APPROBATION
« J'ai la. par ocdrc Ue ilouseitjuour lu Révereudissiuac évêque de Nfijftnr, le manuscril intitulé Examen de Conscience, suivi d'exercices pour la confession, etc., par M. l'abbé Lenfant, ccré de VilIiers-li--Gambon. Je n'ai rien vn, darde contraire à la doctrine catholique. Connue l'Auteur l'annonce lui-même, son dessein n'est pas d'uxposer tous les péchés qui ; uv^nt se commettre contre chaque commandement, mais seulement les plus Qfdfiftair a.
« Antoine Collàrd, chanoine théologal et professeur de théolnsie. « Nous eu permettons l'impression. — Namur, le 18 janvier 1864.
• NicuLÀS-JoaiPB, éveu.ue de Naumr. f
Au chapitre qui concerne le sixième commandement de Dieu, nous tronvons ees lignes édifiantes :
« Le sixième commandement défend toute impureté, c'est-à-dire de prendre aucun plaisir charael, sur soi ou sur autrui, hors du mariage, par œuvre, par attouchements, :.,isers, [paroles, chansons diUs ou
écoutées, regards, lectures de livres impudiques ou malhonnêtes. C mandement, en général, défend
toute impureté, c'est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent, dans l'état du mariage, par suite de la crainte d'aYoir trop d'enfants, par des abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans oe qui est ordonné. Les personnes dont la conscience est inquiète sur cette matière délicate, doivent consulter leurs confesseur». »
Les questions, que 1 auteur d« cet Examen de Conscient* met sous les yeux des jeunes garçons et des jeuues filles, sont abominables. Nous ne nous sentons pas le courage de les publier dans celte publication populaire. Nous en prenons cependant quelques unes, les moins risquées, et nous les plaçons dans la bouche du R. P. Girard, pour donner une idée, si faible soit-elle, de ce qu'est 4a confession.
Nous ne saurions trop le repéter : notre but est de combattre cette institution immorale et criminelle que les prêtres appellent le sacrement de pénitence; par conséquent, nous nous garderons bien, dans le cours de cet ouvrage, de laisser échapper, même par manière de citation, une obscénité si cléricale qu'elle soit. Noui laissons la pornographie aux Examens de Conscience et au Cantique des Cantiques.
as du H. P. Girard à la Laugier sont choisies parmi les plus présentables du livre de l'abbé Lenfant, avons-nous notablement adoucies. Il en est d'autres que nous laissons deviner.
Si cepends t Messieurs les cléricaux avaient l'audace de nier ou de crier à l'exagération (quand nous atténuons! ), nous publierions une seconde fois textuellement — mais dans notre journal — cet ignoble /U Beamem de Conscience, qui a obtenu l'approbation et le permis d'impression d'un des principaux évéques
S \t de l'Église catholique.
<f* L. T. et K. M.
— Donc elle n'en était pas scandalisée ? remarqua le jésuite.
— Bien mieux, elle ne semblait pas les comprendre.
Le Père Girard se tut. Lui non plus ne comprenait pas, tant la Traie pudeur est inconnue à ces hypocrites satyres.
— Vous avez couché quelquefois chez elle? reprit le prêtre.
— Oui, mon père, avec elle.
— Ah!... Ne vous êtes-vous jamais aperçue qu'il lui soit échappé dans ses rêves des exclamations empreintes d'un désir impur ?
— 'Non: j'ai remarqué parfois des mots brûlants, des cris passionnés..
— Vraiment î Lesquels ?
— Je ne me souviens plus au juste : et je n'y prenais pas garde parce que c'étaient à peu près les mêmes que nous lisions dans le Château de l'dine de Sainte Thérèse, ou les Oraisons Jaculatoires de la bienheureuse Marie Alacoque.
— Ah ! elle lisait ces ouvrages ?
— Avec moi souvent, plus souvent encore toute seule.
— Et ces lectures lui suggéraient-elles des réflexions?
— Oui-, mais rien que des réflexions pieuses.
Le Père Girard frappa du pied : de tous les côtés à la fois l'innocente enfant lui échappait : aucune prise sur celte chasteté, aucune brèche à cette vertu !
Il s'obstina pourtant, sa passion insensée ne faisant que s'accroître à chaque nouvel obstacle. 11 questionna longtemps encore la jeune fille blonde.
— Allons! le siège sera dur! pensait le jésuite, furieux.
— Une fois cependant, reprit la Laugier...
— Une fois?... Voyons... Racontez-moi bien tout.
