INTRODUCTION XXV
Nos extraits.
Si le principal mérite de Bernadau a été, dans le tome I des Tablettes, de deviner la grande crise prochaine et d'analyser ses origines, nous ne le trahissons pas, en nous contentant detranscrire les passages qui se rapportent aux origines de la Révolution. D'autre part nous croyons rendre service aux véritables historiens qui exploitent les histoires locales en vue de l'histoire générale. Nous avons pensé que la narration trop copieuse de l'annaliste risquerait de les rebuter et, en n’en publiant que des extraits, nous avons voulu la leur rendre accessible.
En principe, la question capitale des origines de la Révolution nous à donc seule guidé, dans notre choix des passages à conserver. Toutefois, dans le détail, nous avons eu à tenir compte de Ja manière dont Bernadau présente les faits. Tantôt le commentaire de l’annaliste à par lui-même la valeur d’un document. D’autres fois, et ce cas est bien plus fréquent, le commentaire oiseux semble de mauvais aloi. En conséquence, nous avons eu à distinguer la valeur de la forme à côté de la valeur du fond. Nous avons pris le parti de rejeter les passages médiocres par le fond et par la forme; nous avons analysé ceux où la forme faisait tort au fond !; nous avons reproduit in-extenso ceux qui mentionnaient des fails essentels, et qui les présentaient d’une façon satisfaisante.
Pour expliquer notre choix mieux encore, nous croyons devoir présenter au lecteur une classification par matière, des passages que nous avons laissés de côté, de ceux que nous avons reproduits en partie ou simplement analysés, de ceux enfin que nous avons transcrits in-extenso. Cette classification est inspirée en partie de la table générale, dont Bernadau a pourvu le tome I de son journal. Ont été laissés de côté les passages ayant trait à la pornographie, ceux qui mentionnent de simples faits divers, des remèdes et des recettes, ceux qui reproduisent des extraits d'ouvrages ou de journaux et des morceaux littéraires sans valeur, ceux qui pré-
j, On trouvera, dans notre texte, ces analyses en pelits caractères elentre crochets,
sentent des observations de statistique, ceux qui rendent comple de faits n'intéressant que la biographie de Bernadau ou que la chronique locale de Bordeaux ou d’autres villes, ceux enfin qui sont de la pure phraséologie ou qui consistent en une suite d'insultes injustifiées. Ont élé reproduits en partie ou simplement ‘analysés les passages qui présentent des comptes rendus trop détaillés d'événements peu importants, ceux où le commentaire fait trop perdre de vue les faits utiles à connaître, ceux qui mentionnent un personnage historique égaré dans une foule d’inconnus. Ont été enfin transcrits en entier les passages qui nous renseignent sur les initiatives intéressantes de la population ou des autorités de Bordeaux, sur l’évolution de la crise révolutionnaire, sur les circonstances qui l’ont déterminée, sur les mesures prises par le Pouvoir central, enfin sur lé contre-coup qu'ont pu avoir en province les grands événements politiques survenus à Paris. Les passages de celle dernière espèce, qui sont les moins nombreux, aux premières pages des Tablelles, se ‘multiplient aux approches de 1789, et après le 14 juillet, ils fournissent à eux seuls presque toute la malière de la Chronique que, dès lors, nous avons pu suivre de très près.
Dans les exemples qui vont suivre, l'on trouvera, à la fois la démonstration et, nous l’espérons, la justification de la méthode que nous avons adoptée.
Les dix premiers exemples porlent sur des passages que nous n'avons pas reproduits.
PREMIER EXEMPLE Pornographie.
On lit, à la date du 17 mars 1787, p. 21 du manuscrit :
«Il vient de se former rue c'e la Course, derrière le Jardin-Public, un élablissement quimontre combieu la police est indifférente sur Lout ce qui peut porter alleinte aux mœurs publiques. C’est un cabaret borgne, nommé vulgairement le Café de la Tisane, où l’on trouve des plaisirs faciles au rabais. On peul y amener une femme el demander une chambre particulière que l'on destine au Lèle-à-têle, sans que l'on exige autre chose que du silence et un petit écu. Lorsqu'on n’a pas à qui parler, l'abbesse vous fournit au même prix une jeune fille, etc...»
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Point n'est besoin d'achever la citation. Elle commence par un mol assez banal sur la police. Elle ne pourrait intéresser qu’un historien de La proslitulion à Bordeaux: nous n'en connaissons pas. Aussi bien, le fait mentionné ne fail pas date. Dans ces conditions, il mérile, sous tous les rapports, de demeurer dans loubli.
DEUXIÈME EXEMPLE Anecdotes et faits divers.
On hit, à la date du %5 seplembre 1788, p. 330 du manuscrit:
«Aujourd'hui un vilrier nommé Daugas el’ sa belle-mère sont morts: empoisonnés par des champignons achetés au marché. Tous les secours de la médecine n'ont pu leur prolonger leurs jours au delà de 24 heures et l'on vend des cèpes ! »
L'événement est à classer dans la catégorie des simples faits divers. À supposer que Bernadau ne l'ait pas inventé, sans doute ne le mentionne-t-il que pour souligner la perpétuelle insouciance du public et de l'administration. Dans ces conditions, l'événement cité ne nous intéresse pas.