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II. - L’ANATOMIE GRÉCO-ROMAINE

Il paraît impossible, dans l’histoire de l’anatomie, de dissocier les deux époquès grecque et romaine qui empiètent l’une sur l’autre. Bien que nous ne nous dissimulions pas le caractère artificiel de cette division, nous étudierons successivement l’anatomie d’après Homère, la période pré-hippocratique, la période grecque classique, avec Hippocrate, puis cette époque remarquable qu’illustrèrent Aristote, les Dogmatiques et l’école d’Alexandrie, ensuite l’époque gréco-romaine proprement dite, enfin la période byzantine.

A. L’anatomie d’après Homère. — Selon Malgaigne, Daremberg et Guiart, les poèmes homériques, dont il est classique de situer la composition vers le IXe siècle avant Jésus-Christ, refléteraient exactement la science anatomique du temps. Basée sur l’étude des blessures des héros, elle envisage surtout, à côté de quelques notions générales, les détails intéressant les régions les plus vtfînérablœ (tempes, foie, naissance du cou). Homère mentionne les os et les articulations, donne à la moelle épinière le même nom, par assimilation, qu’à la moelle des os, n’ignore pas les vaisseaux et remarque que si certains ne donnent pas de sang, d’autres émettent un jet rutilant. A retenir dans son œuvre les quatre régions principales du crâne entourant le cerveau (frontale, bregmatique, occipitale et temporale), le cou avec la trachée-artère et l’œsophage, le dia-

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phragme, séparant la cavité du corps en deux étages : le supérieur, comprenant le poumon, le cœur et son péricarde, l’inférieur, allant de l’ombilic aux organes génitaux et contenant l’intestin, l’épiploon, les reins et la vessie. Nous allons retrouver aux périodes suivantes la terminologie anatomique employée dans les écrits homériens.

B. Période pré-hippocratique. — Il convient de rappeler, pour comprendre la pénurie des documents que nous possédons sur cette époque, les difficultés mêmes auxquelles se heurtaient les anatomistes de cette période. Le corps humain présentait un caractère sacré qu’exaltait le culte des sépultures. Aussi les blessures de guerre et l’ouverture des animaux sacrifiés furent-elles les sources premières auxquelles puisèrent uniquement ces précurseurs.

D’après Cocchi et Haller, les premiers travaux de la période pré-hippocratique dateraient de Pythagore (575-510 A. C.). Eauth soutient que cet auteur avait ordonné de ne jamais disséquer un être animé et de ne jamais teindre de sang les autels. Sa doctrine, surtout humorale, semble se retrouver dans l’œuvre de Philalaos (de Croton), qui oppose le mucus chaud ou oayaa, à la bile froide, suc musculaire indépendant du foie. Toutefois les anatomistes de ce temps connaissaient quelques os et les cavités naturelles.

Alkmâon (de Croton), au rapport de Chalcidius, disséqua le premier l’œil et l’oreille ; il aurait découvert la trompe, dite ultérieurement d’Eustachi ; il expose que les veines (cpXefieç) conduisent le sang, d’où leur nom d’atyoppooh

mais il fait naître les vaisseaux dans la tête. Empédocle (d’Akragas), disciple d’Alkmâon,

[Ex-voto (terre cuite provenant du temple étrusque de la Fortune à Bolsenna. Musée de Florence].

D’après le Dr Félix Régnault (fig. 4).

fut plus physiologiste qu’ anatomiste. S’il plaça l’âme dans le sang, il eut le mérite de donner aux

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enveloppes du fœtus le nom d’amnios. Pour lui encore, le sang gagne les organes sensoriels et la peau par des canaux ; les mouvements d'affaissement et d’élévation du sang dans le thorax expulsent l’air.

Ces données imprécises sont un peu complétées par Euryphos : cet auteur décrit les vaisseaux, admet que veines et artères peuvent saigner si on les coupe, et même, d’après des donnés malheureusement traditionnelles, aurait, sous le nom de TiepiooGç, décrit une vraie circulation du sang.

C’est aux environs de 430 avant Jésus-Christ que Diogène (d’Apollonie) signala deux vaisseaux principaux se rendant au foie et à la rate. Se conformant aux errements de la plupart de ses prédécesseurs, il admit que les vaisseaux renfermaient indistinctement du sang ou de l’air.

Il est au demeurant probable que Diogène (d’Apollonie), de même que ses contemporains, n’eurent guère sous les yeux que des animaux disséqués. Ainsi, à propos du caméléon, Démocrite (d’Abdera) parle des organes sexuels où se forme la semence ; de même, Anaxagoras (de Klazomenaï) (500-428 A. C.) donne une description purement animale des cornes utérines. Des remarques analogues découlent de l’étude de Desmokeder (de Croton) et d ’Euryphon (de Cnide).

A cette époque florissaient les Asclépiades. C’étaient, d’après la tradition, les prêtres des temples de Cos, de Rhodes et de Cnide qui, se succédant de père en fils, se léguaient les secrets d’une médecine d’origine babylonienne, Ces Asclépiades sédentaires sont-ils les mêmes que les laïcs périodeutes allant, selon Daremberg, de ville en

ville pour exercer leur art? Nous ne saurions nous prononcer à ce sujet. Ils pratiquaient en tout cas la dissection à l'occasion de l’exercice de leurs fonctions. Ils connaissaient ainsi non seulement les os et les tendons, mais des glandes dont la principale était le cerveau. Mentionnant les viscères, ils décrivaient six organes du milieu : trachées, poumons, cœur, rein, vessie, foie, heur description du diaphragme paraît basée sur l’observation humaine.

Les Asclépiades illustraient, semble-t-il, leur enseignement oral de quelques esquisses tracées sur les murs, ainsi que le devait être plus tard la pratique d’Aristote. L’un d’entre eux, Diocles, a, de l’avis unanime, composé le premier traité d’anatomie.

C. Période grecque classique (460-136 A. C.). — Nous étudierons successivement dans cette période Hippocrate et les hippocratiniens, les dogmatiques et leur maître Aristote, enfin l’école d’Alexandrie.

i° Hippocrate (456-366 A. C.) et tes hippocratiniens. — Il est difficile d’isoler l’œuvre d’Hippocrate de celle de ses contemporains et de ses disciples. Il suffit de parcourir les nombreuses études critiques de l’ensemble hippocratique pour se rendre compte des divergences marquées des exégètes, portant non seulement sur l’authenticité des travaux, mais encore sur l’existence même du grand Coan.

Il semble que l’on puisse attribuer à Hippocrate, ou en tout cas à un auteur unique, les écrits suivants : De anatomia, De corde, De carne, De glandulis,

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De natura ossium. Par contre, demeure douteuse la paternité de divers traités, notamment du De

Hippocra'e (fig. 5).

natura hominis, où la description des veines semble d’Aristote et de Polybe.

Comme ses prédécesseurs, le maître de Cos a largement puisé dans l’anatomie des animaux :

sa description de l’utérus bicorne en témoigne entre autres. Da tradition veut aussi qu’il ait profité de l’ouverture de quelques corps échappant aux prohibitions religieuses et sociales : barbares sacrifiés, délinquants mis à mort. Mais peut-être ceci n’est-il qu’une légende, et Hippocrate anatomiste bénéficie-t-il du prosélytisme religieux d’Hippocrate, zélateur d’Apollon, offrant au Dieu la représentation en airain d’un homme exténué par une longue maladie : ses chairs, nous conte l’imaginatif Riolan, étaient consumées et fondues, et l’on n’y voyait plus que les os; cette image propitiatoire aurait été considérée par la suite comme la reproduction du premier des écorchés.

