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CHAPITRE XXXVI QUELQUES PAGES D'HISTOIRE

Cette étude est avant tout un document. Nous avons sous la forme du roman

cherché à vulgariser la plus implacable des causes célèbres, diminuant plutôt quo

ssant les faits, et laissant au lecteur impartial le soin de conclure en conscience.

,. sommes, nous sentons que changer une ligne à cette

pailie de l'affaire serait impossible sans ôter quelques rayons à la terrible lumière

dont Téclaire l'histoire. Qu'il nous soit donc permis de nous reporter aux archives

à la relation du procès, si éloquente encore en dépit de ses trop évidentes

mutilations.

Le lieutenant civil et criminel, Marteli Chautard, en sa qualité d'homme du Roi. devait retenir l'affaire à son tribunal; car le juge ecclésiastique, dans sa haineuse précipitation, n'ayanl pas rempli les formalités du droit ecclésiastique, avait fait uo acte nul. Mais le magistral laïque, — retenu par quelles attaches'? c'est un des secrets de l'histoire, — n'eut pas ce courage. Il se laissa atteler à l'information cléricale, subit Larmedieu pour associé et même alla siéger, écouter les témoius au tribunal de l'évêché. Le greffier de Pévêché, — cet abbé Camerle, — écrivait, et non le greffier du lieutenant du Roi. Ecrivait-il exactement? On a plus que le droit d'eu douter quand on voit que ce greffier ecclésiastique menaçait les témoins et, chaque soir, allait montrer leurs dépositions aux jésuites. (P. 80 de l'in-folio, et t. I de l'in-12, p. 33.)

Ainsi nul souci des firmes. Escamotage complet. Biseautage effronté de cartes.

Et, preuve effrayante de la puissance de ces hommes, nulle protestation! Cette

lui'.: de Parlement, parfois si âpre et jalouse de son autorité, qui ne se

mr donner des semonces au Roi, se tait, fait la morte! Déjà inamovibles! Les

deux vicaires de la paroisse de la Cadière, que l'ou entendit d'aboi il, déposèrent

eut, sans faveur pour elle, mais nullement contre elle, nullement pour les

jésuites (24 novembre). Ceux-ci virent que tout allait manquer. Ils perdirent toute

pudeur, et, au risque d'indigner le peuple, résolurent de briser tout. Ils tireront ordre

de l'évêque, — nous avons vu comment, — pour emprisouuer la Cadière et les

principaux témoins qu'elle voulait faire entendre : c'étaient les dames Allemand, ses

amies et la Laugier. Celle-ci fut mise au Refuge, couvent-prison, ces dames, dans une

de force, le Bon Pasteur, où l'on jetait les folles et les sales coureuses en

correction...

N'est-il pas vrai qu'on croit rêver, et qu'il faut, pour les croire, lire ces prodigiuses iniquités avec les preuves eu marge? La Cadière (20 novembre), tirée du ht qui lui avait été dressé dans le presbytère des aumôniers de la marine, — le logement de Girard ! — fut donnée aux ursulines, pénitentes de Girard, qui la couchèrent proprement sur de la paille pourrie! Alors, la terreur établie, on put euteudre les témoins, deux d'abord (28 novembre), deux respectables et choisis. L'uu était Guiol, connue pour fournir des femmes à Girard; langue adroite et acérée qui li

de lancer le premier dard et d'ouvrir la plaie de la calomnie. L'autre était o

la Reboul, l'héritière de MUe Gravier, tenue un peu par la peur, beaucoup par le testament. A elles deux, elles se moquèrent de Catherine, la salirent à qui mieux, mais maladroitement en dévergondées qu'elles étaient, lui prêtant des mots effrontés, très contraires à ses habitudes. Puis virent les girardines, comme on les appelait dans Toulon. Mais ou ne pouvait si bien faire que par moments la lumière n'éclatât. La femme d'un procureur, dans la maison de laquelle s'assemblaient parfois les pénitentes du prédicateur, dit brutalement qu'on ne pouvait y tenir, qu'elles troublaient toute la maison; elle conta leurs rires bruyants, leurs mangeries payées des collectes que l'on faisait pour les pauvres, leurs propos salés, les danses, etc., etc. (p. 55).

Qu'importaient ces déclaratians, du reste? La lumière ne se faisait que par éclairs devant des juges achetés d'avance, et puis rien ne sortait de l'évèché dont le toit faisait boisseau. On craignait extrêmement que les religieuses, que la pauvre fille avait émues de pitié ou de sympathie, ne se déclarassent pour la Cadière. Le greffier alla leur dire, comme de la part de l'évèque, qu'on châtierait celles qui parleraient mal. Pour agir plus fortement encore on fit revenir définitivement de Marseille leur galant P. Aubany, qui avait ascendant sur elles. Ou arrangea son affaire du viol de la petite fille. On fit entendre aux parents que la justice ne ferait rien... Et ce procès même était fait pour le prouver de reste... On estima l'honneur de l'enfant à huit cents livres qu'on paya pour Aubany. Donc, il revint ouvertement, plein de zèle, tout jésuite, dans son troupeau d'Ollioules. Pauvre troupeau qui trembla quand ce bon P. Aubany se dit chargé de les avertir que, si elles n'étaient pas sages, « elles auraient la question ». (Procès, in-12, t. II, p. 191.)

