INTRODUCTION
I Je me suis proposé, en écrivant ce livre, de tracer rhistoire des débuts de la Révolution en Provence depuis le 24 Janvier 1789, époque à laquelle Louis XVI convoqua les Etats Généraux, jusqu'au 30 Septembre 1 791, jour où l'Assemblée Nationale Constituante déclara son mandat terminé.
L'intérêt exceptionnel qui s'attache naturellement à un pays que représentèrent des hommes tels que Mirabeau et l'Archevêque de Boisgelin, l'écho retentissant qu'eurent ses moindres troubles à l'Assemblée Constituante, les préoccupations de tout instant que causa aux pouvoirs publics une ville comme Marseille, puisque de sa prospérité dépendait celle du midi de la France, — ces motifs à eux seuls justifieraient l'objet de cette étude. Il m'a semblé en outre que Marseille, terre privilégiée par son soleil toujours ardent et son ciel toujours bleu, où les âmes se passionnent si vite pour tout ce qui est généreux et noble, était une des villes françaises où l'on dut accepter avec le ïplus d'enthousiasme les idées nouvelles et où la liberté jiaissante dut rencontrer le plus d'adorateurs.
Mais, à côté de Marseille, il y avait le Pays de Provence Mont elle faisait partie nominale, sans lui être assujettie. Ce Pays, depuis plusieurs siècles, se gouvernait lui-même ; il jouissait de privilèges qu'il avait su défendre contre la ^loyauté et il leur était d'autant plus attaché qu'il lui en •avait coûté davantage pour les maintenir à peu près entiers. Jai pensé qu'il serait intéressant encore de dire l'accueil du peuple provençal à cette Révolution qui allait faire
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disparaître les libertés qui lui étaient si chères. S'estprêté de bonne grâce à la mise en vigueur des institution nouvelles ? Ou bien s'y est-il seulement résigné, en gai dant au fond de Tàme le regretté souvenir d'un temps o il était son maître ?
Ainsi comprise, cette étude est neuve. Si j'excepte e effet la monographie de Mirabeau (i) dont Fauteur ne s préoccupe guère que de Marseille, d'Aix et des trouble qui désolèrent ces deux villes, l'histoire de la Révolutio en Provence n'a jamais été l'objet d'un essai critique.
Les trois ouvrages de Fabre, Lourde et Lautard, que j'i cru pouvoir citer dans la bibliographie, sont d'un intéré plus que médiocre. Les deux premiers n'ont que la valeu relative de compilations fastidieuses. Celui de Lautard es semé d'anecdotes ; on le parcourt avec curiosité ; quelque fois même il plaît. Mais outre que l'auteur ne consacn guère que deux minces chapitres à la période qui nouî occupe, il ne recule pas devant l'inexactitude quand il s'agi de faire un bon mot.
En abordant ce sujet, je n'avais donc pas à redouter h concurrence. Les auteurs que je viens de nommer avaien parlé avec assez de détails des émeutes de 1789. J'ai cri que, tout en leur donnant la place à laquelle elles ont droi dans ce récit, je n'avais pas à m'étendre trop longuemem sur un point déjà traité. J'ai donc porté mes efforts, nor pas tant sur la chute de l'ancien régime que sur l'établissement du nouveau dans les trois départements formés pai la ci-devant Provence.
Loin de moi la prétention d'avoir épuisé la matière d'ur sujet aussi étendu. J'ai seulement voulu, en me servant de documents presque entièrement manuscrits, éclairer ur côté de l'histoire provençale jusqu'ici laissée dans h pénombre.
(i) Guibal : Mirabeau et la Provence^ Paris 1889- 1891, 2 vol. in-80.