‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 25 sur 47 · Le Château-Trompette, sur l'emplacement des Quinconces · texte numérisé non relu

Le Château-Trompette, sur l'emplacement des Quinconces

4. Ou l'Ombrière, en avant du Palais de justice, appelé Palais de l'Ombrière,

L'OPPOSITION DU PARLEMENT Hoi

qui ne pouvait avoir d'existence que dans la tête des mauvais citoyens toujours intéressés à aggraver les torts d'une jeunesse fougueuse, mais honnête. Ces sages représentations eurent tout leur effet. Les soldats ne sortirent pas plus que les conjurés antiroyalistes. Pour témoigner au généreux militaire l'estime qu’on faisait de sa personne, les jeunes Bordelais avaient concerté de le couronner aujourd'hui au speelacle. Il s'en est absenté, et son nom n'en à pas moins été répélé par la multitude.

Il paraît que les présidiaux de Périgueux et de Mont-de-Marsan ne sont pas plus décidés à enregisirer les nouveaux édits que ceux dont nous avons aussi les prolestalions. Celui de Condom a seul faussé compagnie, s'ennuyant de n'être rien et présumant que sa condescendance peut le faire devenir qnelque chose.

19 juin. — On à soupçonné, avec quelques probabilités, que l'archevêque, les jurals ou autres ennemis des Bordelais, avaient fait afficher des placards séditieux qui tendaient à persuader aux royalistes qu'il y a de la fermentation dans cette ville. On faisait publier que la jeunesse avait dessein d’incendier la maison de plaisance de l’archevêque, de lapider les jurats, et autres extravagances qui ne peuvent éclore que dans de mauvais cerveaux.

23 Juin. — Malgré la diversité des relations particulières sur ce qui vient de se passer à Grenoble à l’occasion de l'exil de son Parlement !, la sédition doit avoir eu des suites terribles, puisque M. de Fumel a défendu à nos imprimeurs de prêter leurs presses aux détails qu'on voudrait en publier. Nous devons présumer par cela même qu'il y a eu du carnage, mais que le nombre des victimes de l’émeule n'a pas été moins exagéré dans cette occasion que dans toute autre pareille. Ne débile-t-on pas au loin qu'il y a eu 130 hommes de tués, lors de la fête donnée au premier président, landis qu'il ne s’y est pas donné une chiquenaude ? Des femmes, à la vérité, ont été cavalièrement traitées par la foule et la licence a profité de l'obscurité. Mais cela ne suppose ni sang répandu, ni morts.

25 juin. — Nos Bordelais, qui ont coutume de donner le ton aux habitants de toutes les provinces de France, se sont laissé pré-

1. Cette allusion plutôt vague est d'un homme à demi renseigné. Si les Tablettes avaient été rédigées après coup, Bernadau n'aurait pas manqué de compléter son information,

venir dans celte occasion par les Dauphinais et les Béarnais ; mais peut-être iront-ils plus loin qu'eux, dans leur enthousiasme patriotique. On a trouvé aujourd'hui des affiches par lesquelles la jeunesse est invilée à se rendre dimanche au Jardin Public, pour y aviser aux plus prompts moyens de rétablir le Parlement dans ses fonctions !.

Le ministre a exilé M. de Cardenaux, assesseur au présidial de Dax, patriote instruit el zélé, qui avait engagé son tribunal à revenir sur l'enregistrement des nouveaux édits, et à protester contre son érection en grand bailliage, auquel on l'avait fait acquiescer adroitement.

30 juin. -— Notre intendant est de retour de la tournée faite dans la généralité pour y faire enregistrer les nouveaux édits et recruler des officiers des tribunaux projetés. Jl a été mal reçu parlout et sa mission ne pourra que lui ètre personnellement utile. La Cour lui doit quelque gratification pour le dévouement avec lequelil a été recueillir le mépris et l’exécration qui ontaccueilli ses propositions.

(Pamphlets contradictoires : pamphlet royaliste intitulé L'Évangile du Jour; pamphlet patriote intitulé l’Ode du Patriote.

