ARLES ET FONT VIEILLE
Le jour dit, un sieur Vincent, prêtre d'Arles, se présente à rassemblée de Fontvieille avec des paysans stylés. Il fait tant de tapage que l'assemblée ne peut avoir lieu. Des placards sont apposés qui annoncent une nouvelle réunion pour le 14 Mars. Le 14, nouveau tumulte. Les syndics en réfèrent à Espariat, qui vient d'être nommé Commissaire du Roi pour organiser les assemblées administratives et décider des contestations qui peuvent s'élever entre les municipalités. Espariat répond qu'il ne peut rien sans ses collègues. On attendra donc au moinsM.deQuinson.MaisM. deQuinson est officier municipal d'Arles. Trouvera-t-on auprès d'un homme à la fois juge et partie toute l'impartialité désirable ? — Pourtant on fait auprès de lui quelque démarche. Le temps passe. Ce n'est que le 28 Avril que les Commissaires du Roi se décident à répondre. Le bon droit de Fontvieille est tellement évident qu'ils le reconnaissent et donnent pouvoir au chevalier d'Antonelle d'assembler le jour qui lui paraîtra « le plus raisonnable les citoyens actifs de cette com- « mune y>. — En somme Fontvieille triomphe. Mais comme on a reculé le plus possible cette reconnaissance de son bon droit! Comme on lui fait sentir encore qu'elle est sujette d'Arles, puisque la convocation de ses citoyens actifs qui sera la première manifestation de sa liberté locale est remise au bon plaisir d'un Maire, son ennemi né ! Et, cette fois, comme Arles voit que décidément Fontvieille lui échappe, elle use de l'argument du plus fort. — Fontvieille a coutume de venir s'approvisionner de blé au marché des Arènes. Les consuls d'Arles appostent des gardes pour empêcher les gens de Fontvieille d'acheter là de quoi manger. Ils veulent châtier l'ingrate en l'affamant. Or, Fontvieille est un gros bourg, compte 425 citoyens actifs, occupe un terroir riche et fertile, est, pour toutes ces raisons, plus disposée à l'indépendance, (i) — Dans d'autres régions moins fortunées, on rencontre mêmes prétentions de la part du plus fort, même
(1] Arch. Nat. D iv, 20.
résistance opiniâtre du plus faible, même tentative heureuse pour s'émanciper.
Voici la commune de Solliès (i), dans la Basse Provence. Elle est formée de quatre paroisses distantes chacune d'environ une demi-lieue : Solliès-Ville, le Toucas, le Pont et la Farlède. Au Pont sont le tribunal, les bureaux d'administration et de correspondance, les rouages principaux de la machine municipale. Les trois autres paroisses ne tiennent pas le moindre compte de ces avantages du Pont et ne rêvent que séparation et autonomie. Vainement la commune mère leur parle ce qu'elle croit le langage du bon sens, leur représente ce que leur démarche « est prématurée ; que l'Assemblée Nationale a renvoyé « aux assemblées de département à prononcer sur de (( pareilles séparations ; qu'il faut donc attendre au moins (( la formation du département auquel elles ressortiront « pour porter leurs prétentions par devers lui ; qu'il est <ï imprudent à elles de vouloir former des corps adminis- « tratifs ; qu'un corps de ce genre est utile là seulement « où il y a quelque chose à administrer ; qu'en concou- « rant chez elle toutes ensemble à la nouvelle élection, (( elles ne perdraient rien de leurs droits puisqu'il serait a juste de leur conserver des officiers municipaux qui a pussent veiller dans leurs hameaux respectifs au main- « tien de l'ordre, de la police et de la sûreté publique ». Les forains dissidents font la sourde oreille et restent froids devant l'invite ; ils répliquent qu'il leur a toujours été onéreux de se rendre au Pont; qu'aujourd'hui cette obligation leur serait bien plus lourde puisqu'il faut que les citoyens actifs s'y transportent et y restent assemblés deux ou trois jours au moins, peut-être davantage; qu'ils se formeront donc en municipalité. « Et puis, où sera le « mal ? En résultera-t-il quelque dommage pour la chose
(i) Arch. Nat. D iv, 66.