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Précis d' opérations de chirurgie par M. Leblanc, Paris

« prétend qu'il est avantageux de vider la vessie avant « de faire l’opération, à moins que ce ne soit pour « juger la quantité d’injection qu il faudroit pour rem- « plir la vessie.

« Nous pourrions l’accabler d’une foule d’autorités et « faire connoître par des principes certains qui ont pour « base la composition, la texture, et l’arrangement des « parties, l’expérience et l’observation que sa protection « est illusoire et qu’il est dans l’erreur. Eli ! pourquoi « vouloir ainsi se singulariser? G est sans doute pour « se distinguer, éblouir et en imposer au vulgaire qui « forme le plus grand nombre de la société: mais les « gens instruits qui sont malheureusement en pelit 110m- « bre savent à quoi s’en tenir ».

Leblanc a en effet simplifié la méthode de Corne : il pince la peau au-dessus du pubis et l’incise, puis passant entre les pyramidaux, il sectionne la vessie légèrement : un aide qui a deux doigts dans l’anus du patient fait remonter la pierre vers la plaie; puis avec un gorgeret dilatatoire on élargit l'incision et on saisit la pierre avec un forceps analogue à celui de Levret, que l’auteur propose de remplacer par un instrument à trois branches flexibles. La taille hypogastrique peut se faire sur les vessies petites et racornies. « La « facilité avec laquelle je fis l’incision de la vessie

« racornie qui contenoit la grosse pierre dont je viens

« de parler... fait voir qu'on opère avec plus de sûreté « avec un instrument conduit avec intelligence par une « main assurée qu’avec ces jolis instruments, ces machi- « nés inventées dans le cabinet qui séduisent par leur

« singularité, qui font avec précision, disent leurs « auteurs, des incisions déterminées, comme si ces « machines avoient une forte intelligence ».

Le pansement consécutif est très simple : on dispose sur la plaie un linge fin et « un matelas mollet de charpie brute ».

Ajoutons que Fauteur est très éclectique; il ne pratique pas exclusivement la taille au haut appareil, mais comme beaucoup de chirurgiens de cette époque il a recours à la taille latérale pour certains cas.

Vers la fin de ce siècle parurent divers opuscules dont l’intérêt et médiocre : Dubut(1772) rapporte dans sa thèse que Pibrac aurait taillé au haut appareil ; Duchanoyet Poussin (1774) nous donnent peu de détails se rapportantà notre sujet. Ravaton (1776) et Allan(1782) donnent leurs opinions d’une façon timide sur les différentes tailles et le dernier se borne à reprocher à Frère Corne son instrumentation compliquée.

Elov dans son Dictionnaire cle la médecine , un an

avant la publication de l’ouvrage de Frère Côme, résume ainsi la question de la taille : « Plusieurs opérateurs ont « exécuté la taille au haut appareil avec assez de succès « pour lui donner de la vogue.... on a cependant insen- « siblement abandonné cette méthode ou du moins on « a borné sa convenance à quelques cas particuliers « parce que l’incertitude de la réussite comparée avec « les avantages constants de l’appareil latéral a fait « pencher la balance du côté de ce dernier » (1).

1 . Dictionnaire historique de la médecine , par Eloy 1778, article Franco,

En 1791 Thomassin donne une nouvelle édition des observations intro-chirurgiques de Covillard. Il fait un historique assez complet de la taille au haut appareil et énumère avec soin les contre-indications et indications de cette méthode ; toutes les vessies ne sont pas suffisamment dilatables; les petits calculs sont difficiles à saisir et les pierres peuvent être friables. Cette opération est impossible chez les personnes grasses.

Pour opérer, il faut que la vessie soit très ample et

peu irritable, que la pierre soit grosse, et l’auteur ter-

mine son exposé, où il n’a rien dit d’original, par cette prudente conclusion en parlant de la taille de Frère Corne :

« Je laisse aux praticiens à estimer quels peuvent « en être les avantages et les inconvéniens ; d’autant « mieux que je ne l’ai pas vue pratiquer et que je n’en ai « conféré avec aucune personne de l’art qui ait pu me « donner des renseignements à ce sujet ».

Nous voyons donc que Frère Corne, Leblanc, Eloy,

Thomassin, ne sont plus les enthousiastes que furent Douglass et Morand ; Lassus 1796 est partisan de T appareil latéral ; néanmoins connaissant les travaux de Frère Corne il limite singulièrement les indications, de la taille hypogastrique :

« Une pierre est trop grosse pour pouvoir être extraite « en ouvrant la vessie par son col : il est possible d’ou- « vrir ce viscère au-dessus du pubis et de proportionner s; l’incision au volume de la pierre. Tel est le motif « principal qui détermine à faire dans ce das l’opéra- « tion de la taille hypogastrique ».

Après avoir essayé en vain d’extraire la pierre par la

dilatation de l’urèthre et incision du col de la vessie, chez une fillette de 5 à 6 ans et fidèle à ses principes, il n’hésite pas à faire la taille selon la méthode de Frère Côme. Il constate, qu'au cours de l’opération, un pouce d’intestin était sorti, ce qui d’ailleurs ne cause aucun accident. Les suites opératoires furent parfaites. I n an après « la « cicatrice du ventre était très solide et très enfoncée « sans la moindre apparence de hernie » (1).

