‹ Les débuts de l'art en ÉgypteChapitre 92 sur 107 · F1G. 182. — STATUE AUX MUSÉES ROYAUX, A BRUXELLES · texte numérisé non relu

F1G. 182. — STATUE AUX MUSÉES ROYAUX, A BRUXELLES

Statue n° J du Caire.

Il n'en est pas de même pour une autre statue accroupie, dont la tête seule a pu être conservée (fig. 179), et où le même savant reconnait nettement le type croisé négro-libyen. « Les cheveux courts, légèrement bouclés, et les lèvres épaisses, dit-il, indiquent assez clairement le nègre, tandis que la figure allongée et le nez bien formé sont dus au sang libyen » !. Les yeux étaient incrustés, et on ne distingue aucune trace de fard. M. Petrie raconte qu'il rencontra en voyage un individu présentant un type absolument identique. En s’informant, il apprit qu’il avait affaire à un Américain, vraisemblablement des États du Sud, d'origine négro-européenne *.

Il convient de rapprocher, de la première de ces statues, la statuette n° 1 du Musée du Caire et que M. Maspero attribue à la IIT- dynastie. Il a écrit à ce sujet quelques lignes que je juge nécessaire de transcrire ici. « La facture, dit-il, en est archaïque, mais plus grossière encore qu’archaïque. On sait quelles différences de technique et de style des œuvres appartenant à un même règne peuvent offrir, selon qu'elles ont été exécutées dans l'entourage même du souverain, dans une grande ville policée ou dans une localité éloignée de la cour... Il faut, pour apprécier l’antiquité relative d'un monument, tenir grand compte de la localité d’où il provient et de l'importance qu'avait cette localité au moment où il a été fabriqué. Memphis, ou la ville qui la précéda, était fort obscure avant la V° dynastie, et la royauté n’y résidait pas encore. On ne devra donc point s'étonner si ses monuments sont plus rudes que ceux qu’on découvre dans les cités où le Pharaon fréquentait, Thinis-Abydos ou à Kom el-Ahmar, par exemple, et ce serait une erreur, les comparant avec les bas-reliefs soignés de Khâsakhmoui ou avec les palettes dédiées par Besh, de conclure de leur infériorité qu'ils sont beaucoup plus vieux que ces derniers objets. Notre statue est une œuvre provinciale, et peut-être son importance estelle moins un indice d’antiquité très reculée qu’une preuve de la gaucherie des artistes qui vivaient alors dans le nome memphite » :

(fig. 180).

! Dans QUIBELL, ÆZierakonpolis, 1, p. 6 et pl. vet vi; IL, p. 36.

* PETRIE, ‘ke Rise and Development of Egyptian Art, dans le Yournal of the Society of Arts, XLIX, T907, p. 594.

% MasPERo, Texte de /e Musée: égyplien, |, p. 13. La statue est figurée

in ut

FiG. 183. — SraTurE DE NESA, AU MusÉE pu LOUVRE.

; - fane OSTATUE DE no

Ashmolean Museum, a Oxford.

On ne peut mieux exprimer le dualisme entre l’art officiel, l’art des maîtres et l'art des sujels, l'art des paysans, pour prendre l'expression de Schweinfurth. L'art des paysans est la suite logique de l’art des primitifs et, dans les débuts de l'occupation # égyptienne, il ne se transforme radicalement que dans le voisinage immédiat de la résidence du maître. On pourra constater un phénomène analogue dans l’histoire des débuts de l’art thébain, lorsque le pouvoir politique se transporte de Memphis à Thèbes. Tout récemment, M. le professeur Spiegelberg, de Strasbourg, a publié une excellente histoire de l’art égyptien, où il explique les développements successifs de cet art par la lutte constante entre l’ar/ populaire (Volkskunst) et l’ar/ de la cour (Hofkunst), a Lart pro- 7 2 (Profankunst) et l’art re-

entre

ds ADS es ligieux (Keligôsekunst) '.

Statues archaïques.

On doit rattacher à la statue du Musée du Caire toute une série de monuments auxquels j'ai fait allusion au début du

livre : ce sont des statues archaïques conservées dans divers musées européens, à

Bologne, Londres, Berlin, Tu-

F1G. 185. — STATUE DE KHASAKHMOUI.

Ashmolean Museum, à Oxford.

pl. xin. — Voir, en outre, DE MORGAN, Xecherches sur les Origines, spl nv

et pp. 253-254.

