CONCLUSIONS
Nous avons divisé l’histoire de la taille hypogastrique en quatre périodes.
La première (1474-1727), peut être appelée période de début et de théorie. La seconde (1727-1730) est la période d’application enthousiaste, à laquelle succède une période de réaction violente (1730-1758). Enfin la quatrième (1758-1800) est caractérisée par une application raisonnée et courante de cette méthode.
Première Période (1474-1727).
Au xve siècle et au début du xvie la seule taille employée est celle de Gelse ou petit appareil ; Franco ne pouvant l’appliquer chez un enfant se décide par amour-propre professionnel à extraire le calcul par la voie hypogastrique. Cet acte audacieux est suivi de succès, mais son auteur ne voit là qu’un hasard heureux qu’il ne faut pas tenter de nouveau.
Rousset (15S1) au contraire le prend comme point de départ d’une nouvelle méthode : il fait des expériences sur le cadavre, et dans un ouvrage admirable de clarté
et de précision nous donne le résultat de ses recherches: il conseille dans certains cas de faire l’opération de Franco dont il parvient à établir le manuel opératoire: malheureusement Rousset ne peut appliquer sur le vivant sa théorie qui se trouve en contradiction avec la tradition hippocratique et les succès officiels de Collot qui pratique le grand appareil.
Puis quelques auteurs parlent timidement et quelquelois d’une façon incompréhensible de Franco et de Rousset; d’autres au contraire, les copient de façon honteuse : Dionis (1707), ne craint pas de donner comme une méthode originale une traduction presque littérale de l’ouvrage de ce dernier.
Cependant certains écrivains affirment, sans apporter de preuves certaines, que Piètre puis Bonnet pratiquèrent la taille de Franco.
En somme jusqu’en 1719 la question, depuis Rousset n’a pas fait de progrès et Dionis pose exactement les mêmes conclusions que son illustre prédécesseur.
Deuxième Période (1727-1730).
Dionis plagiaire de Rousset eut cependant l’honneur d’être pillé à son tour parDougîass, chirurgien anglais; mais celui-ci plus hardi, ne craint pas de joindre la pratique à la théorie ; il obtient assez de succès pour que son exemple soit suivi par beaucoup de lithotomistes anglais.
Arrangées au goût du jour par Dionis, consacrées par l’étranger, les théories de Rousset pénètrent en France
avec Morand qui sait habilement augmenter sa renommée par une taille retentissante. Son ouvrage est d’autant plus enthousiaste qu’il est soutenu par les résultats des chirurgiens anglais ; Berrier, Ledran, et en Allemagne Heister taillent selon la méthode de Dou-
sdass.
Troisième Période (1730-1758).
Mais quelques défections se produisent parmi les partisans de la taille au haut appareil; Samuel Pye la combat vigoureusement, Sermès. en Hollande, a des insuccès tels qu’il se voit retirer le droit d’exercer son art ; Cheselden, le premier qui suivit l’exemple de Douglass, modifie d’une façon heureuse la taille inventée par frère Jacques ; il obtient un succès si considérable qu’il la pratique exclusivement, puis Morand toujours en quête d’interventions nouvelles va le voir opérer ; il revient enthousiasmé et comme Cheselden, renonce à la taille de Douglass, à laquelle il avait donné un peu de vogue en France.
Les lithotomistes s’empressent de suivre son exemple; car ils attaquent ainsi la vessie par le périnée, et ne craignant plus ni la tradition, ni le péritoine leur terreur constante.
La taille de Cheselden est alors la seule employée; à peine si quelques opuscules défendent timidement et d’une façon théorique les idées de Rousset ; Pallucci seul, élève de Morand, écrit à ce sujet quelques pages originales.
Quatrième Période (1 / 58-1 800).
La taille de Franco paraissait devoir rentrer dans l’oubli, quand Frère Corne, lithotomiste éminent, ose reprendre des expériences, puis tenter cette opération ; à partir de 1758 ses succès se suivent rapidement; car il apporte à l’application de sa méthode, une grande prudence et un grand esprit scientifique.
Il précise les indications, emploie selon les cas la taille latérale, ou la taille au haut appareil ; il cherche à faire de l’opération, une série d’applications d’instruments spéciaux, et à diminuer ainsi les dangers que fait courir l’inexpérience, ou la maladresse du chirurgien. Il peut opérer une centaine de malades, et publie les observations complètes de toutes ses interventions.
Leblanc (1775) le prend violemment à partie, et lui reproche son instrumentation si encombrante ; il simplifie l’opération et revient ainsi aux idées de Rousset et de ses imitateurs.
Enfin Deschamps, chirurgien remarquable, écrit un ouvrage capital par son érudition et son étendue sur la taille. Il adopte le manuel opératoire de Frère Corne, mais en restreint encore les indications ; il est partisan surtout de la taille de Cheselden et cherche à l'appliquer le plus souvent possible.
En résumé, si Franco eut le bonheur de pratiquer la taille hypogastrique, c’est à Rousset que revient l’honneur d’en avoir fait une méthode et d’en avoir précisé le manuel opératoire, et les indications.
Douglass s’en inspire indirectement pour l’appliquer
et Morand n’eut que le mérite de suivre son exemple.
Mais c'est Frère Corne qui devait doter la chirurgie courante d’une opération précieuse et qui prit par la suite une place prépondérante dans l’histoire de la taille.
Va : le Doyen,
DEBOVE.
Vu : le Président de la thèse,
BRISSAUD
Vu et permis d’imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris