeux miclos, protégés dans leurs grossières amours par le mystère du confessionnal.

— Quand viendras-tu me voir? demanda la grosse femme en se levant.

— Demain, après la chose faite.

A. — Entendu. A demain.

jfr La Guiol reprit une figure de circonstance, dit un bonjour de la main à la Laugier £¥

qui vint s'ageDOuiller à sa place, et s'éloigna d'un bon pas, attentivement dévisagée de là-haut par le jeune homme allongé sur le confessionnal.

— Tiens ! au fait, remarqua la commère quand elle fut sur le pas de la porte, je n'ai pas pensé à me confesser dans tout ça.

Elle hésita une seconde.

■ — Ah! bah! fit-elle, pour ce à quoi ça sert! Et elle continua son chemin, ajoutant :

— Et puis, qu'est-ce que je lui apprendrais?

Le jeune homme écoutait avidement, l'oreille collée à un trou agrandi par lui dans la journée : nous qui, sans avoir les mêmes raisons d'entrer dans ces secrets, n'avons pas plus que lui le respect du sacrement de pénitence, imitons-le et écoutons.

— Mon enfant, interrogeait le prêtre, avez-vous manqué, depuis votre dernière confession, au neuvième commandement :

Œuvre de chair ne désireras Qu'en mariage seulement?...

— Oui. mon père, répondit la belle fille avec un sourire.

— Plusieurs fois? Avec quelles sortes de personnes?

— Vous le savez bien, mon père.

— Et jamais avec d'autres ?

— Jamais.

— Bien, même avec ce jeune homme dont vous m'avez parlé souvent?

— Non, mon père.

— Vous ne le revoyez plus?

— Du tout : je lui ai même défendu de me parler à l'avenir.

— Mais s'il l'essayait pourtant?

— Je ne lui répondrais pas.

— Mais s'il vous écrivait?

— Il en serait pour ses frais.

— Même s'il vous disait dans ses lettres ce qu'il dit partout, qu'il mourra de vos mépris?

— Est-ce qu'on meurt d'amour ? répondit la Laugier en riant. Et quelqu'un qui, à ce moment, eût observé le jeune homme, l'eût vu pâlir.

— Et puis voyez-vous, continua la fille, c'est trop bavard, les garçons : on ne leur accorde pas plutôt quelque faveur, qu'ils vont s'en vanter par-dessus les toits.. Saturuin en est la preuve.

— C'est vrai, insista le jésuite : au contraire, avec les personnes auxquelles vous vous êtes confiée, jamais à craindre de scandales, jamais aucune suite fâcheuse à redouter : les indiscrétions ou les ennuis ne pourraient vous venir que de vous-même.

— Soyez tranquille : je ne bavarderai pas.

— Tout est là : ce secret doit rester entre vous et moi, qui suis votre directeur : vous n'avez pas le droit de le partager avec d'autres, vous le regretteriez vite! pas même avec votre sœur, si vous en aviez, pas même avec une amie que vous aimeriez comme une sœur, — et je sais que vous en avez une.

— Je mourrai avant que Catherine devine rien. ^ — Ne me la nommez pas, mon enfant : il est défendu au prêtre d'entendre le jJa,

Aride, la Guiol lui prit la tâta à Jeui mains, leur lèvres s'uûirent, et pendant un instant ils restèrent silencieux,

nom des personnes dont on parle au confessionnal. Répondez-moi seulement avec une entière franchise : la fréquentation de cette jeune fille a-t-elle toujours été édifiante pour vous?

— Toujours, mon père : elle est un ange de douceur et de pureté.

— Ah 1 de pureté aussi? Vous en êtes sûre ?

— Tout ce qu'il y a de plus sûre.

— Précisez par des exemples (*). Autrement dit, vous ne l'avez jamais surprise

(*) Avant d'aller plus loin, nous tenons à dire au lecteur que pourrait effaroucher ce colloque clérical que nous n'exagérons rien, au contraire : le respect que nous avons du public nous force à ne pas suivre nos autorités très authentiques jusqu'où il leur plairait de nous mener. Pour s'en convaincre, il suffit de se

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désirant voir, toucher, faire, entendre quelqu'une de ces choses que le sixième commandement; défend de faire? et exprimant ces désirs par des paroles à double entente? ou plus couvertes ?

— Non, mon père, jamais.

— Vraiment ? Rappelez bien vos souvenirs.

— Ils sont très précis.

— Dites-moi bien tout, ma fille : voyons, il est impossible que vous-même n'ayiez pas prononcé devant cette personne des paroles déshonnêtes ou sales, chanté des chansons obscènes, et sans doute plusieurs fois?...

— Je l'avoue.

— Ah ! Eh bien ! n'avez -vous pas remarqué qu'elle ait pris plaisir à les entendre ou même à les répéter? N'a-t-elle jamais affirmé sou désir de mettre ces paroles en action ?

— Mais non, au contraire : cela semblait l'ennuyer... ?\on pas qu'elle en fût scandalisée...

reporter, non pas même au Manuel des Confesseurs, publié par Mgr Bouvier, évêque du Mans, résumé de tout ce que la plus crapuleuse imagination peut imaginer de révoltant et de nauséabond ; il suffit de consulter un petit livre que nous avons sous les yeux et dont nous avons déjà publie des extraits dans lAiiti Clérical, sans que jamais les cléricaux aient osé mettre en doute son authenticité.

Ce livre, qui est actuellement en usage dans l'un des plus importants diocèses de l'Eglise catholique, est intitulé : EXAMEN DE CONSCIENCE, suivi d'exercices pour la confession, selon l'ordre et la lettre du Petit Catéchisme du diocèse, destiné aux tnfxnts 'de la première communion, et non moins utile aui personnes plus avancées en âge; par M. l'abbe Lestant, curé de Villiers-le-Gambon. — Namur, Westniaël- Legros, imprimeur de l'évéché, IStiô.

On y Ut ceci à la première page :

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