Nous arrivons maintenant à Deschamps qui fut, non seulement un chirurgien habile, mais encore un écrivain remarquable ; il publie en 1797 un ouvrage qui fut comme le couronnement des efforts successifs des lithotomistes. Par son érudition, la largeur de ses vues, par son esprit impartial et philosophique, il sut faire de son Traité historique et dogmatique cle ta taille une œuvre ou l’on trouve, tracée avec une autorité incontestable, l’histoire de ses prédécesseurs et un exposé fidèle et consciencieux des méthodes appliquées à son époque ; nous étudierons dans son ouvrage l’état de la question de la faille à la fin de xvinllle siècle et le manuel opératoire employé par l’auteur dans le haut appareil ou epi-kysteo-tomie ; tout d’abord Deschamps élimine complètement le grand appareil qui « n’est admissible en aucun cas » ; pour le petit appareil ou méthode de Celse, il ne connaît « qu’un seul cas où l’on doive l’em- « ployer, c’est celui où une pierre est engagée dans le « col de la vessie, encore faut-il pour pratiquer cette

1 . Lassus. Delà médecine opératoire ou traité élémentaire clés opérations de la chirurgie par Pierre Lassus Pans, An 3 9 de la République.

« opération que la majeure partie de la pierre et la plu « volumineuse ne soit pas contenue dans la vessie ».

Restent donc en présence la taille de Frère Jacques (taille latérale), de Cheselden (kystco-trachelo-tomie), la taille de Ledran qui n’est qu’une modification de la précédente et la taille de Franco (Haut appareil, taille de Douglass, de Morand, de Frère Corne).

La première méthode est pour lui la meilleure et d’une application plus générale: « toutes les fois qu’un « vice de conformation ou un vice organique ne chan- « géra point la situation des voies urinaires, toutes les « fois que le canal de l’urètre sera dans son intégrité... « lorsque d’ailleurs la pierre ne sera pas présumée être « d’un volume trop considérable pour être extraite par « le périnée, la kystéo-trachélo-tomie chez les hommes « sera la méthode qui méritera toujours la préférence « sur les autres... »

Le haut appareil ou épi-kystéo-tomie « devra être « employé toutes les fois que l’étendue de l’urèthre « sera affectée de quelques maladies qui lui seront pro- « près ou que quelques maladies voisines altéreront son « intégrité, telles que des tumeurs dans son voisinage, « les affections du rectum, du vagin et toutes maladies « qui pourraient obstruer l’urèthre, et ne pas permettre « l’entrée d’un cathéter... Lorsqu’un vice de conforma- « tion ou une maladie particulière aura changé la dis- « position des voies urinaires ;... lorsque le rapproche- « ment des ischions laisseroit peu de place au passage « de la vessie, il faudra alors donner la préférence à « l’épi-kysteo-tomie ».

Les indications opératoires sont donc nettement établies et en s’y conformant, on peut appliquer cette méthode aux malades même très âgés ; il convient de renoncer d’une façon définitive à la distension de la vessie comme le conseille Frère Corne dont cependant le procédé opératoire est adopté par Deschamps. Aussi n’insisterons-nous pas sur ce point; nous n’avons trouvé ici aucune originalité et l’auteur insiste surtout sur quelques difficultés opératoires et le moyen de les vaincre ; puis il passe en revue les différents accidents qui arrivent au cours de la taille : l’hémorrhagie est rare ; l’ouverture du péritoine est plus fréquente qu’on ne pense, et on s’étonne de ne la voir notée qu’une fois dans les observations de Frère Corne ; il ne faut pas recourir à la suture de la peau à l’angle supérieur de la plaie « si cette suture pouvoitêtre faite sur péritoine « même, on pourroit en concevoir l’avantage, sur lequel « encore il ne seroit pas prudent de compter quand la « suture seroit pratiquable ».

Pour lui toute plaie du péritoine est d'ailleurs sinon mortelle, du moins très grave, ainsi qu’en témoignent différentes observations.

Deschamps fait le même pansement que Frère Corne et comme lui recommande de nettoyer fréquemment la sonde qui peut « s’emplir de caillots, flocons glaireux purulens, des concrétions gypseuses, etc ».

L’auteur a essayé sur le cadavre de trouver un moyen pratique pour faire écouler l’urine par la canule placée dans la plaie périnéale chez l’homme, dans l’urètre chez la femme; comme il n’a pas fait d’application sur

le vivant nous ne nous arrêterons pas à exposer cette technique qui est d’ailleurs assez compliquée.

Il propose de pratiquer la ponction de la vessie à travers le rectum chez l’homme et le vagin chez la femme, pour éviter une plaie au périnée. La canule sera retirée dix jours après la cicatrisation de l’incision abdominale.

En somme pour Deschamps la taille au haut appareil est très précieuse quand la pierre est grosse ; et elle a en outre l’avantage de respecter l’orifice et le col de la vessie, et de permettre assez facilement l’extraction d’une pierre enchatonnée ; mais à côté de cela il faut noter que l’incision de la vessie non distendue est souvent très laborieuse, que le péritoine peut être intéressé, que l’extraction de la pierre dans les cas de vessie racornie est difficile, enfin les petites pierres ou fragments restent forcément dans cet organe aussi l’auteur conclut que « toutes les fois que la kystéo-

trachelo-tomie sera pratiquable elle devra être préférée

à l’épi-kystéo-tomie ».

Avec Deschamps nous arrivons à la limite de notre travail et nous devons maintenant jeter un coup d’œil sur le chemin parcouru, et essayer de tirer des faits relevés au cours de cette étude des conclusions générales qui permettent de porter un jugement d’ensemble sur la question que nous avons abordée.

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