Mais abandonnons le domaine héroïque pour en venir au corps doctrinal précis que renferment les écrits hippocratiniens.

On trouve dans Hippocrate une très bonne description des os et de certaines articulations, notamment de la hanche et des côtes. Il distingue la diaphyse et l’épiphyse, le périoste et la moelle osseuse. Des synoviales lui sont connues. Au niveau du crâne sont décrites trois ou quatre sutures : les tables osseuses et lediploë sont men-

tionnés. De maître relève une étrange particularité : les individus qui ont le plus de sutures jouissent d’une meilleure santé. Des vertèbres sont au nombre de 18, chiffre variable d’ailleurs. Sept côtes seulement sont dénombrées. Des deux dentitions sont connues, ainsi que les dents de sagesse.

Des muscles sont assez mal différenciés. On identifie cependant, à une lecture attentive, temporal, masséter, deltoïde, grand pectoral, biceps, les fléchisseurs des doigts, les fessiers, le biceps

crural, le psoas, le tendon d’Achille, les muscles du dos. Bn revanche sont confondus tendons, nerfs et ligaments.

Be système vasculaire présente quelque désordre. Be point d’origine des vaisseaux est la tête. Au-dessous de celle-ci, l’aorte, née près de l’œsophage, traverse le diaphragme avec la veine cave et se subdivise pour aller aux cuisses ; si elle vient. à se rompre, l’homme se trouve impuissant. D’après le “De morbo sacro ” toutes les veines communiquent entre elles et se rendent au cœur.

Cet organe est dépeint comme un muscle très fort dont la chair serait feutrée. Placé à gauche du corps, il est pyramidal. Be péricarde, qui l’entoure, renferme un peu de liquide ressemblant à l’urine, si bien que le cœur semble s’y agiter comme dans une vessie. Bes deux ventricules communiquent avec les oreillettes : celles-ci ne se meuvent pas en même temps que les ventricules. Be ventricule gauche est vide. B' aorte, « fleuve de la vie », semble pleine d’un sang qu’elle butine dans le ventre. Hippocrate avait-il entrevu les valvules? On peut répondre par l’affirmative en ce qui concerne les sigmoïdes, mais les filaments signalés dans le cœur ne semblent répondre à aucune description précise. Pour les sigmoïdes, en tout cas, le grand Coan montre qu’elles sont susceptibles de fermeture hermétique en plaçant le cœur debout sur sa pointe et faisant tomber un filet d’eau par l’ouverture des vaisseaux. Signalons aussi la mention de l’artère pulmonaire.

Pour comprendre la description des vaisseaux dans les écrits hippocratiniens, il faut retenir que le terme cpXs^sç désigne aussi bien artère que veine .

C’est dans ces conditions qu’il existe quatre paires de veines. La première va de la tête à l’épine, contourne les ischions et descend jusqu’au pied par la malléole externe, d’où l’indication de la saignée au jarret ou à la malléole externe dans les maux du dos ou de l’ischion. La seconde paire descend des oreilles vers le col où elle prend le nom de jugulaire, puis, de chaque côté de l’épine dorsale, gagne les lombes, les testicules, la malléole interne et le pied, d’où la saignée à la malléole interne dans les douleurs des lombes et du testicule. La troisième paire s’oriente des tempes au « derrière du cou », à l’omoplate et au poumon, la droite gagnant le côté gauche, la gauche le côté droit ; la veine droite sort du poumon sous la mamelle et gagne la rate et le rein ; la gauche est destinée au foie et au rein ; ces deux veines, finalement, se terminent au rectum. La quatrième paire gagne le devant de la tête et les yeux, passe à la partie antérieure du cou sous les clavicules, puis se dirige vers le bras, le carpe, les doigts, remonte ensuite des doigts à la partie supérieure du bras, d’où une branche se rend à la rate, l’autre au foie ; les deux se terminent ensuite au-dessous du ventre, aux parties naturelles.

Ajoutons, pour en finiravec les vaisseaux, qu’au paragraphe 4- des “ lieux dans l’homme ” Hippocrate, qualifiant de veines les artères temporales, précise qu’elles sont les seules « qui, au lieu d’arroser la partie, en détournent le sang ; celui qui s’en retourne ne s’accorde pas avec celui qui va » ; il y a rencontre des deux sangs qui roulent l’un sur l’autre, d’où choc produisant le battement dans les veines.

Le cerveau est comparé à une glande. Il pré-

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sente deux moitiés cloisonnées par une membrane mince. Deux peaux l’entourent, l’une plus épaisse, l’autre plus fine. Il est plein d’un liquide froid. On admet en général que des nerfs ont été entrevus par les liippocratiniens : l’optique, l’olfactif, le vague (i), le sciatique. Mais, à fi imprécision, de ces descriptions, nous nous demandons si le disciple* des Asclépiades n’a pas continué à confondre les tendons, les vaisseaux et les nerfs. Ne dit-il pas d’ailleurs que la vue est assurée par deux petites veines et deux nerfs qui se rendent du cerveau à l’œil ?

Des organes des sens, ce dernier est le seul au demeurant dont soit ébauchée la description. Hippocrate lui reconnaît trois peaux ou membranes : une blanche, une mince, une en forme de toile d’araignée. I/iris et la cornée sont mentionnés.

L,a description des viscères est notoirement insuffisante. Cependant Hippocrate reconnaît au corps deux cavités que sépare le diaphragme. Dans le ventre inférieur, le foie présente deux lobes avec deux éminences, dites « portes ». Da vésicule biliaire est signalée ainsi que la veine porte, venu portarum. D'œsophage est cité de même que l’estomac. Hippocrate donne au duodénum son nom et lui trouve des rides orbiculaires comme au côlon.

(1) De Epid. Sect. IV. « Deux nerfs, qui partent du cerveau au-dessus de l’os de la grande vertèbre pour se rendre à l’estomac, descendent le long de la trachée-artère de chaque côté.»

(2) Sur la formation des fèces, voici la curieuse explication d’Hippocrate : « Des veines qui viennent du ventre et des intestins attirent continuellement ce qu’il y de plus ténu et de plus liquide dans les aliments et les boissons qui y arrivent. Après que leur mélange s’est échauffé, le plus grossier reste et devient de la fiente qui va au gros intestin. »

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après Jastrow (fig. 6).

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A côté de la rate, comparable à la plante des pieds, sont décrits les reins qui ont des cavités comme le cœur : deux conduits en partent qui se rendent à la vessie.

1/ utérus a deux cornes. Hippocrate en mentionne les ligaments, mais, par une singulière inadvertance, ignore les ovaires. De vagin est décrit avec l'utérus. Quant à l'hymen, il passe inaperçu. Chez l'homme, la semence (vésicules séminales) est décrite comme un petit peloton de cire de chaque côté de la vessie.

Au niveau de l’appareil respiratoire sont énumérés la trachée-artère, avec ses anneaux, les poumons, avec leurs cinq lobes.

On trouve encore, dans l’œuvre hippocratique, mention des amygdales, du thymus, des ganglions de l'aisselle et du cou ; ces différentes glandes contribuent au développement des poils.

Nous avons reconnu dans cet exposé succinct le premier effort réel, bien qu extrêmement rudimentaire, d'un observateur exact. Nous retombons malheureusement, avec V embryologie ( Traité des chairs ou du commencement de l’homme), dans des notions de pure fantaisie. Nous n'y insisterons pas : qu'il nous suffise de rappeler qu'elle est fondée sur les rapports des organes chauds et froids, du gluten, des graisses et des os, de l'humide et du visqueux.