Couper la parole aux témoius à décharge, ou les suborner, ou les intimider pour en faire des témoins à charge, tous moyens sont bons. Avec tout cela, on ne tira pas ce qu'on voulait des quinze religieuses. Deux ou trois à peine étaient pour Girard : bien perverse pourtant, la supérieure eut si grande honte sous le clair regard de l'innocente, qu'elle se déroba : Mme de Lescot, fut très ferme : seule, sœur Christine, digne fille de la Guiol, accusa carrément Catherine; quant à la grosse Matherone, elle traita le tribunal de « tas de gredius... »

Les pensionnaires furent aussi en grande partie pour l'accusée : novices ou sœurs, toutes articulèrent des faits, surtout pour le 7 juillet, qui directement accusaient Girard, l'accablaient... Les jésuites désespérés prirent un parti héroïque pour s'assurer des témoins. Ils s'établirent à poste fixe dans une salle de passage qui menait au tribunal. Là ils les arrêtaient, les pratiquaient, les menaçaient, et, s'ils étaient contre Girard, ils les empêchaient d'entrer, et, par force, impudemment, les mettaient à la porte. (In-12, t. I, p. 44.) Ainsi le juge d'Eglise et le lieutenant du Roi n'étaient plus que des mannequins entre les mains des jésuites. Toute la ville le voyait, frémissante. En décembre, janvier, février, la famille des Cadière formula et répandit une plainte pour déni de justice et subornation de témoins. François criait sur les toits. Les jésuites eux-mêmes sentirent que la place n'était [dus tenable. Ils appelèrent le secours d'en haut.

Le meilleur paraissait être un simple arrêt du Grand-Conseil qui eût tout appelé à lui et tout étouffé, comme fit Mazarin pour l'affaire de Louviers. Par malheur, le chancelier était l'intègre d'Aguesseau : les jésuites ne désiraient pas que l'affaire allât à Paris. Ils la retinrent en Provence.

Par l'intermédiaire de Fleury, ils firent décider par le Roi (17 janvier 1731), lequel, — Pauline n'ayant pas parlé, — ne connaissait ni Girard ni la Cadière, ne lut pas même ce que le cardinal lui présentait et signa les yeux fermés ; ils tirent donc

décider que le Parlement de Provence, où ils avaient beaucoup d'amis, jugeât sur l'information que deux de ses conseillers feraient à Toulon.

Un laïque. M. Faucon, et un conseiller d'Eglise, M. de Charleval, vinrent, en effet, et. tout droit, descendirent chez les jésuites (p. 407), la première démarche dont se fussent dispensés des juges impartiaux. Ces commissaires impétueux cachèrent si peu leur violente et cruelle prévention, leur parti pris insolent, qu'ils lancèreDt à la Gadière un ajournement personnel, comme on faisait à l'accusé, — elle n'était pas même prévenue! — tandis que Girard fut poliment appelé, laissé libre : il continuait à dire la messe et à confesser. Et la plaignante était sous les verroux dans les mains de de ses ennemis, chez les dévotes de Girard, à la merci de toute cruauté!... La réception des bonnes Ursulines avait été telle qu'elles l'eussent faite si elles avaient été chargées de la faire mourir. Elles lui avaient donné pour chambre la loge d'une religieuse folle qui salissait tout. Elle coucha dans la paille de cette folle, dans cette odeur épouvantable. A grand'peine. le lendemain Thérèse put-elle introduire une couverture et un matelas.

On l'appela d'OlliouIes et on lui donna pour garde et garde-malade l'âme damnée de Girard, une converse qui était fille de cette même Guiol qui l'avait livrée, sœur Christine, — nos lecteurs la connaissent, — fille très digne de sa mère, déclare Michelet, capable de choses sinistres, dangereuse à sa pudeur et peut-être à sa vie même. On tint la pauvre Catherine, que les prêtres n'avaient pas suffi encore à dég de la religion, à la pénitence la plus cruelle pour elle, celle de ne pouvoir se confesser ni communier. Elle retombait malade dès qu'elle ne communiait plus.

La porte étant fermée au Père Nicolas, et Girard, en dépit de l'envie qu'il en avait, ayant reçu avis de ne pas se présenter, son furieux ennemi, Sabatier le jésuite, vint dans cette loge, et, chose bizarre, nouvelle, il entreprit de la gagner, de la tenter par l'hostie!... On marchanda : donnant donnant ; pour communier, il fallait qu'elle s'avouât calomniatrice, indigne de la communion... On l'absoudrait; on comptait qu'elle le ferait par excès d'humilité. Mais elle sentit qu'en se perdant elle perdrait

