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Les débuts de l'anatomie

Ecrire l’histoire des débuts de l’anatomie n’est pas, comme on pourrait le croire, faire un exposé des débuts de la médecine. On se convainc rapidement, en effet, en remontant aux sources, que l’art médical, c’est-à-dire essentiellement la pratique thérapeutique, a précédé de longtemps l’étude du corps humain. Les primitifs, se souciant peu des lésions et de leur substratum, se contentaient, dans la mesure de leurs moyens, de remédier aux accidents qu’ils étaient appelés à observer. Voilà donc, dans la difficulté initiale de remonter à des causes encore mystérieuses, une première raison pour laquelle, suivant la formule de Lauth, l’anatomie n’a pas précédé mais suivi le développement de la médecine.

Il en est une autre, moins généralement mise en relief et, selon nous, au moins aussi importante parce que plus profondément et plus généralement humaine. Ea pensée rudimentaire des premiers hommes semble s’être fixée essentiellement sur le conflit de la vie et de la mort : fétichismes totémiques ou rites mortuaires en sont encore aujourd’hui le témoignage persistant dans certaines tribus sauvages. Or tout nous montre, au début des civilisations, un respect ou une terreur de la mort. Ce sont ces sentiments élémentaires qui paraissent avoir détourné pendant des siècles l’observateur du cadavre et, par suite, de sa dissection.

On voit ainsi comment défaut d’analyse

PARIS MÉDICAL

et superstitions ont retardé rétablissement de ce que nous considérons actuellement comme les sciences fondamentales sans lesquelles la clinique ne saurait exister : Y anatomie et la physiologie.

Cependant, si Ton admet que dans l’anatomie entre aussi l’étude des formes extérieures, on peut dire que l’histoire de cette science remonte aux premiers âges de l’humanité, à la préhistoire. En effet, les artistes de Cro-Magnon ou de Eaugerie-Basse, du Mas d’Azil, de Willendorf et de tant d’autres gisements célèbres ont esquissé au trait, parfois rehaussé, gravé ou modelé des images d’hommes et d’animaux. Ils en soulignaient parfois même certains détails dont la raison nous échappe, qu’elle ait été esthétique ou magique, l’effet d’un passe-temps ou la traduction d’un rite.

Par la suite, l’anatomie externe ou l’anatomie interne ont étendu ou acquis leurs notions fondamentales en utilisant deux séries d’éléments empruntés au développement même de la vie sociale. Ea science des formes bénéficiait ainsi de la désignation des parties externes du corps pour la précision du langage. Ea schématisation symbolique des membres et des organes des sens dans les hiéroglyphes, l’utilisation de certains segments corporels comme unités de mesure, contribuaient également à établir les premières notions de morphologie. Il est assez curieux de signaler à ce propos qu’en Egyypte les termes anatomiques servaient à désigner des circonscriptions administratives, chaque district portant le nom d’une partie du corps d’Osiris.

D’autre part, il semble que les premières notions de structure interne se soient peu à peu dégagées

des manœuvres usuelles rencontrées aux premiers temps des civilisations : science des aruspices, inspection rituelle des viandes, reproduction de cadavres en décomposition plus ou moins complète ou d’organes isolés en guise d’amulettes. Il faut ajouter à ces éléments d’observation l’étude des blessures et, bien plus tard enfin, la dissection des animaux ou même des suppliciés.

Mais, à partir de ce moment, nous quittons les suppositions de la préhistoire pour entrer dans les précisions de l’histoire véritable de l’anatomie.

Toute classification dans ce domaine ne peut être évidemment que plus ou moins artificielle. Il est néanmoins indispensable d’établir un certain ordre dans l’exposé historique de l’anatomie, en présentant successivement des périodes et des écoles qui, dans la réalité, ont chevauché forcément les unes sur les autres.

Nous étudierons ainsi T anatomie des époques légendaires , d’où nous verrons éclore l’anatomie gréco-romaine. Plus tard seulement, sur les débris de celle-ci se répéteront les longs commentaires des Arabes et du moyen âge jusqu’à la Renaissance vésalienne du xve siècle. A partir de ce moment, l’anatomie, par l’apport continu des nombreux chercheurs, progressera jusqu’à la perfection moderne où nous l’abandonnerons.

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