2° D’Hippocrate a Aristote. — Discerner la filiation précise d'Aristote à Hippocrate est d'autant plus délicat que l'attribution des écrits hippocratiques est loin d’être certaine, malgré les gloses des plus savants commentateurs. On reconnaît, en effet, dans certains livres l'influence

d'écoles postérieures : le traité des os ne se ressentil pas de renseignement d'Alexandrie et le traité des glandes des doctrines de Sicile? Il est au

Aristote (d’après les Icônes Veterum de Plantin : Anvers 1574) (fig. 7),

demeurant des plus difficile d'établir une chronologie exacte d'hommes et d’œuvres que les remaniements des compilateurs ont confondus.

Selon que nous attribuerons aux continuateurs d’Hippocrate ou bien à Aristote certains traités tels

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que le « De articulis » ou le « De Corde », nous aurons ainsi l'impression que la science d'un Hippocrate a rétrocédé avec Aristote ou progressé avec

lui.

Des Hippocratiniens ont, du reste, certainement pratiqué des dissections humaines, et les taTpoi de cette époque décrivent assez exactement les nerfs issus de l'encéphale ; ils lui donnent la sensibilité pour attribut, gâtant malheureusement ces précisions en assignant au cerveau la sécrétion non seulement du mucus, mais encore de la semence qui, à travers le dos, gagnera les testicules.

3» Aristote. — Aristote, de Stagira (384-322 A. C.), élève de Platon, a traité l'anatomie humaine beaucoup moins en médecin qu'en naturaliste. Du reste, n'eut-il pas pour, héritier scientifique et disciple Théophraste, dont le « De historia plantarum » est le premier traité connu de botanique systématique?

Son « De generatione animalium » renferme des données éparses, confuses, voire imaginaires, où voisinent pêle-mêle anatomie comparée, embryologie, botanique. On ne saurait donc être surpris de rencontrer dans cette œuvre, à côté de quelques précisions nouvelles, des erreurs déconcertantes.

Aristote nomme l'aorte ; mais, négligeant la cloison auriculaire, il ne décrit au cœur, siège de l'âme, que trois cavités. Cependant il reconnaît la position centrale de cet organe par rapport aux gros vaisseaux, aorte et cave ; mais il ne poursuit pas leur trajet et, confondant l'artère et la veine, admet simplement que chacune d’elles irrigue une moitié du corps. Dans ses dissertations se

mêlent erreurs anatomiques et hypothèses physiologiques. 1/ artère spermatique ne conduit pas de sang, mais de l’air et de l’eau ; la semence est le véhicule de l’âme et de la chaleur vitale : recueillie dans l’utérus, elle s’y entoure d’une enveloppe ou chorion. hes uretères sont confondus avec les vaisseaux et les tendons.

Par une singulière aberration, Aristote fait passer l’artère du membre inférieur dans la cavité des os et déclare que le foie et la rate ne reçoivent pas de vaisseaux de l’aorte. Son anatomie splénique et rénale pluri-lobaire est moins humaine que porcine. Admirons cependant l’ingéniosité de l’hypothèse finaliste reconnaissant aux reins une enveloppe de graisse pour que ne leur manque pas la chaleur nécessaire à filtrer l’urine. Mais pourquoi opposer à la moelle, qui est chaude, un cerveau insensible, dépourvu de sang et froid? Ce viscère a pour fonction de fabriquer du mucus, d’où sans doute l’origine de la tradition hippocratinienne du « rhume de cerveau ».

Plus précis en embryologie, Aristote décrit le punctum saliens et les battements du cœur fœtal.

Oublions cependant le caractère superficiel des écrits d’Aristote en considérant qu’il semble avoir été un enseigneur de premier ordre et, dit-on, l’initiateur des leçons anatomiques illustrées de planches et de dessins présentés aux élèves.

40 hES dogmatiques. — Avec les contemporains et les continuateurs d’Aristote se rencontrent les difficultés chronologiques les plus grandes.

ha date exacte à laquelle ont vécu ceux que l’on a coutume d’appeler les « dogmatiques » demeure souvent imprécise, et des homonymies

ont établi, quelquefois à deux siècles de distance, les plus confuses assimilations.

Retenons simplement de Philistion qu’il a décrit des vaisseaux passant par les tempes, de Chrysippas qu’il a vu les ventricules cérébraux et les cavités du cœur, ce dernier rempli d’air, origine des nerfs et des vaisseaux.

Diodes, de Karystos (400-350 A. C.), fils d’Archidamos, chef de l’école dogmatique après Hippocrate, ne doit pas être confondu avec le Diodes des Asclépiades; il passe pour avoir, le premier, composé un traité des préparations et démonstrations anatomiques. Il s’occupa surtout du système vasculaire et considéra le cœur comme la source du sang. D’aorte se jette dans le ventricule gauche et gagne le rein et la vessie. Des veines et les nerfs continuent à être confondus, mais on trouve signalés la bouche de l’estomac, le cæcum et sa valvule, les uretères, les ovaires. Enfin, le premier avec son élève Praxagoras, Diodes de Karystos décrivit les cotylédons placentaires.

On doit regretter que l’anatomie de Praxagoras ait été perdue. Réalisant un progrès marqué sur son maître, il différencie clairement les veines des artères, les premières étant remplies de sang, les secondes d’air seulement. Mais il continue à confondre avec les vaisseaux les nerfs, qui ne seraient que les plus fins prolongements de ceux-ci. De cerveau n’est qu’une annexe de la moelle. Des voies biliaires sont mentionnées. De cœur, selon la tradition classique, demeure le siège de l’âme.

Parmi ses continuateurs, passons sur Hérophile (de Chalkeden), Erasistrate (de Chios), Mnesitheos (d’Athènes), Asclépiade (de Bithynie),

Kianos, pour arriver à Xénophon (de Cos), élève de Praxagoras, Pleistonikos, Philotimos, qui décrit les trompes (xgXttoi), Eudemos, qui les appelle «bras» (TtXsxxavai), Dieuches (d'Athènes) et Chrysippos (de Cnide) , qui admit que le cerveau et le cœur étaient remplis d'air.

50 L'école d'Alexandrie. — L'avènement d'Alexandrie, vers 300 A. C., attira les Grecs en Egypte. Son école médicale porte essentiellement l'empreinte de ces derniers et ne subit en rien d'influence autochtone. Elle bénéficia cependant de l'intérêt que lui portaient les Pharaons, et c’est grâce aux Ptolémées que, pour la première fois, on disséqua officiellement dans les établissements publics. On y donnait des cours gratuits. La tradition veut même que quelques rois d'Egypte aient personnellement participé aux exercices anatomiques. Le pouvoir abandonnait aux chercheurs des cadavres humains et même des criminels vivants. O11 n’a guère, il est vrai, pour admettre ce dernier fait, que l’opinion de Celse ; or celle-ci nous paraît sujette à caution : les anatomistes, en effet, auraient-ils décrit de l’air dans les vaisseaux s’ils avaient disséqué in vivo ?