me et ses frères. Réduit aux arts pharisaïques, on interprétait ses paroles. Ce qu'elle disait au sens mystique, on feignait de le prendre dans la réalité matérielle. On lui prêtait ainsi des obscénités... Mais la courageuse enfant, pour se démêler de tous ces pièges, montrait, ce qu'on eût le moins attendu, une grande présence d'esprit. (Y. surtout p. 391.) Le plus perfide, combiné pour lui ôter l'intérêt du public, mettre contre elle les rieurs, ce fut de lui faire un amant. On prétendit qu'elle avait proposé à un jeune drôle de partir avec elle, de courir le monde. Perversité qui semblait impossible, ses ennemis trouvaient moyen encore de la déshonorer. Ils essayaient, du moins. Les grands seigneurs d'alors qui aimaient à se faire servir par des enfants, de- petit- pages, prenaient volontiers les plus gentils des Bis de leurs paysans. Ainsi avait fait La Tour-du-Pin du petit garçon d'un de ses fermiers. 11 le débarbouilla. Puis, quand ce favori grandit, pour qu'il eût meilleure apparence, il le tonsura. lui donna figure d'abbé, litre d'aumônier à vingt ans. C'est cela qui devint M. l'abbé le. Elevé dans la valetaille et dressé à tout faire, il fut, comme sont souvent ampagnards, dé xassé à demi, un rustre niais et finaud. Il vit bien que le prélat, dès son arrivée à Toulon, était curieux de la Cadière, peu favorable à Girard. Il pensa plaire et amuser en se Faisant, a Ollioules, espion de leurs rapports suspects. .Mai- des que l'évèque changea, eut peur des jésuites, Camerle, avec le même zèle, — averti -ans doute, — servit activement Girard et l'aida contre la Cadiere. Il vint. comme un autre Joseph, dire que Mlle Cadière, comme la femme .le Putiphar, l'avait ^ N^ tenté, essayé d'ébranler sa vertu... Quelle apparence! Mais quoi? dans cette fabrique jA,

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de calomnies on n'y regardait pas de si près. Si cela avait été vrai, si elle lui eût fait tant d'honneur que de faiblir un peu pour lui, il n'en eût été que plus lâche de l'en punir, d'abuser d'un mot étourdi. Mais une telle éducation de page et de séminariste ne donne ni honneur ni l'amour des femmes. Elle se démêla vivement et très bien, le couvrit de honte. Les deux indignes commissaires du Parlement la voyaient répondre d'une manière si victorieuse qu'ils abrégèrent les confrontations, lui retranchèrent ses témoins. De soixante-huit quelle appelait, ils n'en firent venir que trente-huit, (ln-12, t. 1. page 62.)

Entre autres ils récusèrent Bitard, le marchand du port, fabricand de cages, qui avait fourni la couroune d'épines en fer, brave honnête homme que le carme avait retrouvé non sans peine et dont la déposition eût, comme on peut le croire, été accablante pour le fabricant de miracles. N'observant ni les délais ni les formes de justice, ils précipitèrent la confrontation, comme s'ils voulaient qu'il fût dit que, dans cet étrange procès, rien de ce qui était respectable n'avait été respecté, et que renversant les rôles, donnant des garanties aux seuls coupables, ils eussent voulu prouver la nécessité de défendre la justice contre les juges. Le plus fort, c'est qu'avec tout cela, ils ne gagnaient rien, Le 25 et le 20 février encore, sans varier, elle répéta ses dépositions accablantes. Ils étaient si furieux, qu'ils regrettaient de n'avoir pas à Toulon le bourreau et la question « pour la faire un peu chanter! » C'était la raison suprême : les Parlements daus tout ce siècle en usèrent. En 1780, — vous qui niez les bienfaits de la Révolution, écoutez ! — En 1780, un savant parlementaire, Muyart de Vouglans, devenu membre du Grand-Conseil, écrit à la suite de ses Lois criminelles un véhément éloge de la torture, dédié au Roi (Louis XVI) et couronné d'une flatteuse approbation de Sa Sainteté Pie VI! Mais, au défaut de la torture qui l'eût fait chanter et dont on n'abandonnait peut-être pas l'idée pour longtemps, ou la fit parler par un moyen meilleur encore.

Le 27 février, — ceci est de l'histoire ! comme disait dernièrement M" Delattre dans le procès des Amours secrètes de Pie IX, — le 27 février, de bonne heure, la sœur converse qui lui servait de geôlier, la fille delà Guiol, son ancienne voisine de cellule à Ollioules, lui apportait un verre de vin. Elle s'étonne : elle n'a pas soif; elle ne boit jamais de vin pur.

— Allons, buvez, ma sœur...

Car on affecte de la traiter en religieuse : c'est à ce titre qu'on la soumet aux

tribunaux ecclésiastiques; on lui prouve ainsi, si elle pouvait en douter encore, que, toute plaignante qu'elle est, on ne l'a pas lâchée...

— Mais, buvez donc!

La converse, rude et forte domestique, comme on en a dans les couvents pour

dompter les indociles, les folles, ou punir les enfants, enveloppe de son insistance menaçante la faible malade. Elle ne veut pas boire, mais elle boit. Et on la force de tout boire, le fond même, qu'elle trouve désagréable et sale (p. 243-247). Quel était ce choquant breuvage"? — du poison?...

