III. — Règlement fait par les Commissaires des Communes
Règlements faits par les communes. — La question despoufs, cocardes et panaches. — Querelles de préséance.
— Le mot d'ordre. — Qui le donnera ?
IV. — Le service obligatoire. — Peines contre les délinquants.
— Amende imaginée par Salon. — La question des^ armes. — Pusillanimité des Commissaires des Commn-^ nés. — Arrogance des milices. — Leur insubordination.-
— Estoublon, Chaflfaut, Aups.
NlêCESSITlê d'une force ARMIÈE 105
V. ■-- Décret de TAssemblée Constituante sur la garde nationale. — Difficultés qui en naissent. — Opinion de J.-P. Lieutaud. — Services rendus par la garde national^ le 10 Août et plus tard contre le fédéralisme.
Un pouvoir établi depuis de longues années a besoin de soldats pour maintenir la tranquillité publique et rappeler chacun au respect de la loi. A plus forte raison un pouvoir nouveau est-il soumis à cette exigence. II y entre, sans doute, un peu de vanité, Thomme étant toujours l'homme. Le Maire ne se sent vraiment Maire, le Conseil Général ne prend son titre et sa fonction au sérieux que s'ils ont des soldats sous la main, s'ils peuvent les réquisitionner à loisir, les faire marcher là où le bon ordre Texige, quelquefois aussi leur caprice.
De plus, la Provence est frontière de deux côtés; la nécessité d'une force armée prête à repousser l'ennemi s'y fait sentir plus vivement qu'ailleurs. Sans doute le roi y entretient des régiments, mais de préférence dans les villes populeuses, les centres importants, Aix, Salon, Toulon, Lambesc. Ils sont éloignés les uns des autres, éloignés aussi de la ligne du Var. Les routes sont mauvaises en été, en hiver impraticables. Il importe donc que h nation puisse, par le moyen des communes riveraines, tout au moins, faire acte de police et veiller à sa défense. Préserver l'Etat, c'est la raison officielle que l'on trouve dans les lettres adressées à ce sujet par les Maires aux Commmissaires des Communes. La pensée secrète, celle qu'on n'avoue pas mais qui se laisse surprendre, c'est qu'on veut faire pièce au seigneur, peut-être assurer l'impunité à ceux qui refusent de payer plus longtemps les droits féodaux. La formation d'une garde bourgeoise, municipale, nationale, de
quelque nom qu'on veuille l'appeler, est si désirée qu'on n'attend même pas l'élection des municipalités pour y procéder. Marseille donne l'exemple et la Provence va le suivre.
Au premier bruit d'une convocation possible des Etats- Généraux, une jeune garde citoyenne s'est formée spontanément à Marseille. Elle compte six mille hommes. Cest une espèce de corps franc, levé par le peuple en face des troupes royales que commande M. de Caraman. A peine réunie, la jeune garde donne la mesure de son dévouement à la cause du despotisme. Elle laisse pendre en effigie l'Intendant, M. de la Tour, et effacer son nom de la place principale de la ville pour y substituer celui de Necker.
A rencontre de ce qui va se passer ailleurs, ce corps s'est constitué malgré le Gouverneur Viguier et les Echevins. Les Echevins en sont fort inquiets ; ils craignent que la jeune garde ne favorise les mouvements de la populace. Ils agitent donc la question de la désarmer. Ils l'eussent faitsans doute, commettant ainsi une irréparable sottise, courant droit à la révolte appréhendée, si Mirabeau, plus clairvoyant, ne leur eût donné un conseil qu'ils suivirent: transformer la jeune garde en garde régulière, la discipliner et se mettre à sa tête. La troupe citoyenne fut scindée en quatre divisions : à la tête de chacune on plaça un Echevin ; les divisions furent scindées à leur tour en seize compagnies. Mais, à la suite de l'émeute du 23 Mars, Louis XVI attribue au Parlement par Lettres Patentes, la connaissance de tous les troubles de la province. Lorsqu'on affiche ces Lettres à la porte de l'Hôtel-de-VilIe, le 24 Avril 1789, '^ ^^^^^ ^^^ tellement surexcitée que le conseil municipal renforcé prend peur. Il dépêche un courrier à Versailles pour demander que « la Commission du Parlea ment ne vienne pas siéger à Marseille ». Le 1 1 Mai, le Roi accorde une amnistie, mais à la condition que la jeune garde citoyenne mette bas les armes. C'est l'arrêt de mort pour elle: elle disparaît le 14 Mai.