INTRODUCTION
Le journal manuscrit de l'écrivain bordelais Bernadau, intitulé Tablettes, ne concerne pas seulement l'histoire de Bordeaux, mais aussi l’histoire générale. Bien que souvent consulté où même cité, ce document n'a encore été l’objet d'aucune publication. J'ai cru rendre service en transcrivant la partie la plus intéressante du tome I des Tablettes. Voici quelques renseignements sur la vie de Bernadau, sur son œuvre !, sur le manuscrit de son Journal et sur la méthode que nous avons suivie, en le publiant ?.
Le rôle de Bernadau dans la Révolution
Bernadau est un homme de la Révolution. Il l'a vécue tout entière. Il est né à Bordeaux en 1762, pour n'y mourir qu'en 1852, et encore d'accident. Il a vu devant lui défiler les régimes et il s'estadapté à chacun aussi bien qu'il a pu. Avocat-clerc sous l'ancien régime, homme publie sous la Révolution, il devint archiviste et professeur d'histoire de Bordeaux sous le Consulat, suppléant de” juge de paix et commissaire de police sous l'Empire. Quand la seconde République eut succédé à la Restauration, il réserva les forces qui lui restaient pour terminer ses travaux d'histoire, et il ne parut plus en public que pour les distribulions de prix. Au total, c'est au moment de la Révolution qu'il vécut ses plus belles années ; la Révolution occupe ainsi le centre de sa vie.
1. Voir sur la vie et sur l'œuvre de Bernadau, une étude d'Aurélien Vivie; intitulée l'Hislorien Bernadau, Noles biographiques el bibliographiques (1762-1852?) dans les Actes de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arls de Bordeaux, 62° année,
2. Nous indiquons dès maintenant nos abréviations courantes : A. C., mis pour Archives communales ; A. D., mis pour Archives dépagtementales ; B. M,, mis pour Bibliothèque municipale,
En 1787, Pierre Bernadau a 29 ans. Il est célibataire el le restera toute sa vie: il passe son temps à prendre ses grades el va être avocat : il s'intéresse à la vie publique et il s'intitule déjà patriote. En tant que patriote, il se déclare l'ennemi des royalistes, l'ennemi de l'archevêque Champion de Cicé, et le grand ami du Parlement. Son père, brave maitre vitrier, le représentera plus lard comme un républicain d'avant la date, mais Bernadau n'est pas en avance sur son temps. !
Entrainé plutôt par son tempérament balailleur que par les nouveaux principes, il rompt ses premières lances, comme pamphlélaire, en 1789, quelques jours après avoir écrit à l'Assemblée nationale pour obtenir des éclaircissements sur la liberté de la presse. Le duc de Duras, commandant des troupes patrioliques bordelaises, avait envoyé 300 hommes dans le Médoc pour réprimer une émeule de paysans. Qualre d'entre eux furent arrêtés. Bernadau voulut les défendre. Dans un mémoire audacieux, il erut pouvoir malmener le duc, ses proches el ses admirateurs. L'affaire faillit tourner mal pour l'honnèle pamphlélaire qui, pris de peur, se rétracla.
Au lieu de réfréner son ardeur, il S'engagea bientôt dans une nouvelle aventure. Il voulut publier les délibérations des commissaires chargés de rédiger un règlement pour les troupes palriotiques. Mal lui en prit encore cette fois. On l'arrêla, et il resta détenu pendant 57 heures dans la prison de l'hôtel de ville. On lui infligea un mois d'arrêls, et l'on retint quelques papiers compromettants saisis à son domicile.
Bernadau se pose en victime, au nom de la Déclaration des droits. Il fait vainement appel à ses concitoyens qui lui donnent seulement ?? voix en 1790, lors des élections municipales. Heureusement la Conslitution survient, et, avec la Constitution, Bernadau se jacobinise.
Il'inaugure ses succès en oblenant les félicilations de l'Assemblée nationale, pour la traduction de la Déclaration des droits en patois gascon. Îl se rend important, comme il l'aime, en prenant pied dans une association polilique, « Les Surveillants de la Constitution » |.
1. Les registres des délibérations des Surveillants de la Constitution se brouvent aux Archives communales de Bordeaux. On y trouve aussi, dans le earton S?, un dossier Bernadau, très intéressant à consulter,