On a vu à l'époque de l'avortement combien l'ancien directeur des religieuses était expert en remèdes. Ici le vin pur eût suffi sur une malade débile. Il eût suffi pour l'enivrer, pour en tirer le môme jour quelques paroles bégayées, que le greffier eût rédigées en forme de démenti complet. Mais une drogue fut surajoutée, peut-être l'herbe-aux-sorcières qui trouble plusieurs jours, pour prolonger cet état et pour pouvoir disposer d'elle par des actes qui l'empêcheraient de rétracter le démenti. Nous rx^ avons la déposition qu'elle fit, le 27 février. Changement subit et complet! Apologie ,-j, *| de Girard!... jg

7T)^> . , — ?* (jfe

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Les commissaires, chose étrange; ne remarquant pas une si brusque variation. MiiLihi r, douteux, d'une jeune fille ivre, w i pas, ne les met

garde. On lui fait dire que Girard ne l'a jamais touchée, qu'elle n'a jamais eu ni plaisir, ni douleur, que tout ce qu'elle a senti tient à une infirmité ! Ce sont le carme et ses frères qui lui ou) fait raconter comme actes réels ce qui n'a été que songe. Non contente de blanchir Girard, elle noircit les sieus, le I leur met la corde au

cou... Ce qui est merveilleux, c'est la clarté, la netteté de celle déposition. Ou y sent la main du greffier habile et rancunier. Une chose étonne pourtant, c'est qu'étant en si beau chemin, on n'ait pas coutinué. On l'iuterroge un seul jour, le 27. Rien le 28. Rien du 1er au 6 mars.

Le 27 probablement, sous l'influence du poison, elle put parler encore, dire quelques mots qu'on arrangea. Mais le 28, le poison ayant eu tout son effet, elle dut être en .stupeur complète ou dans un innocent délire comme celui du sabbat, et il fut -ible de la montrer. Une fois, d'ailleurs, que sa lête fut absolument troublée, ou put aisément lui donner d'autres breuvages, sans qu'elle en eût ni conscience ni souvenir...

... Voilà qui est bien hardi, n'est-il pas vrai? bien pervers, l'attentat de ces misérables assez osés pour imaginer ce raffinement de perfidie d'arracher à la plaignante sa propre condamnation.

Eh! bien! ce n'est pas tout; un pire affront lui était imposé, tellement répugnant, si triste pour la pauvre Cadière qu'il est indiqué en trois lignes, sans que ui elle ni son frère aient le cœur d'en dire davantage (p. 249 de l'in-folio, lignes 10-13). Ils n'en auiaient jamais parlé si les frères, poursuivis eux-mêmes, n'avaient vu qu'on en voulait a leur propre vie. Girard, d'abord intimidé, humilié, toujours battu daus la guerre de témoins qu'il faisait à la Cadière, reprit courage quand l'idée lui vint de ce poison; il en vil les effets, comprit que l'infortunée n'était plus elle-même, qu'il en était encore maître... Sa passion le reprit, mêlée de rancune. Autant pour son plaisir à lui que pour sa punition à elle. Girard, rassuré par l'impuissance où la mettait le breuvage, alla voir la Cadière! prit sur elle encore d'iusoleutes, d'impudiques libertés!... Si la mur Guiol avait jadis livré la Cadière, la fille Guiol put la livrer encore. Girard, qui avait alors gagné la partie par le démenti que Catherine s'était donnée à elle-même, usa venir dans sa prison, la voir dans l'état où il l'avait mise, hébétée, désespérée, abandonnée du ciel et de la terre, et, s'il lui restait quelque lucidité, livrée à l'horrible douleur d'avoir, par sa déposition, assassiné les sieûs.

Elle était perdue et c'était fini... Mais l'autre procès commençait contre ses frères et le courageux carme. Le remords pouvait la teuter de fléchir Girard, d'obtenir, — à quel prix! — qu'on ne les poursuivît pas et surtout qu'on éloignai d'elle ce calice effroyable, la question. L'état de la prisonnière était lamentable et demandait grâce. De petites infirmités attachées à une vie toujours assise la faisaient souffrir beaucoup.

Par suite de ses convulsions, elle avait i descente, par moments fort douloureuse

(p. 343 . Ce qui prouve, pour ceux qui pourraient en douter encore, que Girard n'était pas fortuitement criminel el par entraînement, mais un pervers, un scélérat.

qu'il ne vil dans tout cela que la facilité d'assurer son avantage. Il crut que, s'il en usait, àvil ropresyeux, elle ne se relèverait jamais, ne reprendrai! pas le

s de démentir son démenti. Il la voulait, moins pour l'avoir que pour l'enfermer dans la honte, l'ei i jamais de rouvrir la bouche, de relever les

veux. Il la haïssait alors, el pourtant, avec un badinage odieux el libertin, il parla de cette descente, et il eul l'indignité, voyant la pauvre personne sans défense, aussi inerte que l'endormie daus les bras du dentiste, d'y porter la main (p. 249).

fP

Son frère l'assure et l'affirme* mais brièvement, avec honte, sans pousser plus loin ce sujet. Elle-même attestée sur ce fait, elle-dit en trois lettres :

— Oui.

Ilolas ! son âme était absente et lui revenait lentement.