Il n'en est pas moins, conté qu ’ Hérophile (de Chalcedon) disséqua à lui seul 600 cadavres, diton. Ce savant, élève de Praxagoras et de Chrysippos, manifesta surtout son activité entre 300 et 280 A. C. Esprit de grand mérite, il précisa le premier l’anatomie du cerveau et des nerfs, dépossédant le cœur de son rôle d'organe sensoriel. Sans doute sé confondent parfois encore dans ses écrits nerfs et tendons, de telle sorte qu’il appelle

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« neuron » le ligament rond de la tête du fémur, mais il fait partir les nerfs du cerveau et les tient pour organes de la sensibilité et du mouvement. Hérophile prévoyait même les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs puisqu’il décrivit des paralysies sensitives et motrices et même des formes associées. Il distingua encore la dure-mère et la piemère ; c’est à lui que l’on doit la description du fameux pressoir, ou mieux citerne ( torculum ), auquel la postérité a donné son nom. Le premier, il a isolé le quatrième ventricule qu’il a comparé à une plume ( calamus scriptorius) , et l’on trouve dans son œuvre une anatomie précise de l’os hyoïde, du duodénum, de la prostate, de l’épididyme, de la rétine, du corps vitré, des procès ciliaires.

Inspectant l’abdomen de chèvres tuées après avoir mangé, il reconnut l’existence des vaisseaux lactés dont on ne retrouve une description précise, sous le nom de « chylifères », que bien des siècles plus tard. Chez la femme, il observa les organes génitaux et notamment les ovaires. Malheureusement, s’il différencie les artères des veines, il rattache au foie ces dernières et admet la présence d’air dans les artères. Il appelle l’artère pulmonaire « artère veineuse » et les veines pulmonaires « veines artérielles ».

L'étude des contemporains d’Hérophile nous montre à quel point il était difficile aux esprits les plus critiques de se dégager complètement des traditions.

C’est ainsi qu ’Erasistrate (vers 297 A. C.)> à peine plus jeune qu’Hérophile, donna plus d’exactitude encore à, la description du cerveau et des

nerfs, tout en tenant pour véridique la notion singulière d’un nerf optique creux. Il soupçonne les chylifères, comme son prédécesseur. On trouve dans son œuvre d’intéressantes précisions sur la trachée-artère, les oreillettes, les cordages tendineux du cœur et les valvules, qu’il appelle « triglochines » ; mais ne s’imagine-t-il pas de faire brasser par celles-ci l’air artériel et le sang veineux? Peut-être eût-il, sans cette erreur, découvert la circulation du sang, puisque, sous certaines conditions, il admettait que veines et artères communiquaient par des « synanastomoses ». Généralement heureux dans ses néologismes, il donna le nom de « parenchyme » à cette substance molle et légère imprégnée de sang subtil qui forme les lobes du poumon.

Un autre contemporain d’Hérophile, Eudernos (vers 292 A. 0.), découvre le pancréas.

Mais les successeurs de ces maîtres négligèrent les recherches exactes. Ues hêwphiliens (200 à 20 A. 0.) ne sont plus des anatomistes, mais des dialecticiens qui croient remplacer la dissection par quelques leçons sur le squelette. Cette tendance à supplanter l’ autodidactisme par le commentaire indéfini mérita du reste à un des derniers hérophiliens, un certain Apollonus, le surnom de « Biblas » ou rongeur de livres.

Cependant, l’école d’Alexandrie pénétrait en Syrie au 111e siècle avant J ésus-Christ, et, désormais, ce pays allait tout ensemble conserver la doctrine hippocratique et voir s’affronter l’essor gréco-alexandrin et la tradition asiatique.

D. Période gréco-romaine (146 A. C.-476 A.

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D.) . — Solidement implantée en Sicile et dans r Italie du Sud, la culture grecque n’atteignit Rome qu’après la chute de Corinthe (146 A. C.). Elle s’y modifia au contact des races du nord de l’Italie où se distinguaient encore les peuples de l’Ombrie et de l’Etrurie, les Sabins sévères et les Marses guerriers. Depuis 600 ans, Rome vivait sans médecins, mais non pas sans médecine, selon l’heureuse formule par laquelle Daremberg résume les chroniques de Pline. En ce temps, en effet, ce n’étaient que rites et superstitions dont le fatras constituait une médecine domestique à laquelle seule la pratique des herbes médicales, chère à Caton l’ ancien, apportait un rien de science exacte.

Mais ce n’est qu’avec Asclépiade, l’ami de Cicéron, que commence à s’imposer aux Romains la culture grecque. Asclépiade, de Pruse en Bithynie, fut loin cependant d’être un anatomiste et, s’il est bien vrai que Galien ne paraisse pas avoir saisi les subtilités- de la théorie atomique de ce savant, il est également indéniable que celui-ci encourut à juste titre la critique acerbe du maître de Pergame.

Galien n’intitule-t-il pas lé treizième chapitre du livre VI du De U su partium : « Asclepiadis absurditas »? Ironisant sur ce que le médecin de Bithynie n’est jamais aussi ridicule que là où il exalte sa propre subtilité, il cite longuement ce passage d’Asclépiade où cet auteur, admettant que la veine artérieuse (artère pulmonaire) fait passer l’air du poumon dans le cœur, donne pour raison à son épaisseur moindre que celle des artères veineuses (veines pulmonaires), le double mouvement de la veine artérieuse, pulsations essentielles

et impulsion provenant du poumon ; au contraire, les artères veineuses, animées seulement par les mouvements du viscère pulmonaire, deviennent corpulentes à la façon de ceux qui s’exercent médiocrement (1). Enfin, se rappelant sans doute encore qu’ Asclépiade confondait tendons et nerfs et proclamait, après dissection des cadavres, l’impossibilité pour l’estomac de digérer les matériaux alimentaires, Galien s’écrie, avec ce mordant qui donne une allure si vécue à ses œuvres : « Mais, ô le plus savant de tous les hommes ! si je voulais poursuivre sur ce mode les autres erreurs de tes travaux, il me faudrait d’autres loisirs (2). »

Celse, citoyen de la famille des Cornélius, ne mérita pas, et pour cause, les reproches adressés au Prusien. Homme du monde et compilateur sans originalité, il eut cependant le mérite de faire cas de l’anatomie, encore qu’au dire de Morgagni ses descriptions des viscères s’inspirent davantage de l’anatomie des animaux que de celle de l’homme. Il dut, au demeurant, sa réputation moins à sa

(1) « Nam quod... in pulmone solo ex aliis omnibus instrumentas, arteriæ motu agantur duplici, uno, quem domesticmn hàbent, ex propria videlicet substantia puisantes : altero, quem ex pulmone ob respirationis munus semper agitato, nanciscuntur, immensis tandem laboribus confectæ extenuantur, cumquæ aliis partibus insunt arteriæ, proprium unum habeant inotum, eumdemque moderatum : ob easque res bene nutriantur, robustaque sint. At venæ quæ in toto quidem sunt animali, eum motu omni careant, non aliter quam mancipium quoddam deses ab omni que excitatione fugiens, jure macerantur. Quævero sunt in pulmone, motum ab viscereipso nactæ, fiunt corpulentæ, quomodo et iis qui mediocriter sese exercent. »

(2) « Verum, o omnium hominum sapientissime Asclepiades, cætera quidem seriptorum tuorem errata, si vellem eo modo persequi otio majore opus esset » (Gal„, loc . cit.).

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science exacte qu’à l’élégance reconnue de son style.

Cependant, la connaissance du corps humain se

A. Corn. Celse (fig. 8).

développait à Rome sous les règnes de Tibère et de Trajan, à la faveur des progrès de la chirurgie. Tes blessures des gladiateurs et des soldats, l’audace des opérateurs liant les anévrysmes, don-

naient au clinicien le goût de la précision anatomique.

