FIG. 137. — FIGURINES DE GRENOUILLES ET DE SCORPIONS
Ashmolean Museum, à Oxford, et University College de Londres.
de suspension, pouvant faire supposer qu’elles ont servi d’amulettes. Nous avons vu plus haut, dans le chapitre III, que plusieurs palettes en schiste, façonnées en forme d’animaux, présentaient la même caractéristique. Nous admettons donc provisoirement, dès à présent, que plusieurs de ces statuettes avaient un rôle magique ow religieux. On trouve des amulettes de ce genre, représentant des crocodiles, des grenouilles, des poissons, des oiseaux, des scor-
| CHABAS, Études sur l'antiquité historique. Paris, 1873, pp. 399-400. — MasPERO, Lectures historiques. Histoire ancienne. Paris, 1892, pp. 116-117 et MOT
pions, des chacals, des lions, etc., dans les monuments de l Égypte classique.
Comme nous parlons ici d’amulettes, je rappellerai ce que disait M. Petrie à propos de quelques objets en forme de tête de taureau : « La plus ancienne forme d’amulette, dit-il, est la tête de taureau... Son origine fut un véritable problème jusqu’à la découverte, à Abydos, d’un spécimen dans lequel le front aplati et l'extrémité inférieure en forme de museau prouvent clairement que nous sommes en présence de la copie d’une tête de taureau. On rencontre.ce type à partir de la date de succession 46, et même antérieurement, et il continue à être en usage jusqu’à la date de succession 67, où on le retrouve encore, mais très déformé. Un exemplaire en marbre bleu découvert, avec des perles de la XII* dynastie, en présente, vraisemblablement, la survivance. Il a donc persisté très tard, bien que, depuis longtemps, on ait oublié sa connexion avec la tête de taureau. L'idée de considérer cette tête comme une amulette s'était néanmoins conservée, puisque, vers la fin de la période préhistorique, on rencontre des têtes de taureau en cornaline parfaitement exécutées. Elles continuèrent à être en usage sous la Ve et la VI dynastie, où graduellement leur dimension s’amoindrit ». M. Petrie rapproche de ce fait les crânes de taureaux peints découverts dans les « tombes en cuvette » (fan graves), et continue : « Si nous nous tournons vers l'Occident, nous trouvons des amulettes en tête de taureau en Espagne, et de grandes têtes de taureau en bronze destinées à être suspendues dans les monuments de Majorque (Revue archéologique, 1897, 138). Des amulettes en tête de taureau, en or, ont été trouvées également à Chypre et à Mycènes. De nos jours encore, à Malte, on suspend des crânes de taureau à la porte des maisons; en Sicile, on les place sur les arbres fruitiers ; de même en Algérie, dans le but d’écarter le mauvais œil. La question tout entière du bucrâne se pose ici à propos de ces amulettes préhistoriques » 1.
Ces amulettes en forme de tête de taureau rappellent suff-
1 PETRIE, Diospolis, p. 26 ; Nagada, pl. Lvur ; Prehistoric Egyptian Carvings, dans Wan, 1002, (n°14, p. 17et pl. 8,,8-16; Abydos, F'pl.r1, det setip. 22, II, pl. XIV, 281 et p. 30. — SCHAEFER, eue Altertüner der « new race » aus Negadah, dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXIV, 1806, fig. 6, p. 180. — Au sujet du bucrâne en Égypte, voir WIEDEMANN, 2# Petrie’s
Amulettes en forme de têtes de taureaux.
Doubles
taureaux.
samment, dans leur aspect général, un ornement mycénien pour qu'il soit intéressant de noter ici cette analogie ! (fig. 138).
| LS vil. !
FiG. 138. — AMULETTES EN FORME DE TÊTE DE T'AUREAU.
Le préhistorique européen a donné un grand nombre de figurines représentant « des animaux adossés, mais dont les croupes
neuen Funden, dans la Orientalistische Litteraturzeitung, XT, 1899, col. 182-184 : Compte rendu de Hierakonpolis, 1, ibidem, col. 331. — GOLENISCHEFF, Lettre à M. G. Maspero sur trois petites trouvailles égyptologiques, dans le Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, XI, 1889, p. 98. — LEFEBURE, les ÆHuttes de Cham, dans le AMuseon, XVII, 1898, pp. 350 et suiv.; Ailes égyptiens. Construction et protection des édifices (Publications de l’École des lettres d'Alger. Bulletin de correspondance africaine). Paris, 1890, pp. 20 et suiv. — NaAviLLe, the Festival Hall of Osorkon IT in the great temple of Bubastis. Londres, 1892, pl. 1x, 9 et p. 21. — DaAREssy, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire ; Ostraca, pl. V, n° 25019 (revers) et p. 5. — MasPERoO, la Pyramide du roi Ounas, dans le Xecueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, IV, 1883, p. 48, ligne 423, et les variantes dans /a Pyramide du roi Teti, ibidem, V, 1884, p. 29, ligne 242. — CAPaRT, /a Fête de frapper les Anou, dans la Revue de l’histoire des religions, XLIII, 1901, pp. 252-253. (Tirage à part, pp. 4-5.)
1 PERROT et CH1PIEZ, Âistoire de l'Art dans l'antiquité, VI, la Grèce primitive, l'art inycénien, fig. 223, p. 546.
se confondent, de manière à présenter l’aspect d’un corps unique terminé par deux avant-trains qui se font pendant » ". La plupart du temps, ce sont de petites pendeloques de bronze
FiG. 139. — AMULETTES EN FORME DE DOUBLE T'AUREAU.
Collection Hilton Price.
formées de deux taureaux adossés et, comme le remarque M. Salomon Reinach, il n’est guère de musée important qui n’en possède. De telles figurines se rencontrent également dans l'Égypte primitive, notamment sur des cylindres. On en trouvera, dans notre figure 104 (M 560), ainsi que sur une palette avec figures en relief qui sera étudiée plus tard. La collection de M. Hilton Price, de Londres, renferme trois curieux ivoires représentant de ces doubles
' REINACH, S., la Sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines, pp. 113-115 et fig. 320-327.
Instruments magiques avec figures humaïnes,
taureaux dont les pattes ne sont pas indiquées. De même que certaines figurines européennes, ils “ae au milieu du dos, un tenon
permettant de les suspendre (fig. 129) ‘ Dans certains tombeaux de la première période des on pri-