1 SPIEGELBERG, Geschichte der ägyptischen Kunst im Abriss dargestelll. Leipzig, 1903. Je comprends, sous le nom d’art profane, les monuments artistiques crées

rin, Leide, Bruxelles, Naples et Paris et qui conduisent, par une lente gradation, aux chefs-d'œuvre réalistes des IV® et V° dynasties !. Nous en donnons quelques spécimens dans les figures FOI d 102:

Nous citerons encore un seuil de pierre découvert à Hiéraconpolis et décoré d'une tête humaine. L'artiste a eu l'intention évidente de représenter un captif écrasé par les battants de la porte ?.

Nous venons de voir ce que fut la sculpture des premières dynasties, en dehors des œuvres officielles. Les statues royales nous sont connues jusqu'à présent par deux spécimens seulement. Ceux-ci suffiront cependant à nous montrer toute la distance qui les sépare des sculptures privées, distance analogue à celle que nous avons constatée précédemment dans la sculpture enrelief.

Ces deux statues ont été découvertes à Hiéraconpolis et portent a. le nom d’un roi quise place vrai- Pa semblablement vers la fin de la

IT: dynastie ou au début de la ITIT°3.

DiG. 186: — TETE DE LA STATUE M. Weill en a donné une des- DE KHASAKHMOUT. cripüon fort précise : «7, deux Ashmolean Museum, à Oxford. petites statues assises, d’une fac-

ture étrange et délicate, presque

par la religion populaire, suite des croyances de l’époque primitive, en opposition avec la religion officielle des envahisseurs pharaoniques.

1 CApART, Æecueil de Monuments égyptiens. Notice des pl. 11 et 111.

2 QuiBELL, Aierakonpolis, 1, pl. ut et p. 6; IL, p. 36.

3 MASPERO, Guide du visiteur au Musée du Caire. Le Caire, 1902, p. 165 : «de la IIIe dynastie ME NAVILLE, les Plus Anciens Monuments égyptiens, \IT, dans le Aecueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, XXVN, 1903, pp. 237-239: «un roi de la Ille dynastie ». — PETRIE, History of Egypt, 1, 5° éd., 1903, pp. 27, 27”, 28, 28*, 29, qui distingue deux rois. les 8 et 9 de la ITe dynastie ; dans QUIBELL, ÆZierakonpolis, 1, p. $ : «after the Ist dynasty, and probably not before the middle of the II" dynasty ».

Statues du toi Khäsakfhmoui.

frêle, extrèmement éloignée dela statuaire un peu massive du début de l'Ancien Empire. La première statue, en calcaire, est brisée et privée de tout le haut du corps ; la tête, ramassée à part, a une expression extraordinaire, très jeune, mélancolique et sérieuse. L'attitude et le costume sont les mêmes que Ceux que nous montre l’autre statue, en schiste, qui est a peu près intacte. Le corps est drapé dans un vêtement tombant, largement ouvert sur la poitrine, avec des manches qui habillent lé bras usquaur poibnet +2 L'avant-bras gauche est replié contre le corps, le poing droit repose sur le genou et tient l'extrémité d’un sceptre. Ea tête porte la srande tiare blanche. .? Les deux statuettes ont leurs socles entourés de souples dessins à la pointe, qui représentent des multitudes mises en déroute, des figures d'hommes culbutées dans les positions les plus singulièrement inattendues et variées. Des chiffres d’ennemis tués accompagnent ces petits tableaux, et devant les pieds de la statue se trouve gravé le cartouche de l’Horus Khâsakhmoui ! ». On a remarqué que l'œil était orné de traits de fard l’allongeant jusqu’à l'oreille et dont la mode, d’après une théorie émise par M. Borchardt, n’apparaiîtrait qu'à la VIe dynastie *. Ces

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FiG. 187.— STATUETIE DE LION EN TERRE CUITE.

Ashmolean Museum, à Oxford.

IAVEILL, R:.; Hiéraconpolis et les Origines de l'Égypte, dans la Âevue archéologique, 1902, Il, p. 123. — QuiBELL, Æierakonpolis, 1, pl. xxxIx-XLI et p. 11; lp" 44e

3 BORCHARDT, Ÿber das Alter des Sphinx bei Giseh, dans les Sitzungsberichte der hôniglich preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, XXXV, 1897,

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