Bien que Galien représente le summum de cette évolution, il convient de citer auparavant l’œuvre de Soranus et de Rufus, l’un et l’autre d’Éphèse.

Rufus, dont la carrière se déroula entre 98 et 117 A. D., décrivit le premier le chiasma des nerfs optiques, indiqua nettement la capsule du cristallin et distingua les différentes membranes de l’œil. Il s’intéressa particulièrement aux organes de la génération. Re premier, il sépara le vagin de l’utérus et décrivit correctement les oviductes, bien qu’il semble en réalité que Phylotimus les ait signalés avant lui, dissipant ainsi l’erreur d’Hérophile qui les voyait se terminer au col de la vessie. Rufus énumère encore les membranes du fœtus et décrit l’hymen. Sa splanchnologie est fort inégale : il insiste, en effet, sur la différence entre le foie de l’homme et celui des animaux, mais refuse à la rate toute utilité ; sa description du pancréas et du thymus est plus heureuse : ce dernier viscère, dit-il, n’existe pas sur tous les sujets, mais il ignore sans doute que cet organe disparaît chez l’adulte.

Soranus, qui vécut sous Trajan et sous Hadrien, s’est également intéressé à l’anatomie obstétricale. C’est de lui que les auteurs du xvie siècle, notamment Rosslin, se sont inspirés. Tantôt plus heureux que Rufus et tantôt reprenant ses défaillances, il n’admet pas l’existence des cotylédons ou répète l’erreur d’Hérophile concernant l’abouchement des trompes ; il indique les changements du col pendant la grossesse. Contrairement à Garrison, et nous appuyant sur l’autorité d’Ori-

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base, nous devons admettre qu’il a connu et décrit l’hymen et le clitoris. Au demeurant, on peut se demander si la méconnaissance si fréquente de l’hymen dans l’antiquité n’est point due à quelque mutilation rituelle effectuée par les matrones à la naissance.

Nous n’insisterons pas sur des auteurs tels que Moschion, rival et imitateur de Soranus, Marinus et Pelops, qui ne nous sont guère connus que par l’ admiration de Galien. Mentionnons cependant encore Arétée de Cappadoce, observateur remarquable qui vécut sous Domitien ou Hadrien. Son esprit clinique se révèle en ce que son tableau de chaque maladie est précédé d’une description anatomique de la région malade. Il est le premier à avoir expliqué l’hémiplégie par l’entrecroisement des nerfs (^laayoç), et, d’une façon générale, est plus clair et plus précis que ses prédécesseurs. Il indique que les vaisseaux des membres ne se rendent pas directement aux viscères. Sa mention de canalicules rénaux nous fait entrevoir la description future de Bellirii.

Galien. — Pour comprendre le génie de Galien, il faut se représenter ce qu’était la science médicale à l’époque où il vécut (131-201 A. D.). Sans doute existait-il de bons observateurs, mais obnubilés par les discussions stériles et les oppositions d’école. Pe naturisme d’Hippocrate ne devenait pour ses disciples qu’une méditation sur la mort sans conséquences pratiques. Sous couleur d’observer scrupuleusement la nature et de se refuser à toute hypothèse, l’empirisme d’Hérophile et des Alexandrins bannissait non seulement le raisonnement, mais la raison. Que dire enfin du métho-

disme d’Erasistrate ou d’Asclépiade, dont les classifications subtiles ne faisaient que donner texte à d’interminables gloses !

Galien, dont la figure émerge superbement de toute rhistoire médicale d’autrefois, s’efforça de mettre de l’ordre dans ce chaos. Nous n’insisterons pas ici sur la vie du médecin de Pergame : d’humeur voyageuse, ce fut un véritable vagabond pendant la première partie de sa vie, et c’est ce qui nous fait comprendre le polypragmatisme que révèle son œuvre encyclopédique.

Nous ne nous occuperons ici que de Galien anatomiste, inférieur, il faut l’avouer, à Galien physiologiste et médecin, h 'œuvre anatomique du médecin de Marc-Aurèle et de Commode est considérable, mais assez diffuse^ c’est ce qui explique que peu d’historiens aient tenté son étude. Il convient d’ajouter que le finalisme systématique de l’auteur en arrive à lasser le lecteur, et l’on peut s’étonner que, pendant tant de siècles, un tel enseignement ait été tenu pour corps de doctrine intangible. Cependant il est juste de faire ressortir que l’on ne rencontre pas avant Galien une œuvre didactique comparable au « Traité de l’utilité des parties du corps humain ».

Ses descriptions ont nettement complété les travaux anatomiques d’Hippocrate, Brasistrate, Marinus, Eycus, Asclépiade, Pelops, qu’il cite au demeurant tout en les critiquant abondamment Il a pu dans différents passages se montrer inférieur à certains, comme par exemple à Soranus et à Rufus dans sa description des organes génitaux féminins, mais ce sont là questions de détail qui n’atteignent pas la solidité de l’œuvre.

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1/ anatomie de Galien est, quoiqu’on en ait dit, basée sur la dissection des animaux. Des chapitres entiers ont été consacrés par différents commentateurs, notamment par Daremberg, à l’établisse¬

ment de la liste des espèces utilisées dans ses descriptions. Sans nous perdre dans les détails d’une énumération un peu fastidieuse, qu’il nous suffise de dire que son type anatomique est un compromis entre le singe, le porc et diverses espèces de car-

nassiers. Ce n’est que tout à fait exceptionnellement qu’il a pu se procurer des cadavres humains, tels que ce Germain tué dans un combat ou ce voleur pourrissant au flanc d’une montagne. Il parle encore de la dissection des enfants abandonnés, des criminels jetés aux bêtes où même de malades atteints du charbon, morts à la suite de la chute d’escarres (épidémie d’Asie).

Il est difficile de résumer une œuvre dont certaines parties représentent le traité d’anatomie le plus complet et le plus considérable que nous ait légué la civilisation antique. 1/ exposé qui suit a donc moins la prétention de faire connaître l’anatomie de Galien dans tous ses détails que d’en extraire les aperçus nouveaux, les tendances générales et d’en souligner l’originalité.

A la description des os telle que la lui transmettait Hippocrate, Galien ajoute celle du périoste qu’il juge extrêmement sensible, de la moelle, présente sur les grands os, absente sur les petits. Il précise les rapports des cartilages et des ligaments et différencie avec soin les sutures osseuses, he premier il aurait décrit le sphénoïde, placé comme un coin entre les os de la base du crâne, les os malaires, les arcades zygomatiques et les sutures crâniennes qui, à son avis, donnent issue aux excréments fuligineux. Il convient cependant de signaler que cette description particulièrement soignée a trait aux animaux, comme le démontre sa mention des os intermaxillaires et des crêtes frontales, pariétales et occipitales « tournées vers les muscles, afin de les protéger le plus possible et de ne les laisser saillir qu’ excessivement peu audessus des os » (Utilité des parties du corps ; XI, B).

