ÉPILOGUE
simplicité clairvoyante et toute proche des vérités, devancent l'avenir et nous apprennent ce qu'il convient d'admettre et d'éviter. Nous l'avons vu, ils ne haïssent pas l'homme, mais ils ne s'y fient point. Ils n'y retrouvent l'être humain que lorsqu'il est sans armes. Ils savent, pour l'avoir trop souvent éprouvé, que tant qu'il en possède, il ne résiste pas au délire de nuire, de trahir, de tuer et qu'il ne devient bon que lorsqu'il est impuissant.
Est-il ainsi de nature ou a-t-il été perverti par ceux qui le mènent? Les chefs ont-ils entraîné tout ce peuple; ou tout ce peuple a-t-il poussé ses chefs? Ceux-ci l'ont-ils rendu semblable à eux-mêmes; ou ne les a-t-il choisis et supportés que parce qu'ils lui ressemblaient déjà? Le mal est-il parti d'en bas ou d'en haut, ou était-il partout ? C'est le grand point obscur de cette effroyable aventure. II n'est pas facile de l'éclaircir; et moins facile encore d'y trouver une excuse. En effet, s'ils
prouvent qu'ils ont été trompés et corrompus par leurs maîtres, ils prouvent en même temps qu'ils sont moins intelligents, moins affermis dans la justice, l'honneur et l'humanité, moins civilisés en un mot que ceux qu'ils prétendaient avoir le droit d'asservir au nom d'une supériorité que leur démonstration même anéantit; et, d'autre part, s'ils n'établissent pas que leurs erreurs, leurs perfidies et leur cruautés qu'il n'est plus possible de nier, ne sont imputables qu'à ces maîtres, elles retombent sur eux tous, de tout leur poids impitoyable. Je ne sais comment ils échapperont à cette étreinte, ni ce que décidera l'avenir qui est plus sage que le passé, de même que l'aurore, au dire d'un vieux proverbe slave, est plus sage que la nuit. En attendant, imitons la prudence de nos admirables soldats qui, mieux Jque nous, savent à quoi s'en tenir.