— C'était un matin... Le lendemain du jour où nous avions été toutes les deux entendre à la cathédrale votre premier sermon sur la Passion.. Ce matin-là, elle m'a fait une fière peur... Figurez-vous que je me réveille, avec Catherine dans mes bras, la tète sur ma poitrine, pleurant à chaudes larmes... Elle m'a1 dit après que toute la nuit elle avait cru assister à la passion, puis qu'on la crucifiait elle-même, puis vous..
— Ah ! après ?..
— Et elle pleurait... et je tâchais de la consoler... puis voilà qu'un moment je la sens toute froide ; elle avait les yeux fixes, la bouche ouverte, les bras raides... elle n'était pas évanouie et on l'aurait dit... Elle est revenue au bout d'un temps... sans ça, je crois que je serais morte... et elle me disait qu'elle descendait du ciel... Elle n'a pas voulu que j'en parle à sa mère.
— Etrange ! murmurait le confesseur.
— 11 faut vous dire qu'elle est née pendant la grande peste, qu'elle est très frêle, et qu'elle prétend toujours qu'elle mourra jeune.
— Étrange ! répétait l'homme.
Cette fois il croyait tenir un fil pour sa route ténébreuse.
Il acheva rapidement la confession de la Laugier... et elle était déjà dans la rue qu'il était encore dui,s sou confessionnal, extraordinairement troublé, oubliant d'en sortir... Il en sortit enfin, mais il faisait nuit dans sou âme autant que dans l'église, et il trébuchait, comme ivre de ses pensées.
— Singulière eufaut ! murmurait-il... Jamais aucune autre, même dans la possession, ne m'a envahi à ce point.
Le Père Girard en était là de sa méditation passionnée, quand, au-dessus de lui, par un vitrail entrouvert, entra la voix aigre d'un crieur passant le long de l'église :
— Demandez, glapissait l'homme, la Morale des Jésuites, le dernier pamphlet, plein de curieuses révélations sur les attentats du Père Aubany, les amours du Père Sabatier, les conversions du Père Girard ! Demandez !
Aux premiers mots du crieur, le jésuite avait levé la tête : le vitrail se trouvait juste au-dessus du confessionnal. Le prêtre eut alors un tressaillement vite réprimé. Dans l'ombre de la corniche, son œil, accoutumé à la nuit, venait de distinguer un homme couché tout de son long. Rapidement, sans trop se hâter pourtant, pour
is donner l'éveil à l'espion, il alla à la porte latérale par où venait de sortir la Laugier : arrêtée par l'attroupement formé autour du crieur, elle était à quelques pas à peine; il lui fit signe. Aussitôt, elle rentra sous le porche de l'église.
— Cours avertir, lui dit-il, les Révérends Pères Aubany et Sabatier : ils sont dans la salle des catéchismes, là : prie les, de ma part, de venir me trouver dans la sacristie... et rappelle-toi bien ces deux mots : — cum laqueo...
— Cum laqueo, répéta-t-elle.
— C'est bien cela. Ils sauront ce que ça veut dire. Va. Sur quoi, il remonta à pas lents la nef, se dirigeant vers la sacristie, sans se
retourner et marmottant des oraisons. 11 avait refermé la porte de dehors derrière la Laugier.
— L'église, songeait-il, a horreur du sang. 11 avait à peine dépassé le confessionnal, qu'il en entendit craquer la boiserie :
sûrement l'espion descendait ; il ne se retourna pas. L'homme venait de sauter à terre.. Il se dirigeait vers lui... Le Père Girard continua sa route. Il était à quelques pas de ta porte de la sacristie... Alors le pas de l'homme se précipita.
— Halte là, Père Girard! cria une voix vibrante : je suis Saturnin Castagnol, l'amoureux de la Laugier; je descends de dessus ton confessionnal d'où j'ai tout entendu, et je vais me venger de ma maîtresse que tu m'as prise, et t'empècher d'en prendre d'autres!... Allons, défends toi, confesseur du diable, dèbaucheur de filles, ou je t'écrase comme un serpent !
Le jésuite touchait alors à la porte de la sacristie : il se retourna, et répondit au jeune homme :
— 11 est écrit: Malheur à celui qui par le scandale arrive ! Et il poussa la porte. .Mais Saturnin y fut aussitôt que lui.
— Ah ! misérable ! cria-t-il, pâle de fureur, tu oses encore railler : eh bien ! c'est toi qui l'auras voulu !
Et prenant, au pied du mur, un massif chandelier de bronze, il l'enleva comme il eût fait d'un fétu, et fit tournoyer son arme terrible au-dessus de la tête tonsurée du jésuite.