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hes articulations sont traitées avec d’heureux détails, par exemple celle de la tête avec la colonne cervicale, à propos de laquelle est mentionnée l’apophyse odontoïde ou pyrénoïde avec son ligament transversal (semi-lunaire) .

ha description des muscles est inférieure à l’ostéologie, bien que, les groupant en extenseurs et fléchisseurs, Galien ait tenté au niveau des membres un exposé ^anatomo-physiologique : son étude approfondie de la main est le monument le plus remarquable de cette tendance. A côté des muscles déjà connus, il insiste sur le peaucier, le deltoïde, le diaphragme, les intercostaux, les muscles abdominaux ; il est le premier à signaler les ptérygoïdiens externes que ne retrouvera pas Vésale ; il énumère les muscles de l’œil, du cou, de la nuque, de la langue et du larynx ; sa description des muscles inspirateurs est particulièrement bien comprise ; enfin il fait connaître le constricteur du vagin, « pudendum in orbem complectens » (De musculorum dissectione liber), les crémasters, les ischio-caverneux, le sphincter de l’anus.

ha façon, qu’on peut vraiment qualifier de géniale, dont Galien a présenté la morphologie du cœur et des vaisseaux . et sa conception des échanges artérioso-veineux en font le précurseur direct d’Harvey. Sans nier le mérite de ce dernier, il faut bien, lorsqu’on a lu attentivement l’œuvre du médecin d’Ephèse, reconnaître que l’originalité de la découverte de la circulation sanguine ne doit pas être entièrement attribuée au grand physiologiste anglais. En étudiant tel ou tel chapitre de « Y utilité des parties du corps humain », on

LES DÉBUTS DE Ly ANATOMIE 49

s’attend à chaque page à voir l’auteur trouver la

solution du problème qu’il serre de près constamment.

Galien attribue au cœur une structure musculaire, mais, pour expliquer le passage des esprits dans les artères, il cède à la tentation facile de forer une ouverture dans la cloison interventriculaire : il faudra Vésale pour détruire cette erreur. hes oreillettes ont une texture plus membraneuse que les ventricules, hes valvules auriculo-ventriculaires sont décrites ainsi que les sigmoïdes.

ha crosse de l’aorte, ainsi que l’aorte descendante et toutes leurs branches, sont mentionnées avec détail : c’est à Galien que revient l’honneur d’avoir découvert les nerfs récurrents bouclant à gauche la crosse aortique, à droite la sous-clavière.

Nous ne poursuivrons pas ici l’énumération fastidieuse de toutes les artères décrites dans le « T raité des nerfs, des artères et des veines ». Celles-ci partent toutes du foie par trois troncs principaux : porte et caves, ha veine porte recueille le chyle dans l’intestin, car, dans la description de Galien, les chylifères ne sont pas séparés des veines du mésentère, hes veines caves sont correctement exposées. Il en est de même de l’azygos, des veines sus-hépatiques, des veines pulmonaires, des vaisseaux nourriciers des os. hes veines de la faux du cerveau portent à juste titre le nom de veines de Galien.

Enfin, fait crucial, l’auteur admet que veines et artères communiquent à leur extrémité, à orifices ouverts, par une substance sanguine intermédiaire ou même par abouchement direct (Des facultés naturelles, III, 14). Tout en rejetant l’opinion

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d’Erasistrate, qui prétendait que les artères contenaient de l’air, Galien admet que celles « aboutissant à la peau attirent l’air extérieur en se dilatant, que celles qui s’abouchent par quelque point avec les veines attirent la partie la plus ténue et la plus vaporeuse du sang qu’elles renferment », tandis que « de l’estomac il n’arrive aux artères, déjà pleines de substances plus légères, qu’une quantité très petite de sang, et d’un sang parfaitement élaboré ». Si l’on rapproche de cette description le fait que Galien a vu le sang circuler dans les veines et que, d’autre part, au cours d’opérations chirurgicales sur les anévrysmes, il a parfaitement constaté la propulsion du sang du çœur vers les vaisseaux, on voit que cet incomparable observateur n’était pas loin de la découverte de la circulation sanguine.

I/anatomie du système nerveux constitue le chapitre le plus remarquable de la splanchnologie galénique. Galien paraît avoir surtout étudié le cerveau d’après celui des bœufs tel qu’on le vend aux étalages des grandes villes, « porro cerebra bubula in magnis civitatibus in totum parafa vendantur ». Il n’est cependant reconnu que deux enveloppes à l’encéphale : la dure-mère et l’arachnoïde. Du cerveau s’éliminent des substances excrémentitielles ou immondices fuligineuses : les plus subtiles par les sutures du crâne, les plus épaisses par la glande pituitaire dans le cavum ou par l’os ethmoïde dans le nez. Galien décrit le corps calleux, le troisième et le quatrième ventricule communiquant par Yiter, futur aqueduc de Sylvius, le fornix, les corps quadrijumeaux, le calamus scriptorius, déjà mentionné par Héro-

phile ; il précise la morphologie de l’infundibulum et de l’hypophyse, de la glande pinéale ou conarium, qu’il compare à une pomme de pin et qui remplit la bifurcation de la grande veine. Il précise de plus que les circonvolutions du parencéphale (cervelet) sont plus petites que celles du cerveau.

Iy’ auteur reconnaît sept conjugaisons ou paires de nerfs crâniens : les conduits des yeux (nerfs optiques) ; les prolongements qui meuvent leurs muscles (IIIe et IVe paires des modernes) ; le trifacial et ses deux branches maxillaires, supérieure et inférieure (trijumeau) ; les nerfs palatins (partie du trifacial?) ; les nerfs des os pétreux (VIIe et VIIIe paires des modernes) avec leurs deux branches, l’une pénétrant dans le conduit acoustique, l’autre dans le trou inexactement appelé borgne. La sixième paire, gastro-pulmonaire, de Galien répond au glosso-pharyngien, au pneumogastrique et au spinal, avec peut-être le grand sympathique. La septième paire de l’auteur naît à l’endroit où finit l’encéphale et commence la moelle épinière, et, pour la plus grande partie, s’insère sur la langue (grand hypoglosse des modernes). On remarquera que Galien méconnaît la pathétique ; quant aux nerfs olfactifs, il les décrit non comme des nerfs, mais comme des prolongements encéphaliques en rapport avec les narines et percevant directement les odeurs à traversl’éponge ethmoïdale (spongoïde d’Hippocrate).

La description des nerfs périphériques est en général assez exacte. Signalons notamment les deux racines du trijumeau, sans que soit soupçonné le ganglion de Gasser ; le trajet pétreux de

l'auditif et du facial ; l'innervation du larynx ; la distribution viscérale de la VIe paire et ses relations avec le sympathique dont les ganglions sont pris pour des renforcements nerveux.

1/ auteur donne enfin une description détaillée et suffisamment exacte des nerfs de la moelle, qu'il divise en 8 cervicaux, 12 dorsaux, 5 lombaires et 5 sacrés, et des nerfs des membres avec leurs divisions.

Les organes sensoriels sont également l’objet d’études approfondies, surtout les yeux et leurs annexes, auxquels est consacré un livre entier. Notons, entre autres détails, que la tunique rétiforme (rétine) est décrite comme un épanouissement de l'encéphale, que les différentes tuniques et les procès ciliaires sont nettement discriminés, et que l'on trouve sur le cristallin, l'iris, la tunique uvée des précisions et des considérations physiologiques du plus haut intérêt. Galien les complète par une description remarquable du chiasma, la première exacte, et par une théorie géométrique de la vision qui dénote en l'auteur un mathématicien aussi distingué que l'anatomiste.

Si, quittant l'anatomie du système nerveux, nous portons notre étude de critique historique sur la splanchnologie digestive galénique, nous trouvons que celle-ci est décrite sous trois chefs :

i° Les organes alimentaires et assimilateurs (bouche, œsophage, estomac, intestin, foie) ;

2° Les organes excrémentitiels (foie, vésicule, rate, reins) ;

30 Les muscles servant à l’expulsion des matières fécales.

Dans cette anatomie se trouvent signalés l'œso-

pliage, avec ses déviations, Tépiploon, le pylore, l’ecphysis (duodénum), le cæcum, les tuniques de Tintestin, les différents ligaments péritonéaux.