Elle eût voulu rester folle et c'eût été un bonheur pour elle au même titre que la mort qui lui eût évité l'ascension du Calvaire qu'on lui réservait encore.

C'est le G mars qu'elle devait être confrontée, confirmer tout, perdre ses frères sans retour. Elle ne pouvait parler, étouffait. L?s charitables commissaires lui dirent que la torture était la à coté, lui expliquèrent que les coins qui lui serreraient les os, les chevalets, les pointes de fer, le plomb fondu, l'huile bouillante, les tenailles... Un héros eût succombé; elle était si faible de corps que le courage lui manqua. Elle ne put qu'endurer, — autre torture, — d'être eu face de son cruel maître, qui put rire et triompher, l'ayant avilie du corps, mais bien plus, de la conscience! la faisant meurtrière des siens ! On ne perdit pas de temps pour profiter de sa faiblesse. A l'instant, on s'adressa au Parlement d'Aix, et on en obtint que le carme et les deux frères, — le prêtre pourtant s'était si peu compromis! — seraient désormais inculpés, qu'ils auraient leur procès à part, comme coupables de calomnie au premier chef contre un ministre de Dieu reconnu respectable; de sorte qu'après que la Cadière serait condamnée, punie, on en viendrait à eux, et on les pousserait à outrance. Ces conséquences avaient été prédites d'ailleurs; on voulait une bonne fois dégoûter les victimes de cette prétention étrange qui leur était venue de se plaindre de leurs bourreaux...

Cependant Voltaire, caché à Toulon comme Hameau, faisait le mort, déclarant, à la grande stupeur de la famille, que les hommes noirs et les hommes rouges n'étaient pas encore allés assez loin pour qu'il crût devoir agir : tant qu'à part lui François ne doutait pas que le poète n'eût peur comme avait eu peur l'évèque, et que faisant son deuil de tout secours, il se promettait de sauver sa sœur tout seul ou de mourir à ta tâche.

...Le 10 mars, on traîne Catherine des Ursulines de Toulon à Sainte-Claire d'Ollioules.

Girard n'était pas sûr d'elle. Il obtint qu'elle serait menée dans cette maison dont la directrice était dans sa main, comme on eût fait d'un redoutable brigand de cette roule mal famée, entre les soldats de la maréchaussée.

Cet appareil imposait. 11 demanda qu'à Sainte-Claire elle fût bien enfermée à clé, tenue loin des suspectes. Les dames furent touchées jusqu'aux larmes de voir arriver entre les-épées leur pauvre malade qui ne pouvait se traîner. Tout le monde en avait pitié. Même il se trouva, — et cela console un peu de le noter, — au milieu de la lâcheté de tous, deux vaillants hommes. M. Aubin, procureur, et M. Claret, notaire, le même dont nous avons parlé déjà, qui firent pour elle les actes où elle rétractait sa rétractation, pièces terribles où elle dit les menaces des commissaires et de la supérieure des ursulines, surtout le fait du vin empoisonné qu'on la força de prendre (10- 16 mars 1731, page 243-248).

En même temps, ces hommes intrépides rédigèrent et adressèrent à Paris, à la Chancellerie, ce qu'on nommait l'appel comme d'abus, dévoilant l'informe et coupable procédure, les violations obstinées de la loi qu'avaient commises effrontément :

1° L' officiai et le lieutenant;

2° Les commissaires.

Le chancelier d'Aguesseau se montra très mou, très faible. Une visite de Fleury jj^ le décida au silence. 11 laissa subsister cette immonde procédure, laissa aller l'affaire au ^

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Parlement d'Aix, tellement suspect! Après le déshonneur dont ses deux membres venaient de se couvrir.

Donc les jésuites ressaisirent la victime et d'OUioules la firent traîner à Aix, toujours par la maréchaussée...

François le sut ; il voulait en profiter pour combiner un enlèvement : Voltaire s'y opposa.

— S'il ne réussit pas, comme c'est probable, dit-il, nous la perdons du coup; s'il réussit, on dira qu'elle à eu peur de sa cause; sa fuite la prouvera coupable.

Le marchand dut donc ronger son frein.

Ou couchait alors à moitié chemin dans un cabaret. Et là, le brigadier expliqua qu'en vertu de ses ordres, il coucherait dans la chambre de la jeune fille. Ou avait tait semblant de croire que la malade, qui ne pouvait marcher, fuirait, sauterait parla fenêtre... Infâme combinaison ! La remettre à la chasteté de nos soldats des dragonnades! Quelle joie eùt-ce été, quelle risée! si elle fut arrivée enceinte!... Heureusement, Thérèse s'était présentée au départ, avait suivi bon gré, malgré, et on avait pas osé l'éloigner à coups de crosse. Elle resta dans sa chambre, veilla, toutes deux debout, et elle protégea sa belle-sœur (iu-12, t. I, p. 52).

La nuit se passa à peu près bien : Thérèse consolait la pauvre martyre, lui parlant tout bas de sa fille dont l'existence était toujours restée un mystère pour leurs ennemis. Son attitude avait découragé les soldats : seulement au matin, elle même perdit toute assurance... Par la porte entrebâillée, elle avait reconnu un homme de haute taille dont le regard ardeut était fixé sur elle...