1 juillet 1788. — La nouvelle de l'expulsion des ministres, adroitement semée par le gouvernement, a empêché l'assemblée des 3.000 jeunes gens en question, et peut-être a arrêté la fermentation populaire.

Nos colporteurs font circuler secrètement une brochure intitulée Quelle est l'origine des États-généraux, attribuée à M. Linguet ?.

9 juillet. — Les présidiaux de Tulle et de Limoges ont enregistré sans protestation les nouveaux édits, el le peuple de ces deux villes s’est vengé de ces tribunaux infâmes par les sarcasmes les plus violents, jusqu'à pendre l'effigie de leurs chefs.

Il semble qu'une Providence particulière veille sur cette province qui, quoique privée de ses juges, ne se ressent presque pas des suites que cette calamité entraîne. On ne cite que deux bandes de voleurs, l’une près de Castres, l’autre près de Cubzac; encore on se plaint peu d'elles.

1. Bernadau semble n'avoir pas connu une adresse de la Noblesse de Guyenne,

datée du 25 juin 1788, et rédigée en faveur du Parlement contre l'illégalité des me-

sures prises par les ministres. A. D., Gir., Archives non classées, carton des Etats généraux.

?. Il s'agit de Simon Linguet, avocat et publiciste né à Reims (1736-1794).

Le commandant, alarmé des bruits publics qui nous annonçaient une révolle prochaine, el présumant que les compagnons de tout mélier ne seraient pas les derniers à y prendre part, envoya chercher, ces jours passés, le sieur Laclote !, l'un de nos plus renommés architectes, afin de lui demander des renseignements sur cet objet. Celui-ci lui répondit que parmi le grand nombre d'ouvriers qu'il employait, il avait découvert des dispositions à se battre pour le Parlement au moindre signal, et que ces gens pouvaient d'autant plus être redoutables, qu’on en comptait de 15.000 à 16.000 à Bordeaux. |

12 juillet. — Pour empêcher qu'on ne lui prouve qu'il n'a pas raison, le roi vient de faire un arrêt qui casse les protestations, arrêtés et remontrances faites depuis le 8 mai dernier, par tous Corps, Communautés, Assemblées et Compagnies de justice, comme altentatoires à la majesté royale et capables de donner et de fomenter des idées fausses et la révolte parmi les peuples. Cet arrêt annonce que la Cour tient à ses premiers projets, et qu’elle emploiera la force pour les mettre à exécution. Si les voleurs pouvaient aussi en faire, ils prohiberaient les reverbères et interdiraient les patrouilles. On l’a d’abord vendu sous le manteau, comme un mauvais ouvrage, et lorsqu'on a vu qu'il n’indignait pas le public, on l'a affiché, mais sans aucun visa. On ne conçoit pas comment on a dérogé à la formule d'usage, en négligeant d'y joindre l’attache de l’intendant et du commandant.

13 juillet. — Un particulier bien mis parcourt les maisons de tous les gentilshommes de cette ville auxquels il présente à signer des représentations de la Noblesse de Guyenne au roi, qu'il dit avoir été rédigées par un comité de gens de distinction el d’après le vœu général ?.…

14 Juillet. — Les présidiaux de Brive, d'Uzerche et de Saint- Yrieix se sont loyalement comportés dans l’enregistrement qu’on leur a ordonné de faire des nouveaux édits. Leurs officiers n'auront

1.Probablement Jean Laclote (17321791), frère d'Étienne: Laclote, le rival du fameux architecte Louis.

2. Il s'agit sans doute de l'adresse que nous avons mentionnée en note à la date du %5 juin. Elle était signée de Castelnau, de Pontac, de Secondat, de Canolle, de la Gorse, de Sarreau, Dupérier de Larsan... Parmi les signataires, au nombre de 120, beaucoup se rétractèrent bientôt. Le particulier, chargé ,de recueillir les signatures, entourait de mystère sa prétendue mission.

pas à redouter les pasquinades dont on accable ceux de Limoges. Un chevalier de Saint-Louis ayant eru devoir enlever du pilori les portraits au pastel de M. Rouilhac le lieutenant général et de son secrétaire Hérilé, on a fail courir dans Limoges une requête des pénitents rouges qui réclament l’elfigie pendue, attendu qu'ils ont seuls le droit d’emporter du gibet les suppliciés.