Le duodénum s’appelle le prolongement (de l’estomac). L,e jéjunum est décrit sous ce nom.

Ba rate, purificatrice du sang, est remarquable par son parenchyme spongieux au sein duquel se multiplient les vaisseaux.

Par la façon dont Galien rattache la vésicule biliaire au lobe principal du foie, il apparaît clairement qu’il n'a étudié celui-ci que sur l’animal. Il en fait un centre nutritif de première importance : c’est pourquoi la nature a multiplié les ligaments qui l’immobilisent et le protègent contre les mouvements violents. Bes veines transportent au foie le chymus, ou aliments préparés par l’estomac : pour qu’il soit charrié dans les petites veines, il doit être délayé avec beaucoup d’eau. Il est transformé dans le foie en sang, pendant que l’eau de délayage est éliminée par le rein et que les substances excrémentielles les plus légères passent dans la vésicule, les plus épaisses dans la rate. 1/ auteur décrit expressément la veine qui est aux portes (veine porte) et les anastomoses porto-sus-hépatiques.

Bien qu’il parle du liquide prostatique, de la Bile, de la salive, Galien méconnaît en général la secrétion des glandes. C’est ainsi qu’il ne s'intéresse au pancréas qu’à titre de coussin, de lit utile à la distribution des vaisseaux mésaraïques.

Galien insiste surtout, en ce qui concerne les reins, sur leur structure serrée qu’il juge apte à débarrasser le sang de tout son liquide séreux, contrairement aux affirmations de la plupart des

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auteurs antérieurs, notamment de Eycus qui, pour citer les paroles mêmes de notre anatomiste, « poussait Tineptie jusqu'à admettre que burine était simplement le résidu de la nourriture des reins ».

Il décrit, dans l’appareil respiratoire, les cartilages du larynx, l'épiglotte, dont il précise la fonction ; il insiste particulièrement sur les muscles du larynx et leur innervation.

En ce qui concerne les organes génitaux, Galien signale pour la première fois les trompes, dites de Fallope, les cornes utérines, d'après ses études sur les animaux, les trois membranes du fœtus : l’amnios, l’allantoïde, le chorion, ce dernier appartenant seul à la mère en gestation. « Il aurait décrit la caduque, et il a fallu quinze siècles pour queHunter la retrouve » (Eautb, p. 249). Il signale le trou ovale et le canal artériel. Par contre, son étude du vagin et de l’utérus est moins précise que celle de Rufus et de Soranus. Il ignore l'hymen, qui, d'ailleurs, va être mis en doute jusqu'à l'anatomie de Dionis au xviie siècle. Il décrit les cotylédons, d'après ses recherches sur le placenta animal, et pense que ce sont des ouvertures de vaisseaux qui déversent directement dans la cavité utérine le sang menstruel et nourrissent le fœtus pendant ,1a grossesse.

1/ exposé, forcément succinct, que nous venons de faire de l’œuvre anatomique de Galien permet de comprendre à quel point peut être intéressante sa lecture, sans paraître à nos yeux par trop désuète. Ee fond ainsi que la forme séduisent l’esprit, peu habitué à rencontrer dans les auteurs modernes l’ironie cinglante du grand anatomiste. Ainsi, à propos du chiasma, se plaît-il à souligner

le soin avec lequel il a évité d’obscurcir cette question par des développements que ses confrères eussent été incapables de suivre. « J’ai sciemment omis, dit-il, des démonstrations tirées de l’astronomie, de la musique ou de quelque autre science spéculative, afin que mes livres ne soient pas complètement en horreur aux médecins. En effet, dans toute ma vie, j’ai éprouvé mille fois ce désagrément : c’est que des personnes qui me voyaient avec joie à raison de mes bons offices vis-à-vis des malades, venant à apprendre que j’étais aussi versé dans les mathématiques, m’évitèrent le plus souvent ou ne me rencontrèrent plus aveu plaisir. Aussi me suis-je toujours gardé d’entamer de pareils sujets. »

Galien est, du reste, revenu mainte fois sur la jalousie des ignorants et n’hésite pas, à propos de la description des yeux, de renvoyer à Euclide et à ses théorèmes ceux qui voudraient poursuivre et comprendre ses démonstrations.

Plusieurs défauts, en revanche, choquent le lecteur contemporain. Galien abuse des rapprochements, soit qu’il compare les veines et le foie à des portefaix transportant le blé des greniers vers la boulangerie commune de la Cité, soit qu’il trouve dans le chyle et le chyme l’image de la lie et de la fleur du vin. Par ailleurs, ses descriptions n’apportent pas toujours à l’esprit l’éblouissement d’un exposé particulièrement clair. Que l’on en juge par ce passage un peu ambigu qui prétend rendre évidente la figure de l’estomac : « Supposez une sphère parfaite, écrit Galien ; représentezvous-la aussitôt un peu élargie à sa partie inférieure ; puis donnez-lui deux prolongements :

l’un plus large, celui qui est du côté de l'oesophage, l’autre plus étroit, celui qui se porte en bas ; ensuite comprimez cette sphère, déprimez sa convexité postérieure, et vous aurez sous les yeux la figure complète de l'estomac ; le reste est clair. »

1/ anatomie de Galien est dominée par les théories finalistes. Cette téléologie outrancière devient fatigante à la longue. C’est grâce à elle cependant qu’il paraît avoir établi la plupart de ses découvertes. Il en est ainsi, par exemple, lorsque l’apport du sang par les artères est déduit de la dimension de celles du rein ; car « si ce n’est pas pour purifier le sang qu’elles charrient, qu’on me dise pourquoi la nature les a créées si considérables, pourquoi elle les a prolongées et ramifiées ainsi que les veines jusque dans la cavité des reins? Quant aux reins, la grandeur de leurs vaisseaux prouve que nous avions raison de dire qu’ils débarrassent le sang de tout le liquide séreux ». Voilà un exemple entre mille de l’idée chère à Galien que la recherche de l’utilité des parties permet de rectifier les idées erronées.

Il en est bien d’autres, telle la description de l’apophyse odontoïde et de son adaptation aux mouvements de rotation de la tête, telle surtout la remarquable mise au point du chiasma publiée sur l’ordre de la divinité manifestée en songe : Galien démontre l’absence d’entrecroisement total des nerfs optiques, disposition destinée à empêcher de voir double.

Sa téléologie ne conduit malheureusement pas toujours à des conclusions aussi lucides, soit que l’anatomiste de Pergame décrive à la clavicule deux courbures destinées à laisser passer les vais-

seaux, soit qu’il trouve confirmation des deux sinus de la matrice de la femme en ce qu’elle n’a que deux seins, alors qu’il y a chez le porc un grand nombre de mamelles et de cavités utérines. Ne faudra-t-il pas du reste arriver jusqu’à Vésale pour entendre affirmer enfin que les descriptions de Galien ne peuvent s’adapter à l’homme?

Il n’en reste pas moins vrai qu’à nos yeux, l’illustre médecin de Marc-Aurèle est le vrai fondateur de l’anatomie et de la physiologie modernes. Il est le premier en outre à avoir systématiquement appliqué ses connaissances anatomiques à l’interprétation des lésions, et telle sera l’influence de ce prodigieux cerveau qu’il faudra patienter jusqu’au xme siècle pour voir quelque chose d’important ajouté à son œuvre.

