‹ Les débuts de l'art en ÉgypteChapitre 52 sur 107 · PE PE AMP RE EU AN NE RES · texte numérisé non relu

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médiocre parti des motifs naturels qu'ils copiaient. Cette médiocrité

est surtout flagrante dans les « poteries décorées», et l’on peut même

se demander si le primitifqui traçait sur l'argile des représentations de barques, d'oiseaux, de plantes, de gazelles et d'hommes voulait réellement décorer le vase ou bien s’il avait un but différent. L'art pour l’art est, je pense, une exception chez les peuples primitifs, et le but esthétique doit être bien rarement visé chez eux. L'étude que nous ferons des peintures de la tombe de Hieraconpolis nous permettra, je pense, d’élucider en partie ce point, d’une importance capitale pour la juste appréciation de l’art décoratif des primitifs égyptiens. L'ancien empire égyptien ne diffère pas énormément, à ce point de vue, de l’époque primitive et dans ce domaine, encore une fois, il nous est fort difficile de trouver de profondes modifications entre les deux périodes; il n’y a, je pense, rien qui empêche de considérer l’art décoratif des contemporains des IV®, Ve et VI° dynasties, comme la suite logique et le lent développement des principes mis en œuvre par leurs lointains prédécesseurs des temps préhistoriques. J'espère montrer tout à l'heure que les décors des murs des mastabas de l’ancien empire ne sont autre chose que le développement de l’idée qu’'exprimaient les primitifs en ornant leurs poteries de figures peintes. Les mêmes tombeaux ne nous montrent à côté des scènes et des motifs empruntés directement à la nature que limitation des pierres dures, de la vannerie ou même de la boiserie !.

Revenons à ces dessins gravés sur les poteries et que l’on peut à peine regarder comme une décoration. Le but de ces lignes incisées semble avoir été différent, sans qu'il soit possible, à l'heure actuelle, de le déterminer toujours avec précision. Ainsi que l'a reconnu M. Petrie, il semble bien que dans certains cas il s'agisse d'une marque de propriété, diverses poteries dans une seule tombe portant la même marque ?.

Souvent aussi on doit, je crois, les considérer comme une sorte de signature mise par le potier sur les vases qui sortaient de ses mains. M. Petrie m'a fait remarquer que ces marques ont toutes été gravées après la cuisson du vase.

1 PETRIE, Ægyptian decorative Art, pp. 44 et 89, et chap. 1V, Suctural decoralion.

2 PETRIE, Vagada, p. 44.

Marques de poteries.

Ce qui est surtout à remarquer, c’est qu'on les a d'ordinaire relevées sur deux catégories de vases : les vases rouges à bord supérieur noir (black topped) et les vases rouges brillants (red polished). Jamais on n’en a trouvé sur les vases que nous avons étudiés plus haut (cross lined et decorated pottery) ”.

Si maintenant nous cherchons à la suite de M. Petrie à classer ces marques en diverses catégories, Voici ce que nous remarquerons (ie Mon)

La figure humaine n'apparaît qu'exceptionnellement ? ; une seule fois nous voyons un homme, dont un animal diffcile à identifier avec précision semble dévorer la tête, rappelant ainsi le personnage mythologique #ahes *.

Les figures d'animaux se rencontrent plus fréquemment et, sauf une exception, elles diffèrent peu comme style des représentations peintes sur les vases, ressemblant peut-être davantage à celles des vases à peinture blanche (cross lined). Les types les plus usuels sont l'éléphant, l’hippopotame, diverses espèces d’antilopes et peut-être aussi la girafe ?.

L'oiseau n’est pas aussi fréquent et les espèces représentées ne sont pas facilement identifiables ; on reconnaît cependant l'oiseau à pattes allongées et au cou recourbé en S, si fréquent sur les poteries décorées f.

Le crocodile et les serpents sont souvent employés”; les motifs

1 PETRIE, /Vagada, p. 44.

2 Les marques D. 20 proviennent d’une palette en schiste, ce que Petrie à négligé d’indiquer dans Diospolis. L’original est à l'Ashmolean Museum, à Oxford, et a été reproduit plus haut à propos des palettes avec décor incisé.

SPPEDRIE ZVagada, Pl LT 1,2, 7.

