‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 29 sur 47 · Il y avait six régiments de troupes bourgeoises · texte numérisé non relu

Il y avait six régiments de troupes bourgeoises

parfaitement prise el l’on traverse la Garonne à pied sec, comme le plus petit fleuve.

13 janvier. — Dans l'assemblée de la Commune, il a élé lu des dépêches de ses envoyés en Cour, lesquels donnent de belles promesses à leurs commeltants relativement à l'objet de leur voyage !. Ils disent être sur le point d'obtenir du ministre des Finances d'être présentés à S. M. L'adresse avec laquelle ils s'expriment a réveillé le zèle du Tiers État, stupéfait de l'accueil peu flatteur fait à son ambassade. Il ne voit pas qu'on abuse de sa confiance el de sa crédulité. La séance ayant été très orageuse, attendu l’état des choses, on parvint cependant à statuer sur la formation d'un Bureau intermédiaire pour correspondre avec les députés et remplacer la Chambre de commerce qui a eu le bon esprit de se sortir d'un pas embarrassant et vraisemblablement coûteux. Nous rapporterons les délibérations définitives qu'il n’a pas été possible de prendre dans la soirée d'aujourd'hui et qu’on a renvoyées à une autre fois.

14 janvier. — Les villes de Cahors, Nérac et Agen viennent d'adresser au roi des requêtes délibérées par la Cité assemblée, à l’effet de le supplier de rétablir les États de la province, et les leurs en particulier; car elles prétendent avoir été soumises à ce régime patriotique. Elles abusent, je crois, de leurs monuments historiques pour justifier leurs prétentions. Ce qu’on appelle dans nos anciennes chroniques assemblée des Trois États n’est qu'une convocation accidentelle de la Commune faite dans les cas extraordinaires, et qui ne saurail tirer à conséquence, attendu sa nonpermanence ?. Il serait cependant à désirer, pour le bien de la chose, que l'on statuât d'une manière irrévocable sur ces municipalités et qu'on les créâl, quand on pourrait les ressusciter.

15 janvier. — Satisfaite de ses légats en Cour, la Commune bordelaise a établi un Bureau pour correspondre avec eux et faire part de leurs résolutions respectives aux Corporations par le moyen

1. Il s’agit de dépèches des 31 décembre, 3 et 6 janvier, qui furent retardées par la rigueur de la température. Cf. à ce sujet, projet de lettre du 16 janvier 1789, dans le registre tenu par Nairac.

2. Assemblée des Trois États n'était sans doute qu'un autre nom du Conseil politique composé, suivant les lieux, de jurats, de notables ou de prud'hommes, les: charges d'officiers municipaux étant exercées par des consuls.

d'une lettre circulaire. Les membres correspondants sont: MM. Durantean père !, président, Ladebat, Feuillerade, Crozillac, Grassy ?, Jaubert #, Roussillon, Duvigneau #, Serse et Lagarde.On a ensuite lu la missive de nos ambassadeurs à Versailles. Ils ont eu audience des ministres, chez lesquels ils ont été introduits par l'archevêque de Bordeaux, présumant que les notables du Parlement ne se préleraient pas à cette démarche dont il est dans leurs principes anlinationaux de désapprouver le motif’. M. Nairac a harangué le ministre des Finances; M. Monnerie, le chancelier et M. Garat, le déparlementaire de la province. Ils ont reçu dans ces visites l'accueil le plus favorable et le plus distingué, Plusieurs seigneurs ou gens distingués par leur rang el par leur mérite sont allés chez eux les en féliciter. M. Necker leur fait espérer d'engager le roi de déroger à l'étiquette en faveur du Tiers Élat de Bordeaux qui mérite bien une audience publique. Alors ces messieurs présenteront leur requête el leur mémoire qu'on les accuse de vouloir supprimer. Tout ceci peut contribuer à l’établissement des États de Guienne dont on se plait à étouffer le germe précieux. On nous forcera au bonheur, en ranimant dans Bordeaux ce caractère sensé et généreux dont les {races, existant seulement dans nos fastes, accusent hautement notre moderne dépravation. Nous redirons peut-être un jour avec notre Ausone: Vec sola antiquos oslendal Roma Calones.

[Liste des pamphlets Lendant à la restauration des États de Guyenne.]