Alors il se passa une chose étrange. Une seconde, Saturnin garda celte posture, comme si la tète de Méduse, brusquement, l'eût pétrifié... puis il poussa un épouvantable juron qui s'étrangla dans sa gorge eu un cri rauque... Sa massue improvisée s'échappa de sa main droite, roulant à terre, et lui-même s'abattit sur la dalle de toute sa hauteur, portant sa main gauche à son cou... Un nœud coulant, lancé de la sacristie par la porte entr'ouverte, se serrait autour de sa gorge. Les yeux lui sortaient de la tète, et il se sentait étouffer... Il se secoua dans un spasme desespéré, faisant un suprême effort pour se détacher de celte effroyable étreinte... Mais à ce momenl il la ^ sentit s'accroitre encore. Une pression atroce lui enfonçait la poitrine. ... Les deux «ft jésuites appelés par Girard, cum laqueo (avec un lacet), le tenant cloué à terre sous £\
If
Catherine venait de se soulever, comme attirée par une influence magnétique, les bras tendus en avaa;. — La Laugier ue m'avait pas menti, fit le jésuite. (Ghap. II.)
leurs pieds, tiraient, aidés du confesseur: et ils n'eurent pas à prolonger l'effort bien longtemps.
— Respirons, mes frères, et grand merci, ut Girard qui s'était penché vers le malheureux, et se relevait; le sacrilège est expié.
— Et le secret de la confession est sauf! ajouta le père Aubany, le plus gros et le plus rouge des deux aides.
En effet, Saturnin Castagnol était mort.
— Ça, demanda le Père Sabatier, un hercule à cheveux, roux, qu'allons-nous faire du cadavre?
Il se fit un silence. La nuit était épaisse maintenant, et c'était sinistre, ce trio
'ffî*).
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(librairie anti-cu'ricale.)
LES DÉBAUCHES D'UN GONPBSSEl R
d'hommes noirs penchés sur ce corps encore chaud, comme trois corbeau': ques. Enlever une dalle de l'église, creuser une fosse et l'y enfouir '? c'était ud bien rude travail et bien long. L'enterrer dans le jardin attenant à la sacristie ? il n'y fallait pas songer, plusieurs maisons voisines avaient vue sur ce jardin. Aller le jeter à la mer au milieu de la nuit? c'était bien du chemin, et l'on pouvait être remarqué.
— J'ai une idée, fit le Père Girard : ce malheureux, amant désespéré de je ne sais quelle fille, a dit souvent qu'il ne survivrait pas a. son abaudon : n'essayons pas de faire disparaître ce corps ; arrangeons-nous de façon à ce qu'on croie à une mort volontaire.
— Mais le sillon creusé par la corde et la langue pendante?., objecta Sabatier.
— Rien de cela ne paraîtra plus.
— Et puis, ne pourrait-t-on, conseilla Aubany, laisser supposer qu'il pendu ?
— Un médecin discuterait peut-être, et la contusion à la tête prêterait à la discussion.
— C'e^t vrai! opinèrent les deux jésuites. Mais alors?
— Voici mon idée, répondit Girard.
Et il baissa la tête, gesticulant vivement.
— Bravo! conclurent-ils ensemble, cela répond à tout.
— Allons! enlevons le cadavre!
Déjà Aubany aidait Sabatier à s'eu charger, non sans avoir eu soin de défaire le
nœud coulant et de le mettre dans sa poche, quand Girard les arrêta.
— Un instant!
Sur quoi, il fouilla consciencieusement les habits de Saturnin : il prit le peu
d'argent demeuré dans les goussets ; puis, trouvant un papier, courut à la sacristie, le déplia à la lueur d'une lampe... C'était une lettre; il la lut d'un regard, la serra soigneusement dans sa ceinture, et dit à ses deux complices en revenant vers eux :
— Toutes les chances!
11 se frottait les mains.
— La trouvaille est bonne? demanda Sabatier. Cette lettre?
— Je la lui aurais dictée qu'elle n'irait pas mieux... Et maintenant, trancha-t-il. en route !
Aidé d' Aubany, Sabatier portait le corps, Girard les précédait ; et le funèbre se dirigeait vers la porte menant au clocher. Cinq minutes après, le corps de Saturnin Castagnol vei r sur la place qui précède : slaboussant le
pavé d'un Qol I de débris de cervelle : la tête avait été littéraleme
dans la chute.
Une heure après, toute la ville savait le suicide de l'ancien amoureux de la Lausier.