4 D'après PLEYTE, Chapitres supplémentaires du Livre des morts, lp. 4r, ce mest qu'après la XXe dynastie que le titre ou nom de Makes devient un nom dedieu». Je crois les représentations de ce dieu rares. Je citerai le naos D 29 du Louvre (PERRET, Panthéon égyptien, fig., p. 79), un manche de fouet au musée de Leide, I, 77 (LeEMANs, Monuments, II, pl. LxxxIv), et un boomerang magique de l’'University College de Londres, de la XIIe dynastie.

5 PETRtE, MVagada, pl. LI, 7-27; Diospolis, pl. xx, 13-29. — Mac IÎvEr and MACE, Æ/ Amrah and Abydos, pl. XVII, 19-24. — NEWBERRY, Æxiracis from my Notebooks, V, n° 37, dans les Proceedings of the Society of Biblical Ar. chaeology, XXIV, 1902, p. 251, et pl.1, 5..

ÿ PETRIE, Vagada, pl. Li, 28-32 ; Diospolis, pl. XX, 30-35 ; XXI, 51e

7 Petrie, Vagada, pl. LI, 33-38 ; Diospolis, pl. xxI, 36-43.

floraux se bornent à une esquisse sommaire du palmier et de quelques espèces végétales qu'on n'arriverait pas aisément à déterminer !.

Les bateaux, bien qu’ils soient rares, ne manquent pas totalement, et ils ne rappellent que d’une façon fort peu précise ceux que nous avons relevés sur les poteries décorées *.

Telles sont à peu près les seules représentations qu'il soit possible d'expliquer à première vue. Avant de continuer notre examen des marques nous devons nous poser une question assez Importante.

Rencontre-t-on parmi ces figures faciles à identifier des signes que nous pourrions appeler des « hiéroglyphes » ? En d’autres termes devons-nous considérer l’écriture hiéroglyphique comme une importation de conquérants venus d'Asie, de la ‘haute Nubie ou d’une autre région, ou bien est-il possible de relever sur les objets ayant appartenu aux primitifs quelque chose qui pourrait faire soupçonner chez eux l'usage d’une écriture dont les hiéroglyphes postérieurs ne seraient que le développement ?

Rappelons quelques remarques de M. de Bissing au sujet de l'origine africaine des hiéroglyphes.

« L'écriture hiéroglyphique, dit-il, présente, à mon avis, un caractère tout égyptien. Une assez grande et très ancienne partie des signes est constituée par des plantes et des animaux. Le papyrus est bien certainement une plante d’ Égypte ; or, un groupe, fréquent dans le sens de verdoyant, en représente la . et la fleur. C'est d'ailleurs l’écusson de la basse Égypte et le signe pour le nord. Quant au lotus, on le rencontre si souvent que le signe pour mille en égyptien n'est autre que la tige de la Vymphœa cœrulea avec une feuille nageant sur l’eau. Des fleurs de Vyphœæa sur un bassin sont la forme la plus ancienne du signe $, où entre plus tard le papyrus. Je ne sache pas que la Vymphæa cœrulea et la Nymphea lotus soient originaires d'Asie; et ce sont ces plantes D cisément, comme l’ont prouvé MM. Borchardt et Griffith, qu'on rencontre dès les plus anciens temps en Ée gypte, tandis que la

l PETRIE, Vagada, pl. Lu, 52-69; Diospolis, pl. xxI, 53-72. — Mac IVER cine MAceE, £7/ Amrah and Abydos, pl. XVI, 25-20. 3 PETRIE, Vagada, pl. LIU, 70-71 ; Diospolis, pl. xxI, 52.

Hiéroglyphes primitifs (?)

Numphœa nelumbo, probablement de provenance asiatique, ne se trouve que sur les monuments de la basse époque.

» Pour les animaux, le résultat est le même : ni le crocodile ni l’hippopotame surtout, qu’on ne pourrait séparer de la civilisation archaïque, des premières conceptions mythologiques des Égyptiens, n'existent en Asie (les espèces des Indes diffèrent sensiblement des espèces africaines figurées sur les monuments). L’aigle (en réalité un vautour noir), le vautour à tête nue, oiseau sacré de la déesse Mout, l'épervier (qu'on devrait nommer faucon), chouette et, avant tout, l’ibis offrent des types absolument africains ou, du moins, ne sont nullement caractéristiques de l’Asie.

