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égyptienne. L'œuvre appartient à une école ennemie du conventionnel, antérieure à l'apparition de traditions fixes ; elle pourrait être attribuée à n'importe quelle époque dans tous les pays où l’art naturaliste fut en honneur. Elle témoigne d’une habileté à saisir l'individualité qui la sépare de toutes les œuvres postérieures, par la façon de représenter l’âge et la faiblesse d’une façon aussi subtilement caractéristique. Elle appartient à la même école d’art que les figures , et celles-ci révèlent un style qu’on n'aurait jamais soupçonné, précédant l’art formaliste de l’Ancien Empire» ! (fig. 112).
Remarquons la position bizarre donnée aux oreilles qui sont placées perpendiculairement à la tête et semblent d’une grandeur anormale. On pourrait se demander si ce n’est point la trace d’une coutume de déformation intentionnelle de l'oreille, d'autant plus que l’on peut constater la même anomalie, encore plus exagérée, sur quelques têtes en ivoire découvertes à Hiéraconpolis et à Abydos *(Üg. 119, na r4},
Les statuettes de femmes sont beaucoup plus nombreuses et permettent de suivre de près l'évolution du type. Il faut, cependant, commencer par mettre complètement à part quelques figurines d'un aspect extraordinaire. Nous en avons déjà reproduit deux spécimens à propos de la peinture corporelle (fig. 6).
Ces statuettes sont caractérisées par un développement graisseux exagéré, principalement des membres inférieurs, surtout des fesses (stéatopygie). On sait que cette déformation est fréquente chez les Hottentots. On y a comparé la représentation d’une reine africaine, la reine de Pount, dans le temple de Deir el Bahari.
1 PETRIE, Aôyaos, II, p. 24, pl. 11, 3, et XIII.
2 PETRIE, Abydos, IL, pl. 11, 17, 18 et 19 et p. 24. — Une statue mexicaine
du musée ethnographique de Berlin reproduit une déformation analogue. Voir WoERMAN, Geschichte der Kunst aller Zeiten und Vülker, 1. Leipzig, 1900, fig. p. 88. — PLINE, Æéstoire naturelle, IN, 27, 5 : « les îles des Fanésiens, dans lesquelles les habitants, qui sont nus, se couvrent de leurs oreilles, d’une grandeur excessive ». — MALE, E., l'Art religieux du xin siècle en France. Paris, 1902, p. 77, portail de Vézelay : « les hommes aux oreilles larges comme des vans ». — DELAFOSSE, M., sur des Traces probables de civilisation égyptienne et d'hommes de race blanche à la Côte d'Ivoire, dans l'A nthropologie, XI, 1900, p. 679 : « Ces fils du Ciel avaient la peau blanche ; leurs oreilles étaient si grandes qu'ils s’en cachaient leur visage à la vue d’un homme de la terre »; p. 684 : « tous ceux qui en ont vu ou en ont entendu parler disent que, pour ne pas être reconnus, ils prenaient leurs oreilles avec les mains et les ramenaient sur leur visage ». (Renseignements fournis par MM. Bayet, Macoir, M. Hébert et F. de Zeltner.)
$ PETRIE, Vagada, p. 34.— MARIETTE, Voyage dans la Haute Égypte. Paris, Le
Femmes.
Ces statuettes curieuses sont de deux modèles : les unes debout, les autres assises !. Les spécimens COnServés à l'Ashmolean Museum, à Oxford, que je reproduis ici, sont en terre grisâtre, avec couverte rouge brillante et portant encore des traces de peinture noire (fig. 113-114).
Ici se pose un problème important pour l'histoire des migrations des peuples à l'époque primitive. Fautil voir dans ces statuettes égyptiennes une preuve de la présence de populations de race hottentote dans l'Égypte préhistorique ?