E. Période byzantine (395 A. D. -1453 A. D.). — Ees dates extrêmes de la période byzantine sont loin d’être fixées, et l’on peut s’en rendre compte à la lecture des différents auteurs qui lui indiquent des repères différents. Il nous a paru plus rationnel de prendre pour son début l’année 395 après Jésus-Christ, parce que c’est à ce moment que s’est constitué l’Empire romain d’Orient, plutôt que l’an 476 de notre ère, où Rome succomba sous l’assaut combiné des Barbares. De même, il nous a semblé plus indiqué de reporter à 1453 après Jésus-Christ, date de la prise de Byzance par les Arabes, la fin d’une période que jalonnent en 732 l’arrêt des Sarrasins à Poitiers par Charles Martel et l’extinction de la dynastie macédonienne en 1506. En réalité, d’ailleurs, l’époque médicale, la seule qui nous intéresse, s’étend de 350 à 900 A. D., d’Oribase à Nikétas.

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Les médecins de Constantinia furent moins des novateurs que des compilateurs. Le propre du génie de Byzance a été de conserver les documents plutôt que de les accroître. C’est lui notamment, pour avoir exalté Galien, qui transmit au moyen âge et lui imposa l’œuvre du médecin de Pergame.

D’ailleurs les documents originaux sur cette époque nous sont parvenus en très petit nombre. Non seulement, en effet, des incendies répétés appauvrirent son patrimoine scientifique, mais des destructions systématiques de bibliothèques vinrent en réduire encore l’importance. Sous Arcadios, on vit des exécutions de cet ordre ; sous Basilikos, la grande bibliothèque Julienne fut anéantie ; sous Léon III, douze savants, déclarés iconoclastes, eurent tous leurs livres brûlés.

Ce que nous connaissons de la culture de Byzance nous permet de savoir que, dans ce centre de haute civilisation, il y avait plus de curiosité que de travail personnel. On lisait volontiers les classiques médicaux et leurs commentaires. Aussi possédons-nous de ce temps des œuvres à contenu anatomique plutôt que des anatomies systématiques .

On disséqua cependant, ainsi que le démontre le document suivant que nous devons à la haute érudition et à l’aimable complaisance du professeur J eanselme. Nous Usons en effet dans la chronographie de l’ abbé Théophane, qui mourut en 818 d’ après M. A. Blanchet: «Christinos..., chef des Scamares, fut aussi capturé. Sur le môle (du port) de Saint- Thomas, on lui coupa les mains et les pieds ; (en cet état) il fut remis aux médecins qui l’ouvrirent , (encore) vivant, depuis le pubis jusqu’au tho-

rax, afin d’observer la structure du corps humain, puis Christinos fut livré aux flammes (1). »

Mais de telles dissections demeurèrent sans doute exceptionnelles, et la lecture d ’Oribase (325-403 A. D.) laisse l’impression que cet auteur n’étudia que les singes, Ce médecin de Julien l’Apostat fut avant tout un commentateur de Galien : n’était-il pas né d’ailleurs à Pergame d’où il partit pour parachever ses études à Alexandrie ? Nous connaissons surtout de lui les Suvayojyai larpixat par l’admirable traduction française de Daremberg. h’ anatomie y manque évidemment d’originalité. C’est une compilation de Soranus, Rufus, Galien, Lykos et Marinus.

Aux 111e et ive siècles paraissent surtout des ouvrages d’histoire naturelle, renfermant quelques chapitres intéressant l’anatomie. Il s’agit là d’œuvres écrites par des pères de l’Église. Signalons que Grégoire, évêque de Nyssa (332-395 A. D.), que Némésios, évêque d’Héméra (vers 375- 400 A. D.) se sont inspirés moins de Galien que de la zoologie d’Aristote.

Peut-être devons-nous voir dans cette indifférence croissante à l’égard de l’anatomie l’influence du christianisme. On ne trouve au vie siècle, dans l’œuvre d’Aetius (d’Amida, en Mésopotamie), médecin de Justinien Ier, qu’une compilation médicale et obstétricale où les indications anatomiques sont purement accidentelles. Ces défauts s’accentuent dans l’œuvre d’un moine phrygien du vne siècle, Meletios. Il écrivit un traité « De

(1) ,'Hv£'['XY]V (tT£0 ç) TOUÇ COCTpoÙç, xal TOU TGV âv£T£[XOV ÇdmflC àîro rjërjç èioç Touôibpaxo; upoç to xaTavôyjaoa ty]V tqu àv0pu)7rou xaTaaxeuTjv.

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natura et structura hominis » dans lequel, copiant tout le inonde, il entremêle ses descriptions de considérations sur toutes matières universelles.

D’Alexandre de Traies (525-605 A. D. ) nous retiendrons qu’il fut surtout un pathologiste. Ses connaissances sur les parasites vermineux de l’intestin ne sauraient faire excuser l’indigence de ses notions anatomiques.

Peut-être, d’ailleurs, ne devons-nous pas trop regretter le défaut d’originalité des auteurs byzantins lorsque nous voyons les notes personnelles données vers 610 par Théophilos Protospathorios. Ce Theophilos, qui, comme l’indique son surnom, fut chef des gendarmes de la garde impériale d’Heraclios, se montra aussi téléologue que Galien. Son traité « De l’usage des parties » n’est qu’une démarcation de cet auteur ; il s’avise cependant d’y introduire çà et là quelques variétés, telle sa division du foie en quatre lobes qu’il nomme « foyer, table, couteau et voiturier ». Rendons-lui pourtant cette justice qu’il est le premier à avoir présenté une description judicieuse du nerf olfactif.

D’intelligence d’un Paul d’Egine (625-690 A. D.) ne s’est malheureusement pas exercée sur l’anatomie. Cependant, à lire la curieuse et rarissime traduction que nous a donnée de son œuvre Etienne Dolet (Eyon, 1542), on trouve des connaissances assez étendues d’anatomie normale et pathologique : les chapitres des fractures et des luxations, la description des anomalies des doigts, de la vulve et du prépuce sont riches en notions de cet ordre.

Avec Nikétas se clôt, vers 900 A. D., la série des

grands compilateurs byzantins : on lui doit une première réunion des œuvres de Rufus et de Galien. Plus tard, nous n'avons plus que quelques noms d’anatomistes occasionnels à signaler : Suidas, au xiie siècle, Actuarius, au xme, Georges Sanguinatus, dit Hypatus, qui, vers 1450, dédie au pape Nicolas V sa description des membres de l’homme « tcov yeAôov TOÜ àvôpojTcou ovoyaGiat ».

En réalité, bien que brève en apparence, cette énumération est encore trop longue, car on peut dire qu’il n’y a pas en réalité d’anatomistes byzantins. A cela deux causes : d’une part l’influence de Galien, dont le génie parut tellement formidable qu’on s’imagina pendant plusieurs siècles n’avoir rien à ajouter à son œuvre ; d’autre part, l’influence du christianisme, qui, par son mépris du corps humain, se dressa contre l’anatomie, réalisant l’anathème que Tertullien lui jetait dès le ive siècle.

Nous verrons plus tard, en étudiant l’anatomie médiévale, de quelle façon le développement de la médecine arabe, héritière de Byzance, permit à celle-ci de préserver les traditions grécoromaines et, par delà les siècles, de les transmettre à la science moderne.

Extrait de “ Paris Médical ”

(Janvier-Mars 192J.)

3899-27. ■ — Corbeil. Imprimerie Crété

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