« Il en est de même des différentes espèces de fauves comme le chacal, symbole de divers dieux des morts (on me dit que c’est plutôt un renard), les gazelles (parmi elles l'Oryx leukoryx inconnu en Asie), l'éléphant même, qui présente le type africain, l’hyène et beaucoup d’autres. Si nous en venons aux serpents, aux insectes et aux poissons, partout nous trouvons des espèces connues dès lors comme égyptiennes.: l’urœus, le scarabée, le scorpion et différents poissons qu'on voit dans les hiéroglyphes et que l'on retrouve dans les peintures murales de l'Ancien Empire. Remarquez qu'au nombre des animaux mentionnés 1l y en a que les anciens Égy ptiens ont dû connaître longtemps avant de leur attribuer le sens conventionnel qu'ils ont reçu. Combien de fois a-t-on dû voir l’hippopotame sortir la tête de l’eau pour prendre l'air avant de trouver dans la tête de cet animal sortant des eaux l’expression parlante pour ce que nous nommons wne minute ? Bien longtemps, les anciens Égyptiens ont dù observer le scarabée faisant des boulettes avec des ordures avant d'y voir le symbole de la création perpétuelle, de la formation de l'œuf. Si l'hippopotame, à la rigueur, a pu frapper les nouveaux venus dès leur entrée en Égy pte et leur suggérer cette idée bien curieuse de symboliser l'instant, il ne peut guère en être de même pour le scarabée. En tout cas, les Égyptiens, avant de venir en Égypte, n'ont pas pu avoir une expression pour le mot instant et devenir, puisque les mots mêmes qui désignent ces idées sont originaires d'Égypte! ».

LF. DE BIssiNG, les Origines de l'Égypte, dans l’Anthropologie, IX, 1898, PP- 409-411. Il me semble qu’il y a dans ces dernières lignes une véritable con-

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S'appuyant, d’une part, sur ces observations, et, d'autre part, sur les marques de poteries et les graffiti dont nous parlerons plus loin, M. Zaborowski concluait qu’il fallait chercher en réalité dans ces marques et graffiti l’origine de l'écriture hiéroglyphique ”.

Ces conclusions sont assez hardies si l’on juge seulement d’après ce que les fouilles des dernières années ont fait connaître. J’inclinerais cependant à adopter l'opinion de ces auteurs, quoique je ne puisse baser cette appréciation que sur des points encore assez douteux.

Les inscriptions de la I" dynastie n’ont pas l'aspect d’hiéroglyphes en voie de formation; les concordances des dates de succession avec celles des rois de l'Ancien Empire, telles que M. Petrie les a établies à la suite de ses fouilles dans le /emenos d'Osiris

Abydos, laissent peu d'espoir pour le moment de découvrir ces hiéroglyphes qui formeraient le lien entre les marques de poteries, les graffiti et les hiéroglyphes classiques. On peut se demander cependant si le hasard des fouilles ne fera pas découvrir un jour quelques monuments de ces « adorateurs d'Horus » dont M. le professeur Sethe vient de remettre en lumière le véritable role:

Les marques de poteries dont nous avons parlé jusqu'à présent comprennent peu d’hiéroglyphes. Citons d’abord un signe représentant la plante du sud *, puis un, qui n'est autre que la couronne de la basse Égypte 4, la couronne de la déesse Neith d'origine libyenne, comme nous avons eu l’occasion de le noter plus haut et, par conséquent, pourrait très bien avoir été introduit comme signe pictographique dans un système d'écriture déjà tout constitué.

Je rappellerai encore le signe gravé sur une palette en schiste

fusion que, j'en suis persuadé, l’auteur ne ferait plus aujourd’hui. Voir ERMAN, Aegyptische 2° édit. Berlin, 1902, $ 36, p. 17.

1 ZABOROWSKI, Oyigines africaines de la civilisation de l'ancienne Égypte, dans la Revue scientifique, 4° série, XI, 11 mars 1809, pp. 293-294.

2 SeTHE, Peiträge sur àltesten Geschichte Aegyptens (Untersuchungen ur Geschichte und Alterthumskunde Aegyptens, herausgegeben von Kurt Sethe, II, 1), pp. 3-21 : die « Horusdiener ».

3 PETRIE, Vagada, pl. LH, 74.

4 PETRIE, /Vagada, pl. LU, 75.

Marques afphabétiformes.

et qui est l'emblème du dieu Min et qu'on retrouve assez souvent parmi les marques de poteries ! et qui a pu ne devenir un signe hiéroglyphique que par l'adoption d’un dieu indigène par des populations conquérantes. Il semble encore que l’on puisse

reconnaître le signe à ce qui confirmerait l'interprétation que j'en

ai donnée il y a déjà quelques années ? (fig. 102).

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