M. le docteur Fouquet écrit, à la suite de l'examen des ossements découverts dans les tombes : « À Négadah Sud, l'indice céphalique 72, 73 pour les hommes, 73, 13 pour les femmes incite à les comparer aux Hottentots, aux Boschimans (72, 42), aux
Heu Caires (72, SD Pa Lro
STATUETTES STÉATOPYGES EN TERRE. vaille faite, à Négadah Ashmolean Museum, à Oxford. même, de statuettes stéatopyges par M. Flinders
Petrie lui a suggéré la même idée, à laquelle il n’a pas paru s'arrêter en dernière analyse. On sait, cependant,fque cette race a pénétré
Caire, 1878, IL, pl. 62 et pp. 72-73. — Voir cependant DENIKER. /s Races et. les peuples de la terre, pp. 110-111.
1 PETRIE, Vagada, pl. VI, 1-4 et p. 34.
jusqu'en France et à pu passer par l'Égypte en rétrogradant » !.
Cette impression semble, à première vue, extraordinaire ; mais nous nous hâterons d'ajouter qu’elle est identique chez tous ceux qui ont examiné ces pièces. M. de Villenoisy écrit ? : « Les fouilles de Brassempuy ont fait découvrir une série de statuettes d'ivoire représentant des femmes dont la coiffure n’a d’analogue qu’en Égypte, et dont les caractères physiologiques se retrouvent seulement en Afrique chez les plus anciens occupants du sol : habitants
FIG. 114. — STATUETTES STÉATOPYGES, EN TERRE: Ashmolean Museum, à Oxford.
du pays de Poun (Somal actuel) au temps de la reine égyptienne Hatasou (XVIII: dynastie), Abyssins, Bolofs qui devaient alors être voisins de l'Égypte, Boschimans et Hottentots. L'insistance avec laquelle M. Piette signalait, sur des statuettes paléolithiques pyrénéennes, des particularités qui ne se retrouvent que chez les femmes de races contemporaines exclusivement africaines ne réussit pas, au début, à fixer l’attention ; on n’y voyait que des faits accidentels ou l’inhabileté du sculpteur. Un grand pas fut fait lorsque, à la séance de l’Académie des Inscriptions du 23 novem-
1 FouquETr, Xecherches sur les crânes de l'époque de la pierre taillée en Égypte, dans DE MORGAN, Recherches sur les Origines, II, p. 378.
2 DE VILLENOISY, /’Æiatus préhistorique et les découvertes de M. Ed. Piette, dans le Bulletin de la Société de spéléologie, avril-juin et juillet-septembre 1806, PP. 97-98.
bre 1894, M. Maspero reconnut la très grande analogie des figurines sans jambes de Brassempuy et de celles
déposées dans les tombes égyptiennes. Il les
croit inspirées par la même conception reli-
gieuse ».
M. Boule, dans l'Anfhropologie !, s'exprime de même à propos des statuettes d'Hiéraconpolis : « Bien que ce rapprochement soit probablement peu fondé, je n'ai pu m'empêcher de trouver une certaine ressemblance entre certaines de ces reproductions et celles des sculptures trouvées par M. Piette au Mas d’Azil, et j'avais eu cette même impression en examinant les figurines de femmes stéatopyges trouvées par MM. Flinders Petrie et Quibell à Négadah et à Ballas ».
Malgré les doutes de Boule, il semble bien que cette ressemblance soit fondée. Nous retrouvons, en effet, des figurines analogues dans les
cavernes françaises ?, à Malte *, dans les régions de la Thrace et de l’'Illyrie, à Butmir, Cucuteni, Sereth, en Pologne 4, en Grèce * et dans les îles de la mer Égée, notamment en Crète 6.
1 Dans l’Anthropologie, XT, 1900, p. 759. FIG. 115.
2 PETRIE, /Vagada, p. 34, où il cite l’'Anthropologie, VI, STATUETTE DE FEMME 1895, 129-151. — H&RNES, Urgeschichte der bildenden EN TERRE: Kunst, pl. 11, fig. 9-10, 11-13. — REINACH, S., Sfatuelte University College de femme nue découverte dans une des grottes de Menton, de Londres. dans l’Anthropologie, IX, 1898, pp. 26-31 et pl.1 et 11.