15 juillet. — Nous avions omis de rappeler que le sénéchal du Mont-de-Marsan, le présidial de Périgueux, et le tribunal des monnaies de Bordeaux ont publié le mois dernier des arrêtés en protestation contre les nouvelles lois, et que le Bureau des trésoriers continue toujours ses fonctions.

16 juillet. — [Énumération de pamphlels et d’auleurs de pamphlets, parmi lesquels Vergniaud] 1.

On a beaucoup crié dans le Lemps contre le commandant et l’intendant de Montauban qui ont traité avec la dernière hauteur les officiers de la Cour des Aides de cette ville, lorsqu'ils y ont été faire enregistrer militairement les nouveaux édits.

24 juillet. — Il s’est tenu la semaine dernière une assemblée des officiers du Parlement chez les Cordeliers ?, après soleil couché. Elle a été prolongée jusque bien avant dans la nuit. M. le Premier Président et les gens du roi en sont sortis les derniers. On aura choisi ce lieu et cette heure, afin de ne se compromettre en rien dans cette ville, ainsi qu'à la Cour, où l'on cherche un prétexte pour l’exiler.

26 juillet. — On a trouvé des placards portant invitation aux citoyens d'aller enlever les magistrats exilés, pour les faire siéger au Parlement, et empêcher l'installation prochaine des bailliages.

I vient de paraitre un arrêté très prolixe du sénéchal de Dax et pays de Lannes, sous la date du 12 du précédent, par lequel les magistrats protestent contre les nouveaux édits attentatoires aux privilèges des trois États de la sénéchaussée, qu'on a déjà dépouillés à diverses fois. C’est l’histoire générale des Français

1. Bernadau n'indique pas les titres des pamphlets de Vergniaud. Il nomme avec lui l'avocat Lumière (1742-1794), créateur du club monarchique, l'avocat Duvignau (1752-1794) et encore l'avocat Grangeneuve (1751-1793) un des membres du futur parti girondin.

2. Dans le quartier Saint-Michel, éloigné du centre de la ville,

27 juillet. — Depuis plus de trois mois, le prix des grains augmente graduellement dans nos marchés, sans que celui du pain change !.

30 juillet. — M. Buhan, syndie des avocats, est de retour de son exil dont il a oblenu la révocation, atlendu la mort de son père. Il a été en même Lemps permis à son confrère Plassant, d'habiter à Agen, ainsi qu'il l'avait demandé.

[Résistance obslinée du président de Brive. Il refuse d'enregistrer les ordonnances apportées par l’intendant}.

31 juillet. — On assure que l'état-major de Champagne a délipéré de se refuser à Loule expédition tentant à opprimer la liberté civile, et de regarder comme illusoire {out ordre ministériel qui aurail pour principe autre chose que le service militaire. C’est le troisième régiment qui ait pris une pareille résolution. Elle est bien propre à lui ramener l'affection des Bordelais.

7 août 1788. — Deux régiments d'infanterie ont passé à Libourne pour se rendre à Pau, où on voudrait défendre un reste de liberté expirante.

12 août. — Il à paru un petit nombre d'exemplaires de la Lettre d'une Dame à son Amie sur le {ort que faisait au sexe la situation critique du royaume. Plus de conversations amusantes, plus de divertisements, depuis que la politique occupe toutes les têtes.