19 janvier. — Les bals ont repris leur train ordinaire, et l'on ne

1. Duranteau (1718-1790), avocat distingué, deux fois jurat de Bordeaux.

2. Grassy ou Grassi (Candide-Frédéric-Antoine de), né à Dresde en 1753, mort à Bordeaux en 1815, syndic du Collège des Médecins de Bordeaux en 1788. Nous voyons, par ce choix et par d’autres, l'influence exercée à Bordeaux par le corps médical.

3. Fisson Jaubert ou François Jaubert, avocat (1758-1822), professeur de droit romain à l'Université de Bordeaux depuis 1788. Il devait jouer un rôle pendant la Révolution.

4. Duvigneau (1754-1794), avocat, journaliste et litlérateur, rédacteur du Journal de Guienne et des Annales de la municipalité de Bordeaux et du département de la Gironde en 1740. -

5. Supposition gratuite de Bernadau, autant qu'on peut en juger par le registre de Nairac.

6. Erreurs de Bernadau: ce fut Garat qui s’adressa au garde des sceaux Barentin, et l'un des Monnerie à M. de Villedeuil, ministre de la Province, Cf. le registre de Nairac, ? janvier 1789.

se souviendra bientôt plus des malheurs publics et particuliers qui nous accablent, grâce aux contredanses, à la bonne chère et au jeu. On ne connaît pas à Bordeaux ce que c’est que s’égayer, on ne veut que s'élourdir.

20 janvier. — Le froid a été un des plus vifs dont on se souvienne. On pourra ajouter cet hiver à la calamileuse chronologie de ceux de 1709, 40, 53, 67, 76 et 1784.

26 janvier. — Dans l'Assemblée du Tiers État, on a communiqué les lettres des députés en Cour, lesquels annoncent que le Bureau chargé de l'envoi des lettres de convocation aux États Généraux leur a demandé des renseignements sur celle province, renseignements qui les reliendront encore quelque temps à Paris. Ils font de grands éloges des ministres et de l'archevêque et font espérer une audience royale. Tout cela annonce seulement l'envie qu'ont les ambassadeurs de voir plus à leur aise la capitale aux dépens d'autrui, et l'embarras dans lequel ils sont pour justifier l’importance et la nécessilé de leur voyage !. L'avis général a été de les inviter à un prochain retour. Plusieurs Corporations ont déclaré de nouveau ne vouloir point entrer dans les dépenses faites contre leur vœu. M. Ladebat à harangué l’Assemblée qu'il a engagée à s'occuper incessamment du projet de restauration des États de Guyenne. Les sieurs Lagarde et Feuillerade ont insisté avec tant de force sur cet article, dans des mémoires qu'ils ont lus, qu'on a délibéré que les Corporalions remettraient incessamment leurs observations sur le plan à elles envoyé par la Noblesse, afin que ce travail général servit à guider les commissaires chargés de rétablir et d'améliorer un édifice aussi patriotique que celui dont on a soumis l'entreprise à l'examen public. Ainsi, comme nous l'avons hautement soutenu, les États provinciaux seront adoptés à la longue par toute la France, quels que soient les elforts des mauvais citoyens contre leur établissement, le seul capable de régé-. nérer et de fonder peul-êlre une bonne Constitution ?.

30 janvier. — Nos frères du Tiers Ordre étant dans une galerie

1. En réalité les députés prolongèrent leur visite à Paris dans l'espoir d’être présentés à la reine. Leurs démarches furent assez inuliles d'ailleurs, parce que le gouvernement avait déjà pris ses dispositions.

2. C'est l'un de ces pronostics erronés de Bernadau qui nous font croire que les Tablettes n'ont pas été reconstituées, après avoir été perdues.

de Versailles par où le roi devait passer, en ont reçu un salut... sur ce que M. Necker lui a dit en les montrant : « Voilà les députés du Tiers État de Guyenne. » Il n'est pas un artisan de Bordeaux qui ne soit jaloux de cet honneur qu'il croit être une présentation solennelle.

31 janvier. — [Aux Cent-Trente, discussion sur la police du marché, où les prix sont livrés à la cupidité des marchands !.]

4 février 1789. - [Réception splendide de l'archevêque Champion de Cicé ?.]