A partir de ce moment, Thérèse ne parla plus...

Catherine était adressée aux ursulines d'Aix, qui devaient la garder et en avaient ordre du Roi... — toujours de ces ordres signés sans les lire.

La supérieure prétendit n'avoir pas encore reçu l'ordre. On vit là combien sont féroces les femmes, une fois passionnées, n'ayant plus nature de femmes. Elle la tint quatre heures à la porte, dans la rue, en exhibition. (T. IV de l'in-12, p. 404).

Ou eut le temps d'aller chercher le peuple, les gens des jésuites, les bons ouvriers du clergé, pour huer, siffler, les enfants au besoin pour lapider. C'étaient quatre heures de pilori. Cependant tout ce qu'il y avait de passants désintéressés demandaient si les ursulines avaient ordre de laisser tuer cette fille. . On peut juger si ces bonnes sœurs furent de tendres geôlières pour la prisonnière malade. Le terrain avait été admirablement préparé : et cette manœuvre de l'arrivée le prouvait de reste. Un vigoureux concert de magistrats jésuites, le président Lebret en tête, tout à fait rallié, et de dames intrigantes avait organisé l'intimidation. Nul avocat ne voulut se perdre en défendant une fille si dilïamée. Nul ne voulut avaler les couleuvres que réserveraient ses geôlières à celui qui, chaque jour, affronterait leur parloir pour s'entendre avec la Cadière. La défense revenait, dans ce cas, au syndic du barreau d'Aix, M. Chandon. 11 ne déclina pas ce dur devoir. Cependant, assez inquiet, il eût voulu un arrangement. Les jésuites refusèrent. Alors il se montra ce qu'il était, un homme d'immuable honnêteté, d'admirable courage. Il exposa, en savant légiste, la monstruosité des procédures. C'était se brouiller pour jamais avec le Parlement, tout autant qu'avec les jésuites. Il posa nettement l'inceste spirituel du confesseur. Mais, par pudeur, — peutêtre sur la prière de Catherine, — ne spécifia pas jusqu'où avait été le libertinage. Il s'interdit aussi de parler des girardinès, des dévoles enceintes, chose connue parfaitement, mais dont personne n'eut voulu témoigner. Enfin il fit à Girard la meilleure cause possible en l'attaquant comme sorcier. On rit. On se moqua de l'avocat. Il entreprit de prouver l'existence des démons par une suite de textes sacrés h partir des ;

Une demi-douzaine de femmes, Thérèse en tête, grimpèrent au haut d'une maison.

(Chap. XXXVII.)

Evangiles. Et l'on rit encore plus fort. Girard sentait le vent dans sa voile. Il était tout à fait rassuré à cette heure, tellement que, quand il sut que M. Chandon avait fait citer Louise Laugier en témoignage, en dépit de l'avis de Fellmann, il ne voulut rien faire pour s'y opposer.

— Ce serait simple pourtant, avait déclaré Nemo; nous la tenons par l'enfant d'Yolande qu'elle croit le sien.

— Laissez-moi faire, avait répondu le prédicateur.

Louise était donc venue : elle avait déposé avec l'emportement d'une fille de mauvaise tète, de conduite équivoque, mais d'excellent cœur. Belle avec ça, elle s'était attiré les sympathies de cet auditoire préconçu par une force extraordinaire de sincérité el d'émotion.

59e LIVRAISON.

(librairie anti-cléricale.)

— Je crois, avait-elle dit en terminant, Catherine capable de tout en fait de à vouei crifice; Girard capable de tout en fait de perversité et d'infamie...

èrement et pour préciser, je le crois capable d'avoir séduu Catherine...

— Croire ne suffit pas...

— Je le sais!

— Donnez -eu la preuve.

— Elle est irréfutable : il m'a séduite moi-même!...

— Vous ... demanda le président Lebret, très pâle, au milieu de la stupeur.

— Je déclare que mon enfant est l'enfant de cet homme... Un grand mouvement se lit dans l'assistance. M. Lebret, très ému, se tournant

vers le jésuite, et, sans le regarder, — il semblait qu'il n'osait pas, — lui demanda :

— Monsieur, qu'avez-vous à répondre à ceci?

— Ceia! dit Girard.

El il tendait un papier.

— Qu'est ce p

— Une lettre dont j'ai la charité île ne pas réclamer la lecture à haute voix...

— Pourquoi? demanda la belle fille.

— Parce qu'elle est très grave pour vous...

— Je m'en moque.

— Messieurs du tribunal voudront bien en prendre connaissance, et elle suffira à les édifier...

— Comment? Je veux le savoir!... Qu'est-ce que c'est encore que cette perfidie? criait Louise, s' exaspérant.

— Il ne s'agit pas de perfidie, déclara Girard très calme.

— Mais, enfin, de qui est cette lettre?

— Vous ne vous eu doutez pas?

— Non.

— Vous ne craignez pas que je le dise?

— Je vous en mets au déli!

— Eh bien! elle est de Saturnin Castagnolt

— Saturnin !...