15 août. — « Convenez que M. de Maupeou n’a pas fait aux Parlements aulant de mal comme le système actuel leur en fait, disaiton ces jours derniers, à M. Dudon?. — Oui, répondit cet adroit magistrat, nous avons reçu un lerrible coup de crosse 3. »

17 août. — La petite poste a rendu dans plusieurs maisons de la ville, un imprimé de deux feuilles, sous le titre de : Leïtre du maire de Calais sur la nouvelle érection des jurats. On ÿ malmène ceux qui, chargés de l’administration municipale, la sacrifient tous

1. Voir, à ce sujet, la correspondance des jurats, A. C., Bordeaux, BB, 1786-1788. Une indemnité fut d'abord accordée aux boulangers Dans quelques lignes que nous ne croyons pas devoir reproduire, Bernadau accuse les jurats de détourner l'argent à leur profit.

2. Jean-Baptiste Dudon (1750 1793), avocat général en 1771 au Parlement Maupeou, avait dû rentrer dans la vie privée, lors du rétablissement des anciens parlements, à l'avènement de Louis XVI. Son père avait mené vigoureusement la lutte contre les Jésuites, en 1762.

3, Allusion à Loménie de Brienne, en sa qualité de cardinal.

les jours à leurs intérêts. En effet, on dit que la Cour, sans res- . Z A À \ LE LT

pect pour nos privilèges, à pourvu aux charges vacantes à l'Hôtel

de Ville, et que des lettres de cachet, foudres:qui luent et vivifient

indifféremment, ont donné l'investilure de jurats gentilshommes à

MM. Duval, la Roche Delpy, de procureur syndic au clerc de ville Lamontagne, et de clergie, à l'avocat Lussac!. La lettre dont nous parlons, aussi vigoureuse que sensée, provoquera le remords et la honte.

Les ordres qui rendent les syndics des avocats à leurs foyers sont enfin levés. Maitre Plassan est de retour ici, et reçoit force visites.

19 août. — M. Duvernant, fermier général en tournée, a écrit à M. de Gercy que, pour éviter les insultes des Béarnais chez lesquels il est actuellement, il avait été obligé d’arborer comme eux le ruban blanc au chapeau, enseigne que les patriotes armés pour le maintien de leurs privilèges attaqués, ont pris en mémoire du panache d'Henri IV, leur compatriote.

21 août. — On a transféré dans les prisons de la Cour des Aides: et à l'Enclos des pauvres une partie des malheureux qui peuplent le Palais. Leur sort est des plus cruels sous quelque rapport qu'on l'envisage. Plusieurs citoyens généreux leur envoient des soulagements; et, pour les distraire, on leur fait passer le Journal, la Gazelte et le Mercure de France

22 août. — Nos boulangers ne cessent de demander qu’on hausse le prix du pain, qu'ils font d'ailleurs très mauvais. On vient enfin d'accorder à cette Compagnie une indemnité de 6.000 livres par semaine ?, ce qui ne les compense pas de leurs pertes, attendu l'accroissement journalier du prix des grains de la province. Au marché de la Réole, on a vendu le froment vieux 23 livres le sac, le nouveau 20 livres 10 sous, la méture 19 livres, le seigle 15 livres, l’avoine 9 livres 10, le blé d'Espagne 14 livres, les fèves 14 livres, le millet 11 livres 10, le panic 10 livres, le pésillon 3

1. Le fait remontait au 7 août. A. C., Bordeaux, BB, correspondance de Jurade, 1786-1788. Lettre de M. de Villedeuil aux jurats.

2. Dès le 8 août, la Jurade avait mis 2.400 livres par semaine à la disposition des boulangers. A. C., Bordeaux, 83, Reg'stre de Jurade, délibération du 8 août. A la date du 20, l'intendant écrivait aux jurats pour leur transmeitre un blâme du contrôleur général, qui prèchait les économies. A. C., Bordeaux, Registre de correspondance, 1786-1788. Bernadau est donc injuste à r egard des jurats.

3. Pésillon, comme pesette, un des noms provinciaux de la vesce.

13 livres 10, le chanvre 40 à 45 livres la rame, le minot 23 livres 10, la semoule 22 livres 10, le pésillon fin 19 livres 10, la repasse fine 14 livres 10 le boisseau de HIS livres.

