‹ Les débuts de l'art en ÉgypteChapitre 91 sur 107 · FIG. 180. — STATUE EN GRANIT NOIR · texte numérisé non relu

FIG. 180. — STATUE EN GRANIT NOIR

Musée du Caire,

laissé libre devant la figure (fig. 175). Voici comment s'exprime à son sujet son inventeur : « Au revers il n'y a ni rainure ni queue | d'aronde, la plaque est unie ; il ne semble donc pas qu'elle ait été destinée à être encastrée dans une muraille. Elle a été faite plutôt

Stèles privées et stèlesroyales

d’Abydos.

comme offrande votive. La figure est d'un type inférieur, de la variété négroide de la population préhistorique, n'appartenant ni à la race hibyenne pure ni à la race dynastique. D'après les iInsCriptions, nous devons l’attribuer aux Anou, que l'on regarde comme une population aborigène de l'Égypte. Il s’agit d’un chef du nom de Tera-Neter, « consacré à dieu », de la forteresse des Anou, dans la ville de Hemen» !. La lecture de l'inscription hiéroglyphique est extrêmement incertaine, tout au moins pour quelquesuns des signes qui la composent *. L’extrème rudesse du modelé rappelle les gravures en léger relief des stèles privées découvertes autour des tombes royales à Abydos et dont nous donnons quelques spécimens * (fig. 176).

Si l’on voulait caractériser d’un mot cette série de monuments , On dirait qu'elle trahit l’indécision. L'artiste semble hésiter sur la manière dont il doit poser ses figures; les hiéroglyphes sont gravés sans ordre, loin de la belle régularité des inscriptions de l'Ancien Empire. Ces monuments trahissent la maladresse du manœuvre qui copie des signes dont il ne comprend pas la signification. Les variantes d'un même signe sont grandes, et la publication des hiéroglyphes des premières dynasties, annoncée par M"° Petrie, mettra ce caractère bien en relief. Le contraste est frappant si l'on examine les hiéroglyphes gravés sur les stèles royales de la première dynastie et dont l’élégante noblesse n’a été surpassée à aucune époque .

C'est à cette époque, évidemment, que s’est faite la fusion entre l’art des primitifs et celui que pouvaient posséder les Égyptiens pharaoniques au début de leur occupation de la vallée du Nil. C’est également alors que le style égyptien s'affirme pour la première fois dans les ateliers royaux de la capitale sans qu’on puisse, cependant, l’imposer immédiatement dans tout le royaume nouvellement conquis et unifié. Longtemps encore on constate, dans les monuments des particuliers, le courant opposé à l’art offi-

1 PETRIE, Aôydos, 11, pl. 1 et v, 33, et D'02L

2 Atheneum, 24 octobre 1903, p. 544.

3 PETRIE, Royal! Tombs of the first dynasty, 1, pl. XxXxX-XXxv1: PE SCvIE Xxx À,

# PETRIE, Xoyal tombs of the first dynasty, 1, frontispice ; II, pl. XXXI. — AME- LINEAU, /es Nouvelles fouilles d'Abydos, 1895-1806. Compte rendu in extenso. PI. XL. Paris, 1899.

ciel pharaonique '. Je citerai, comme exemple typique, une stèle de l'Ashmolean Museum à Oxford, au nom d’un personnage appelé Iekenen. Un prêtre du double, mentionné sur la stèle, portait le nom de Persen, que l’on rencontre sur les monuments de la IVe et de la V° dynasties (fig. 177) ?.

La même opposition que nous avons constatée dans la gravure en relief, entre l’art officiel pharaonique et l'art des simples particuliers, au moins pendant les trois premières dynasties, se retrouve également dans la statuaire. Les fouilles de Hiéraconpolis en ont donné des documents probants. Deux statues représentaient un homme, un genou en terre et d’un type assez étrange. Une seule

a pu être conservée et se trouve actuellement au musée du Caire.

Le personnage est coiffé d'une perruque courte, s'arrêtant au dessus des épaules ; cette coupe de cheveux et la petite barbiche rapprochent, d’après la remarque de Petrie 3, cette statue du type d’un des porteurs d’étendards de la grande palette de Nar-Mer. Le vêtement consiste en une ceinture à laquelle sont attachées quelques minces bandelettes pendant entre les deux jambes, costume qui se retrouve sur la palette de Nar-Mer et sur les bas-reliefs de l'Ancien Empire +. Le professeur Schweinfurth attire spécialement l'attention sur la petitesse du cou, qui parait être en rapport parfait avec la longueur de la tête et le développement assez considérable des lèvres 5. Au point de vue ethnographique, M. Petrie considère que le type présente des éléments autres que Îles éléments libyen

et nègre (fig. 178)°.

l'Voir SCHWEINFURTH, die neuesten Gräberfunden in Ober-Aegyhten und die Stellung der noch lebenden Wüsten-Stämme zu der altägyptischen Bevülhkerung, dans les Verhandlungen der berliner anthropologischen Gesellschaft, 1898, pp. (184)- (185), où l’auteur parle de « Baucrnkunst » et « Herrenkunst ».

2 pe RouGé, E., Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manéthon, p. 53. — LEPSIUS, Denkmäler, 11, 83. Ma- RIETTE, les Mastabas de l'ancien empire, pp. 299-301. Paris, 1899.

3 Dans QUIBELL, Æierakonpolis, 1, p. 6.

# CAPART, /a Fête de frapper les Anou, dans la Revue de l'histoire des religions, XIII T90m p.255:

5 SCHWEINFURTH, de neuesten Gräberfunde in Oberägypten und die Stellung der noch lebenden Wiüsten-Stämme zu der altägyptischen Bevülkerung, dans les Verhandlungen der berliner anthropologischen Gesellschaft, 1898, p. (184) et fig., DD Cr82)retr(r8n):

6 QuiBeLL, ÆZierakonpolis, I, pl. 11, et p. 6; IL, pl. 1, et p. 35.

Statues de Libyens.

FiG. 181. — STATUE D'UNE PRINCESSE, Au MUSÉE DE TURIN.

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