A ce nom, qui lui rappelait le brave garçon qui l'avait aimée, qu'elle avait dédaigné, hélas! pour aller à Girard, et qu'au premier chapitre de celte histoire nous avons vu espionnant le prêtre, couché derrière le fronton de son confessionnal, la pauvre fille chancela comme frappée d'un coup en plein cœur...

— Voyez! ajoutai! Girard, sa pâleur ne la dénonce-t-elle pas suffisamment? Louise était en effet livide.

— Saturnin ! répétait-elle.

— Oui, Saturnin! reprit le jésuite, qui était votre amant...

— C'est faux !

— il vous tutoie dans cette lettre!

— Ça ne vous prouve rien, ça!

— Ah! vraimentl Kl trouvez-vous aussi que ça ne prouve rien, qu'après avoir écrit celle lettre où il se plaint d'être trahi...

— Taisez-vous!

— Vous voyez ! vous avc2 peur que je ne dise que vous l'avez abandonné, enceinte de lui...

— Et que votre abandon a été cause de son suicide!...

— Ah! malheureux!

— Cette lettre, messieurs, les révérends pères Sabatier, Aubany et moi, premiers témoins de sa chute, l'avons trouvée dans la poche du cadavre!...

Girard eut pu parler longtemps encore, longtemps accuser Louise : elle ne pouvait plus se défendre... Une crise de nerfs s'était emparée d'elle. Oq dut l'emporter blanche comme un linge, pendant que tous les ecclésiastiques présents et une partie de l'assistance félicitaient le jésuite auquel ce coup de théâtre avait ramené toutes les sympathies.

— J'aurais le droit, conclut Girard, d'intenter une action contre cette fille.

— Certes! approuvèrent ses amis.

— Je m'en désiste.

— Quel désintéressement !...

— Je n'en finirais pas s'il me fallait poursuivre tous ceux qui ont pris à tâche de tenir ma réputation. Je n'ai voulu que prouver la valeur des témoignages qu'on nous oppose...

— Très bien !

Il n'y avait pas à dire ; les plus hésitants lui étaient revenus. Girard le comprit, et, tout de suite, voulut tirer parti de la situation.

— Donc, reprit-il, puisque, sachant d'avance ce qu'allait dire contre moi cette fille, je ne me suis pas refusé à ses outrages, je demande à mon tour, et, pour en finir. à citer un témoin, peu recommandable en lui-même, je l'avoue, mais dont la déposition sera d'un grand intérêt, en ce sens qu'elle jettera une lumière décisive sur le fou 1 de cette vilaine affaire.

— Soit, approuva le président Lebret. Quel est ce témoin?

— C'est le nommé Guiol, le propre mari de la digne femme déjà entendue par vous.

La Guiol n'était pas là, sans cela la stupeur l'eût empêché de saluer.

— Il n'est donc pas mort, le gredin? eut-elle demandé; moi qui me considérais comme veuve !

A quoi on eût pu répondre que, de son vivant, c'était déjà pareil.

— Cet hommie n'était-il pas au bagne? interrogea M. Lebret.

— Il y était, en effet, accusé d'un crime... dont il ne fut jamais bien prouvé coupable...

Heureusement, l'assistance était tout à cette nouvelle histoire; sans cela elle eût pu se demander à quel propos, sous le regard du jésuite, la pâleur de M. le président semblait augmenter encore.

— Et il est évadé? ajouta le président d'une voix sourde.

— Il parait... Or, cet homme n'a jamais quitté la Provence ; il a appris le procès, sait les accusations calomnieuses dont on m'abreuve : indigné, notez ceci, indigné, lui ! il s'est souvenu qu'au bagne j'étais son confesseur; il est venu me trouver, sûr que je lui garderais le secret et ne le dénoncerais pas, pour me raconter une chose dont il a été témoin...

— Eh bien?

— Eh bien? il demande qu'on s'engage à ne pas le reprendre, et, sous cette caution, il s'offre à venir déposer en ma faveur...

— Qu'on la lui donne! firent les juges, intéressés.

— Mieux que cela, déclara le président : je promets de m'occuper de lui deman- ^, dersa grâce que son repentir lui mérite.

As?

On approuva, et, le lendemain, Guiol venait gagner honnêtement l'argent à lui offert par Girard. Voici dans quelles circonstances :

Une nuit, le jésuite s'était trouvé attaqué dans les montagnes par deux crève-lafaim déterminés, lesquels eussent sûrement eu raison de lui s'ils avaient eu chacun un pistolet et lui un gourdin... Mais, c'était le contraire : Girard les avait mis enjoué tous deux, leur avait fait jeter leur bâton... Après quoi, allumant son briquet sans cesser de les tenir sous la menace de ses armes, il les avait reconnus.

— Guiol ! Poisson !

— L'abbé Girard!

