LA COLLE, ROQUEFORT, BARCELOKXETTE
« publique ?» — Non, puisque le montant des deniers royaux et de ceux du pays sera toujours le même. Chaque paroisse aura un conseil qui procédera lui-même à la répartition des charges, voilà tout.
Le langage des faubourgs de la Colle et de Roquefort ne diffère pas de celui-là. Ils entendent eux aussi avoir leurs condées franches. L'ancien chef-lieu de Viguerie, Saint- Paul, s'en plaint avec amertume. — Pourquoi donc cette fièvre de sécession ? « Est-ce que la Colle et Roquefort ont « jamais eu à se plaindre de nous ? Ne convoquait-on pas « à Saint-Paul tous les chefs de famille et chacun d'eux « n'avait-il pas voix délibérative ? Nous partagions les « mêmes charges et les mêmes fardeaux. Le juge royal « était le même pour tous. En réalité, ce sont des ingrats, « ceux qui poussent l'aveuglement jusqu'à renier leur « mère (i) ». — Ce placet larmoyant qui expose avec une rare inconscience le mobile peu désintéressé des bienfaits € de la mère commune », oublie de dire que Saint- Paul s'est toujours « ménagé une part inégale aux dépenses» et que, si ses filles qu'elle adore, veulent non des embellissements comme elle, mais des ouvrages de première nécessité, il leur faut recourir contre la marâtre à des procès ruineux.
A Barcelonnette (2), les 7,130 habitants du terroir se scindent en sept paroisses. Chacune veut un Maire et un conseil général. Les forains ont présenté à la municipalité de la ville un comparant où il est dit qu'ils « ne reconnaî- « tront pas les municipaux élus entre tous ». — Barcelonnette refuse d'accéder à leurs désirs. Alors ils se donnent le mot, arrivent en ville le jour de l'assemblée électorale et à force de cris et de tapage la contraignent à se dissoudre.
(i) Arch. Nat. D. iv, 66.
(2) Arch. Nat. D. iv, 16.
Voilà ce que produit Tavidité des villes et des gros bourgs. Les petites communes ne veulent plus dépendre d'eux. Certaines même donnent de leur scission des raisons qui ne manquent pas d'une certaine grandeur. Saint-Paulles-Fayence réclame son émancipation d'avec Fayence parce que ses citoyens sont assez nombreux, qu'ils possèdent un terroir assez considérable pour supporter les frais d'une administration particulière et jouir des avantages attachés « à cette qualité de corps actif et primaire « dans la hiérarchie municipale (i) >. — Est-ce qu'un bourg, un hameau peut être retenu malgré lui sous la tutelle du bourg voisin « lorsque sa force politique lui <i permet de subsister seul ? » Les corps naissent et se forment comme les individus. Il y a « pour les municipa- « lités une époque où elles sont majeures ». Et, s'élevant du particulier au général, prenant thèse d'après les réformes déjà opérées, elle ajoute que « l'organisation des munici- « palités forme aujourd'hui le droit commun du royaume. « Les diverses habitations n'ont-elles pas droit, comme les « divers individus, à la qualité de citoyens actifs, lors- « qu'elles en ont d'ailleurs les qualités requises? » Et Saint-Paul montre l'absurdité de ce système tyrannique qui veut lier quand même le sort d'une ville au sort d'une autre. « La police locale est un des principaux devoirs des « municipalités. Or, notre municipalité est à deux lieues « de nous. Comment peut-elle surveiller les établissements « publics? Elle est obligée d'en commettre le soin aux « habitants du bourg, preuve que nous pouvons nous « passer d'elle. N'est-il donc pas éternellement vrai, « aujourd'hui plus que jamais, que des sociétés qui ont « des dépenses locales à faire, par conséquent des finances « à régir, qui peuvent plaider, transiger, ont le droit de « fixer elles-mêmes leurs impositions, donc de proposer
(a) Arch. Nat. D. iv, 8.