Le journaliste Gaufreleau ! a reçu une vive mercuriale de son censeur à l'insu duquel il a annoncé les sentiments d'Henri IV sur l'inamovibilité des Parlements, ouvrage plein de choses hardies qui pourraient choquer le ministère et occasionner des désagréments à M. Barennes ? qui serait taxé de mal penser du gouvernement en permellant l'annonce d'un écrit clandestin et républicain. |

29 août. — Un courrier expédié par les députés de la Chambre de Commerce &e Bordeaux ayant apporté la nouvelle du renvoi du principal ministre, presque tous les négociants ont illuminé leur maison en mémoire de cet heureux événement ?.

30 août. — Quelques défenses qu'elle ait reçues du commandant, la Noblesse de Guyenne s’est assemblée nuitamment en divers lieux pour les représentations qu'elle a adressées au roi sur les affaires du temps. Il y a longtemps que cette démarche auraît dû être faite, et on ne doit aucune reconnaissance à ces Messieurs pour s'être occupés si tard de la cause commune. Le mémoire envoyé sans députés est, dit-on, plein de recherches sur les privilèges de cette province,.bien déchue de ce qu’elle était autrefois

2 septembre 1788. — Le numéro 3 du Monileur, quoique très couru, n’est pas de la même force des précédents. Il roule sur l'établissement des Assemblées provinciales, l'autorité des Parlements, et les autres. M. Saige est l'auteur du pamphlet f.

6 septembre. — On avait affiché hier la Partie de chasse d'Henri 1V, à la demande générale, quoiqu’elle n’eûl pas été faite

1. Gaufreteau, sieur de la Gorce (1744-1820), un des fondateurs du journal de Guienne qui parut de 1784 à 1792, le rival heureux de Bernadau, et son bouc émissaire.

2. Raymond Barennes (1739-1800), professeur de droit français à l'université de Bordeaux, censeur du journal de Guienne, devait jouer un rôle important dans la Révolution à Bordeaux. Il fut l’examinateur bienveillant de Bernadau qui lui en garda une grande reconnaissance.

3. La Jurade avait été renseignée par une lettre de M. Servat, datée de Paris, le 26 août. A. C., Bordeaux, BB, 1786-1788, Registre de correspondance.

4. L'avocat Saige, mort en 1804, et non le maire de Bordeanx qui devait être guillotiné en 1793.

en public. Les patriotes enthousiastes de M. Necker, rappelé en Cour, n’ont pas manqué d'applaudiren son honneur tous les traits que renferme celte pièce à la louange de Sully. Comme on commencçait le ballet des Béarnais qui la suit, on a demandé le direcleur qui a paru sur-le-champ. Alors une voix du parterre lui à dit que le public voulait grand bal dimanche.

7 septembre. — Il paraït que la Cour est frappée des accès de l'opinion publique, qui se prononce de toute part contre la mauvaise administration de la France. Une révolution dans les choses est sur le point de succéder à celle des idées.

9 septembre. — M. de Fumel, qui avait déjà défendu au gardien des petits Carmes de souffrir aucune assemblée dans son couvent, n’a pu empêcher que les notables de Bordeaux ne s’y assemblassent de nouveau pour rédiger leurs nouvelles protestalions sur les nominations faites illégalement aux places vacantes à l'hôtel de ville. Elles sont signées de 57 ciloyens tant notables actuels que passés, el de MM. Gauffreteau, de Châteauneuf, la Faye et Verdery, nommés de nouveau lés deux premiers, jurats gentilshommes, et l’autre jurat avocat !. Cette pièce est plate, mais précieuse dans l'occurence.