3 MAYR, die vorgeschichtlichen Denkmäler von Malta, dans les Abhandlungen der k. bayer. Akademie der Wiss., I. CI., xx1 Bd., 1 Abth. München, 1901, pp. 699-703 et pl. x, 2, et x1, 1 et 2. — Compte rendu par ARTHUR J. EVANS, dans Man, 1902, n° 32, pp. 41-44, fig. 3, p. 43, reproduit la fig. 2 de la pl. x1 de Mayr de façon plus distincte : on y remarque des tatouages.
4 HoERNES, Urgeschichte der bildenden Kunst, p. 192 et pl. 11. La statuette de Cucuteni (Roumanie), et celle de Pologne sont reproduites dans REINACH, S., la Sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines, fig. 94 et 95 (tirage à part, p. 39). Comparez surtout la figurine de Pologne avec celles de notre fig.113.
5 PError et CHipiez, Aistoire de l'art dans l'antiquité, NT, la Grèce primitive, l'art mycénien, fig. 325, p. 736, et fig. 333 et 334, p.741.
6 Evans, ARTHUR J., the neolithic Settlement at Knossos and its Place in the History of Early Ægean Culture, dans Man, 1901. n° 146, pp. 184-186 et fig.
sine. ten
Mais, à côté de ces figurines stéatopyges se trouvent, en Égypte aussi bien qu'en France, des statuettes d’un autre type, caractéristique d'une race plus élancée '. Le meilleur spécimen que l’on en puisse citer est la statuette ornée de peintures donnée plus haut (fig. 5).
Il existe des statuettes de ce type en terre, en ivoire et en plomb, où les jambes sont sommairement indiquées. Le plus souvent, les bras sont représentés à peine par une pincée dans l'argile faisant Saïllir l'épaule ; parfois, les seins sont nettement accusés, parfois aussi, il n’y en a pas trace.
Notons d’abord un spécimen curieux, de provenance inconnue, à l'University College de Londres, où les bras reviennent sur le devant du corps comme pour cacher, avec les mains, les parties génitales (fig. 115).
Un autre exemplaire, très ancien (date de succession 38), en pâte végétale moulée sur un support en roseau, est peint en rouge et noir. Le bas de la figure paraît couvert d’un voile, tandis que, sur les hanches, se trouve une bande terminée en dessous par deux courbes qui, en se rejoignant, forment une pointe entre les deux JAmbes (ie, 116, n°11).
Un spécimen analogue se trouve dans la collection Petrie à l'University College de Londres, ainsi qu’un autre en plomb (fig. 116). Les fouilles de Diospolis en ont donné d’autres et, notamment, dans la tombe B ro1 (date de succession 34), une figurine avec les bras soigneusement sculptés (fig. 116, D. B. rot).
Dans la même nécropole, dans la tombe B 83 (date de succession 33-48), les fouilles ont mis au jour une statuette féminine, déjà plus détaillée, où les jambes ainsi que la chevelure sont au moins indiquées. Les bras sont encore représentés de la même façon
rudimentaire que dans les figurines des îles égéennes “ (fig. 116, DB 283):
On les retrouve encore en Égypte à la XVIIIe dynastie. Voir MAC IvER and MACE, Æ/ Amrah and Abydos, pl. IV, D. 8 ; GARSTANG, Z/ Arabak. Londres, 1901, pl. XIX, E 178.
! PETRIE, Vagada, p. 34.
3 PETRIE, Vagada, pl. LIX, 11 ; Diospolis, p. 26. Actuellement à l’Ashmolean Museum, à Oxford. Des fragments identiques dans Diospolis, pl. v, B 107 et P- 33-
8 PETRIE, Diospolis, pl. v et p. 33.
# PETRIE, Diospolis, pl. vi, B 83 et p. 32.