Stupeur réciproque! Les deux gredins avaient bien des explications à demander au prêtre au sujet d'un certain magot à la place duquel ils n'avaient plus trouvé qu'un médaillon, mais le moment leur sembla mal choisi. Ils commencèrent par s"excuser, mettant sur le compte de la misère leur procédé un peu vif, puis, renouant connaissance, se tinrent disposés à répondre aux questions du jésuite. La première, comme on pense, fut sur l'attentat préparé aux Trois Couronnes contre Catherine et sa mère, et si absolument raté. Les deux amis expliquèrent comme quoi ce n'était pas de leur faute, et que l'intervention d'un grand gaillard tout barbouillé de suie, — très inconnu, du reste, ce qui turlupinait Girard, — avait tout l'ait. Le récit lui parut curieux : il arrivait au moment où le procès s'entamait; tout de suite il vit le parti qu'on en pouvait tirer, dicta sa petite histoire à Guiol, se réservant de lui fournir l'occasion de la débiter.

L'occasion était venue.

Très simple, d'ailleurs, l'histoire. La voici en deux mots :

A peine au sortir... des galères, Guiol, depuis longtemps, trop longtemps, sevré d'amour, avait, lui deuxième, rencontré une belle fille allant avec sa maman à quelque bastide du bord de la mer: la belle fille était Catherine. L'occasion, l'herbe tendre, et le diable aussi les tentant, les deux drôles, toujours à en croire la déposition de Guiol, avaient tiré à la courte paille lequel s'offrirait la fille... Idée qui, entre parenthèses, eut l'avantage d'égayer un bon moment le parlement tout entier. Bref, la fille était échue à Guiol; la mère revenait donc à son compagnon, lequel désirai! garder l'anonyme, et tous deux s'étaient mis eu devoir de se les octroyer. Un filet de pêcheur jeté sur la vieille avait suffi à l'immobiliser; mais la jeune se déballait, et Guiol, aidé da son ami. n'arrivait qu'avec peine à la bâillonner, — il supprimait la suite, — quand ils s'étaient sentis renverser l'un et l'antre..., — écoulez ça, messieurs! — par deux formidables coups de grilfes... De griffes?... Eh ! oui ! Car celui qui venait sauver Catherine n'était ni plus ni moins que le diable, noir de la tête aux pieds, grand et maigre, el défendant celle qui était en sa possession avec une force contre laquelle c'eût été folie de lutter.

... Girard, pendant tout ce récit, suivait de l'oeil les impressions sur les visages : il i -ut ce regret de ne voir aucun des assistants manifester une angoisse, et se [trouver ainsi coupable de l'inopportune intervention; en revanche, il eut la joie de constater que l'aventure n'étonnait personne. Tous l'avaient prise au sérieux, et le président ayanl confronté Guiol avec François Cadière, lequel avait de lui-même reconnu ne s'être pas trouvé ce jour-là à cet endroit, tous restèrent convaincus que cet honnête homme de forçai avait eu la preuve de ce que chacun soupçonnait, de cette possession du malin esprit déjà invoquée par (îirard, laquelle possession expliquait surabondamment la malice de Catherine et ses suggestions à l' encontre d'un ministrede Dieu (1.)

(1) Une anecdote grote 1 merveill i l'état du parlement : nous la citons en réponse aux

sceptiques qui douteraient que la crédulité des juges pût aller aussi loin. Le rapporteur lisait son travail, ses appréciations du procès de sorcellerie, de la part que le diable pouvait avoir en cette affaire. Il se l'ait un grand bruit. Un homme noir tombe par la cheminée... Tous se sauvent, effrayés, moins le seul rapporteur qui, embarrassé dans sa robe, ne peut bouger... L'homme s'excuse. C'est tout bonnement un ramoneur qui s'est trompé de cheminée (Pappon IV, 430). — Ou peut dire qu'en effet une terreur, celle du peuple, du démon populaire, fixa le parlement comme ce juge engaeré par sa robe.

J " S V L. T. et K. M.

jR LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR 469 VF!

La cause perdait donc de sa précision ; la magie s'en mêlait et c'était tout au bénéfice de Girard. Plus besoin de chercher une autre perversité dans tout cela. Celle du diable suffisait amplement. D'un autre côté on avait fort adroitement défiguré l'affaire en faisant de l'honnête carme, — on l'avait laissé entendre après mille réticences, — un amant de la Cadière et le fabricateur d'un grand complot de calomnies contre la société de Jésus en général et Girard en particulier. Dès lors, la foule des oisifs, les mondains étourdis, rieurs ou philosophes, plus nombreux ici qu'à Toulon, s'amusaient des uns et des autres, parfaitement impartiaux entre les carmes et les jésuites, ravis de voir les moines se faire la guerre entre eux. Ceux que bientôt on dira Voltairiens sont même plus favorables aux jésuites, polis et gens du monde, qu'aux anciens Ordres mendiants.

Ainsi l'affaire va s'embrouillant. Les plaisanteries pleuvent, mais encore plus sur la victime.

Affaire de galanterie, dit-on. On n'y voit qu'un amusement. Pas un étudiant, un clerc, qui ne fasse sa chanson sur Girard et son écolière. C'est d'alors que date la ronde impossible à citer :

Avec du jus d'toraates Il lui fît des stigmates, Lui réservant, l'pauvre homme (sic) Le jus canonicum... (le droit canonique) Dominas vubiscum...

Etc., etc.

et la complainte gauloise, dans le genre de celles qu'on fait aujourd'hui sur les Causes célèbres :

AABB CD!

Girard ^st possédé :

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