12 septembre. — Cette fameuse molion de notre noblesse au roi paraît enfin sous le titre de Mémoire pour la Province de Guyenne, Gascogne et Périgord, d'environ 40 pages in-12. Ce n’est qu'un ceuion ? de vieilles ordonnances et chroniques dont on tire lant bien que mal des indications pour assurer nos restes de privilèges, el faire connaître ceux que nous avons perdus. Une érudition superficielle et mal digérée est ce qui fait le fond de cette œuvre somuifère attribuée à maître Lumière. Elle est souscrite de 400 gentilshommes dont quelques-uns de mauvais aloi. On apprend, dans la Icitre d'envoi à M. de Villedeuil secrétaire au département de Guyenne, que M. de Fumel s'était refusé non seulement à signer ce mémoire, mais encore à l'adresser en Cour, alléguant qu'il était l’homme du roi auprès du peuple, comme s’il n’était pas aussi,

1. Les nouveaux jurats renonçaient à remplir leurs fonctions, comme le montre une lettre adressée, le 13 septembre 1788, à M. de Villedeuil par les jurats en exercice. L'avocat Gensonné, le futur Girondin, désigné comme clerc de ville, refusa de son côté, à la date du 13, après avoir accepté. A. C., Bordeanx, BB. 1786-1788, registre de correspondance.

2. Habit fait de morceaux, s'emploie, par extension, pour compilation,

disent nos chevaliers, l’homme du peuple auprès du roit.

19 septembre. — Jamais le parterre n’a joui d'une aussi grande licence; il est vrai que la police n'a jamais eu tant de raisons de se relâcher de sa sévérité. Elle est si honnie, et le publie est dans une telle effervescence de patriotisme, qu'il serait dangereux de le contredire.

21 septembre, — Vu l'augmentation des comestibles, les garçons cordonniers ont demandé une augmentation de leurs prix, et ont refusé de rentrer dans les boutiques, jusqu'à ce qu'ils l’aient «blenue. Les maîlres se sont plaints de cette rébellion et la police a cru devoir la dissiper parla force, moyen injuste et odieux. Il était plus raisonnable d'entendre les parties, avant d'en punir aucune. En conséquence, le guet à cheval ayant rencontré un gros de nos braves crépins, a cru devoir les disperser pour en emprisonner quelques-uns. Mais ils avaient des armes et du courage; il: ont chargé vigoureusement la milice bleue qui a été obligée de prendre la fuite ?.

24 septembre. — Le dernier écrit de M. Necker, et plutôt encore sa rentrée au ministère, a victorieusement dissipé les doutes élevés sur sa probilé par M. de Calonne. On a trouvé aujourd’hui sur la place Royale une pelite potence à laquelle était pendu le nom de cetex-contrôleur général. Le sieur Duprat, capitaine du port, ayant fait le rapport de cette caricature aux jurats, ils l'ont incessamment fait enlever. Le lendemain, un placard, mis à la porte de la Bourse, avertissait les patriotes de se défier du capitaine Duprat, qui joignait aux titres de mauvais citoyen et de colbertiste celui d’espion de la police. Cette annonce atteste le délire général. Un subalterne peut exécuter un ordre sans en supporter le blâme.

25 septembre. — L'archevêque est parti, il y a une quinzaine de jours, pour Paris où l’on dit que M. Necker l'appelle pour en faire un président du conseil des finances, On sait que ce contrôleur général, ayant aperçu dans les bureaux de Versailles l'abbé Cicé qui intriguait pour changer sa place d'agent du Clergé contre une mitre, lui fit obtenir celle de Rodez où il lui servit dans l’établis-

1. L'intendant Tourny avait cru pouvoir s'acquitter des deux rôles à la fois.

2. D'autres incidents avaient eu lieu entre maîtres et garçons cloutiers, comme le montre la délibération des maîtres, en date du 27 août 1788. A. D.. Zar., © 1754. La crise était donc générale, :

sement de l'Assemblée provinciale du Rouergue, puis le plaça à Bordeaux, où il espérait qu'il lui serait utile.

Monseigneur, avant son départ, a commandé un mandement pour détourner, dit-il, le courroux du ciel qui s’est déjà manifesté dans les calamilés publiques, et qui peut aggraver les maux passés, dont nous ressentons actuellement les effets par des ravages dans nos MOISSONS.

