‹ Les débris de la guerreChapitre 41 sur 42 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

fallu de bien peu que cette guerre, en dépit de sa démence, ne devînt un sanglant mais magnifique témoignage de grandeur, d'héroïsme, d'esprit de sacrifice. L'humanité était prête à s'élever au-dessus d'elle-même et à dépasser tout ce qu'elle avait fait jusqu'à ce jour. Elle l'a dépassé. On n'avait pas connu de peuples qui fussent capables, durant des mois, et bientôt des années, de renoncer à leur repos, à leur sécurité, à leurs richesses, à leur bienêtre, à tout ce qu'ils possédaient et aimaient, à leur vie même, pour accomplir ce qu'ils croyaient être leur devoir. On n'en avait jamais vu qui tout entiers fussent à même de comprendre et d'admettre que le bonheur de chacun de ceux qui vivent au moment de l'épreuve, ne compte pas quand il s'agit de l'honneur de ceux qui ne vivent plus ou du bonheur de ceux qui ne vivent pas encore. Nous sommes ici sur des sommets qui n'avaient pas été atteints. Et si, du côté des

ennemis, ce renoncement sans exemple n'avait été empoisonné dans sa source, si la guerre qu'ils nous font avait été aussi belle, aussi loyale, aussi généreuse, aussi chevaleresque que celle que nous leur faisons; on peut croire qu'elle eût été la dernière et se fût terminée, non point dans un combat, mais comme le réveil d'un mauvais rêve, dans un noble étonnement fraternel. Ils n'ont pas permis qu'il en fût ainsi; et c'est, n'en doutons point, la déception que l'avenir leur pardonnera le plus difficilement.

Maintenant, que ferons-nous? Nous faudra-t-il haïr jusqu'à la fin des jours? Lepoids de la haine est le poids le plus lourd que l'homme puisse porter sur cette terre, et nous courberions sousle fardeau. Mais d'autre part, nous ne voulons plus être, une fois de plus, les dupes et les victimes de la confiance et de l'amour. Ici encore, nos soldats, dansleur

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