7 février. — Les Cent-Trente ont désemparé l’hôtel de ville à 10 heures aujourd'hui. Ils ont discuté à fond la motion faite dans la dernière séance. On a arrêté de faire tuer deux bœufs, deux veaux et deux moutons, de les peser par morceaux afin de connaitre le prix qu'ils valent d'après tous les frais. Cette expérience, faite à Paris par M. Necker, servira de base à la taxe qu'on veut faire de la viande sur laquelle les bouchers seront réduits à un profit honnête. Ils ne diront plus effrontément qu'ils vendent ce qu'ils veulent.

11 février. — M. le procureur général a porté au Parlement les lettres patentes par lesquelles le roi lui attribue la connaissance de l'émeule de Rennes où les Ordres de la Noblesse et du Tiers État en sont venus aux mains.

13 février. — A limitation des nobles métropolitains, ceux des autres villes se sont assemblés pour s'occuper du plan de restauration des États de Guyenne. Les gentilshommes limousins et saintongeois ont déclaré ne devoir pas se réunir à ceux de Bordeaux; ceux de Périgord veulent aussi des États particuliers. A Libourne, la Noblesse, accédant à la demande de leurs confrères de Bordeaux, avait convoqué pour le 7 du mois dernier l’Assemblée des trois Ordres. Nous ignorons les motifs qui en ont empêché la réunion.

1 février — [Les Cent-Trente veulent encore remplacer les jurats 5.]

16 février. — Le Tiers État a fait rendre compte à ses députés

1. Cette question fut débattue au cours des séances des 24, 31 janvier et 7 février 1789. A. C. Bordeaux, BB 20, registre des Cent-Trente.

2. Cf. la délibération de Jurade du 4 février. A. C., Bordeaux, 83, registre de Jurade 1787-1789.

3. Séance du 14 février aux Cent-Trente. A. C.: Bordeaux, BB 20, registre des Cent-Trente.

de leur mission en Cour. Elle se borne à un long mémoire de dépenses failes à cet effet, et sur lequel on a remis à délibérer définitivement à la prochaine assemblée. Il y aura certainement bien des débats, lorsqu'il s'agira de payer 30.000 1. ! pour les frais d'un voyage inulile, pour ne pas dire plus. Les Parisiens se sont fort moqués de la dépulation lardive des Bordelais qu'ils appellent une gasconnade. On sait actuellement à quoi s'en lenir sur cette belle mission qui avait été concertée entre Garat, Mercier, Alphonse et Serre, tout en soupant chez la Piccint. La Chambre des Comnmunes à paru plus contente des mémoires présentés par MM. Duranthon, avocat ? et Lagarde, marchand, à l'effet de réveiller le zèle des Corporations sur le projet des États provinciaux. Le patriotisme respirait dans ces deux écrils pleins de bonnes vues et d'éloquence.

18 février. — M. le baron Dupérier d'Arsan , en sa qualité de grand sénéchal de Guyenne, a fait enregistrer aujourd'hui à son tribunal les lettres et règlements pour la convocation des États généraux du royaume. En atlendant que nous rendions compte de cette institution si remarquable, nous allons en consigner la cérémonie lelle que nous l'avons vue. Le grand sénéchal, précédé d'huissiers et du greffier en chef du présidial qui étaient allés le prendre à son hôtel, élant monté sur le siège de son tribunal et à la tête de ses officiers, a ordonné d'ouvrir les huis et au procureur du roi de donner son réquisitoire sur le paquet qu'il lui avait remis la veille. Celui-ci a dit simplement qu'il s'agissait de lettre et règlement sur le fait des États généraux, qu'il a remis au greffier qui en a fait leclure. Ensuite, le sénéchal, s'élant couvert, a dicté une ordonnance explicative des instructions royales dont il a ordonné la publication dans tous les sièges, tribunaux et églises de la sénéchaussée. Ensuite, il a dit au greffier de conclure par le protocole d'usage, et le greffier le lui a demandé expressément. Celte réponse a déconcerté M. le baïlli qui a dit au procureur du roi de la dicter. Celui-ci a reparti ne savoir, ni ne devoir le faire. I1s se sont un

1. Dans une délibération du 23 février, la corporation des tapissiers parle, non pas de 30.000, mais de 26.000 livres. A. D., Gir., C 1785, registre de délibérations.

2. Jacques Duranthon, (1736-1793), ami de Dupaty. Il devait être ministre de la justice en 1792.

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