30 septembre. — La Noblesse de Guyenne a été un des premiers corps de France qui ait félicité publiquement M. Necker sur sa rentrée au contrôle général. Elle le prie, dans une lettre écrile en style prolixe et décousu, de seconder auprès du roi ses réclamations, dont elle a l'honneur de lui envoyer une copie.

2 octobre 1788. — Un marchand épicier nommé Lalapie, qui fait éclater son royalisme dans tous les clubs de nouvellistes, a reçu dans la boutique du libraire Chapuis un bon soufflet de la main d’un chaud patriote, ennuyé du bavardage ministériel. C'est, comme on voit, se donner bien du mouvement pour défendre son opinion.

Messieurs des Aides, qui voudraient en tout singer le Parlement, n'ont pas le. centième des lumières et de l'énergie qui distingue ce dernier Corps. Ils sont l'objet de la risée et du mépris du public qui l'appelle la Cour des ânes. C’est là où vont se décrasser de rolure et d'ignorance ceux qui veulent faire entrer leurs enfants au Sénat !.

9 octobre. — [Jugement de Bernadau sur le président Dupaty, dont on annonça la mort comme une calamilé publique. Le roi lui destinait les sceaux. En réalité, dit Bernadau, le président Dupaty n'avait pas l'étoffe d'un homme d'État, il n'élait qu’un homme de lettres 2.]

13 octobre. — Un courrier du cabinet à porté hier à M. le procureur général la déclaration concernant la reprise des fonctions des parlements. L'ordre pour le nôtre est de l'enregistrer demain. On ignore encore le résullat du Bureau tenu aujourd’hui à cette occasion. MM. Leberthon et Dudon doivent, après l'installation

1. C'était un peu l'avis de tout le monde, y compris l'intendant Tourny, bien que son père füt lui-même président de la Cour des Aides.

2. Dupaty, né en 1744, mort le 15 septembre 1788. Il est l’auteur connu des Lellres sur l'Ialie, et d'un courageux mémoire justificatif pour trois hommes condamnés à la roue. Il fut avocat général, puis président du Parlement de Bordeaux; ses écrits le firent enfermer au fort de Pierre-Encise, près de Lyon.

de leur Compagnie, partir pour Versailles où doit se tenir au commencement de novembre, une assemblée des Notables, pour régler les préliminaires de celle des Étals généraux qui, après avoir élé annoncée à diverses époques, est enfin fixée au mois de janvier prochain.

16 octobre. — Lors de l’arrivée de M. de Cicé, le Parlement, qui était bien avec lui, lui donna des preuves de son catholicisme en renouvelant les ordonnances de police sur l'observation des fêtes. On s’est moqué de cette explosion de bigoterie, etles travailleurs, les marchands et les joueurs n’en ont pas moins continué leurs profanalions. Le zèle du juge de Saint-Seurin s’est cependant réveillé. La sentence qu'il vient de rendre contre un cabarelier accusé d'avoir vendu du vin pendant l'heure de l'office annonce la sévérité avec laquelle il prétend punir les irréligieux infracteurs des lois ecclésiastiques.

18 octobre. — Les bons citoyens redoutent de voir les parlements ternir leurs lauriers en se montrant trop personnels dans une affaire nationale. Celui de Paris s’est déjà aliéné partie du public, en disant dans son enregistrement que le roi serait supplié de convoquer les États généraux dans la forme qu'ils se linrent en 1614. Or on sait que le Tiers Elat y fut malmené et presque compté pour rien. L'opinion publique qui avait soutenu iles parlements, tant qu'ils ont paru soutenir les inlérêts de la Nation, pourrait bien les abandonner, si elle voit qu'ils abusent de l'autorité pour s’ériger en tyrans du peuple f.

20 octobre. — [ Rentrée triomphale du Parlement ?. |

24 octobre. — La Chambre des vacations a tenu aujourd’hui sa première séance, présidée par M. de Pichard%. On a mis sur le journal le nom des quatorze conseillers, parmilesquels deux clercs, qui la composent. Après avoir jugé en Chambre du conseil quelques procès criminels, elle a monté dans la salle d'audience où ont

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