‹ Les débuts d'un peintreChapitre 9 sur 9 · HEUR ET MALHEUR · texte numérisé non relu

HEUR ET MALHEUR

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^ uit jours après, le peintre ne revint pas de sa surprise en voyant apparaître dans son modeste logis le capitaine M..., lequel, après avoir examiné les études accrochées à la muraille, lui commanda un tableau du prix de deux cents francs !

— Mettez-y tous vos soins, dit-il en partant, nous exhiberons cela au Salon de Bruxelles ; mais n'envoyez plus vos œuvres à la salle de vente.

Peu à peu, les commandes affluèrent, tandis que les prix s'élevaient progressivement en raison de la demande, et l'artiste put enfin se dire : '^ Je vis de mon art. » La barque était à flot; les dures épreuves touchaient à leur terme. Son odyssée de déboires, avec son cortège de vaches enragées, s'évanouit comme un mauvais rêve: une belle journée de printemps fait oublier de longs mois d'hiver.

« Maintenant que tu es en bonne veine, lui dit son oncle, songe à l'avenir, mets tes meilleures poires dans le fruitier ; tu sais par expérience que le Selfhelp est, au bout du compte, ce qu'il y a de moins trompeur sous la calotte des cieux : les travailleurs et les hommes de bonne volonté trouvent toujours une petite place au soleil. ».

Ce fut un beau moment pour le père, lorsque l'artiste vint lui annoncer ses premiers succès au salon de Paris ; toujours maître de lui-même, le rude forgeron était peu expansif, mais, ce jour-là, le marteau s'échappa de ses mains.

Il mourut presque subitement, peu de temps après, à l'âge de 5o ans, vieilli par les fatigues et les soucis des affaires, alors que deux de ses fils étaient à même de prendre la direction de son atelier, et qu'il eût pu jouir encore de quelques années de repos après une existence si laborieuse.

Les oeuvres du peintre sont éparpillées aujourd'hui dans beaucoup de galeries particulières, en Belgique, en France, en Hollande, en Angleterre, en Russie, en Amérique et en Australie, au musée de Sydney. Dès son entrée dans la carrière artistique, il eut la chance d'obtenir par-ci parlà quelques médailles d'or, grand module, dont il fit un heureux emploi.

Ces sortes de distinctions, dont l'influence en matière d'art semble complètement illusoire, avaient toutefois un certain charme aux yeux des jeunes peintres, peu disposés à en faire des reliques. Les entrepreneurs d'expositions universelles ne connaissaient pas alors le truc des premières médailles en bronze doré, ou des diplômes de tout genre qui n'eurent d'autre résultat que de faire enrager les exposants frustrés par mégarde de leur part de gâteau. C'est avec le produit de trois ou quatre médailles d'or, converties en lingot — horresco referens — que le peintre, en homme pratique, acheta un lopin de terre, situé, par le plus grand des hasards, dans la même localité où ses illustres

aïeux menaient autrefois la charrue ou plantaient des choux.

Les lièvres reviennent toujours dans le milieu où ils sont nés, sous la même impulsion mystérieuse qui ramène l'hirondelle vers le chaume où fut son nid.

Ce délicieux lopin de terre s'arrondit pendant quelques années et devint un des beaux jardins des environs de Bruxelles, où les rossignols, les merles et les fauvettes s'en donnent à bec que veux-tu. « Celui qui plante un arbre a bien mérité de la patrie. ^

|ar le phénomène de l'atavisme, ses aïeux lui transmirent de grands biens : l'amour de la campagne et le goût du jardinage. Et c'est ainsi que l'on commence par forger le fer, et que l'on finit par cultiver des roses.

De sa jeunesse un peu aventureuse l'artiste a conservé la passion des voyages ; il visita plusieurs fois l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, et parcourut successivement la Sicile, la Syrie, l'Egypte, l'Inde Britannique et l'île de Ceylan. La relation de ce dernier voyage, publiée d'abord en articles « variétés ^^ dans V Indépendance belge, fut réimprimée en deux volume in-4'', illustrés d'après les esquisses que l'auteur rapporta de ces pays (i883-i886).

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