NOUVELLE GARDE A MARSEILLE
Cette exécution n'a pas été sans soulever de nombreuses résistances. De toutes parts on accuse les Echevins d'avoir poussé au désarmement pour élever le prix du pain et de la viande. Voilà une nouvelle émeute en perspective. Les Echevins ne sont rien moins que rassurés, et, pour la prévenir, le duc de Pilles, Gouverneur Viguier de Marseille, proclame le rétablissement de la jeune garde. Mais il ne joue cette comédie que pour gagner du temps. Tandis que les Marseillais fêtent leur victoire, M. de Caraman rassemble autour de la ville toutes les troupes royales dont il peut disposer. La jeune garde s'en émeut; elle lui dépêche des délégués, Lieutaud, Brémond Julien etChompré. M. de Caraman les rassure, les amuse, proteste qu'il n'a pas l'intention de violer les privilèges de la ville ; puis, quand il se sent assez fort, il raent à la parole donnée et pénètre dans Marseille. Les aristocrates le reçoivent avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils ont été plus effrayés. Le 25 Mai, la milice de la jeunesse citoyenne est cassée pour la deuxième fois. Alors reviennent le Maire, M. de Gaillard et l'Assesseur, M. Capus, qui s'étaient esquivés le 23 Mars.
Mais la difficulté n'est pas résolue. On ne peut laisser une grande ville comme Marseille sans police. Les aristocrates en veulent une à leur convenance, assez malléable pour 6e plier à toutes leurs fantaisies, qui surtout les protège contre lesémeutiers. Avec la complicité de M. de Car aman qui joue le plus singulier rôle dans toute cette affaire, les Echevins établissent une nouvelle garde. Elle comptera 60 compagnies. Les 60 capitaines seront nommés par le conseil municipal ; 28 seront pris parmi les nobles, 32 dans le haut commerce. Chacun de ces capitaines aura sous lui quatorze lieutenants et quatorze sous-lieutenants. A 29 officiers par compagnie, il y en aura 1740 pour toute la garde. Si l'on y ajoute les bas-offîciers, on aura une troupe où tout le monde va commander. Cet amour démesuré dn galon arrache aux plus sérieux un éclat de rire. La garde n'est pas encore née qu'on se moque déjà d'elle. On a beau battre la caisse en
ville, quémander partout des enrôlements. Les cadres restent vides et les badauds voient défiler dans les rues de Marseille une armée sans soldats. Naturellement, cette garde embryonnaire est impuissante à réprimer le désordre. Chaque jour, pour ne pas dire à tout instant, on trouve dans les différents quartiers des placards insultants à l'adresse des Echevins. De leur côté, M. de la Tour et le Parlement accusent Caraman de ménager la révolution à Marseille et le dénoncent à Barentin. On s'attend aux plus mauvaises journées. Tout-à-coup, le 1 8 Juillet, arrive la nouvelle prise de la Bastille. Les Echevins se soumettent encore. Ils convoquent eux-mêmes le conseil municipal et le conseil renforcé déclare, le 23 Juillet, que tous les Français « doivent se réunir par une fédération juste et sacrée, « pour repousser les attentats du ministère et de Taristo- « cratie ». Les Allées de Meilhan sont choisies pour cette fédération. Barbaroux y propose de demander à Caraman le renvoi immédiat des troupes. Brancas déclare que le conseil municipal est illégal. Séance tenante, la foule nomme 24 commissaires pour lui dicter ses volontés et Barbaroux, en les lui présentant, profère ces paroles menaçantes : « Ce <c sont les vœux du peuple que nous vous présentons et c( les vœux du peuple sont des lois ». La démocratie siège à rhôtel de ville avec le conseil renforcé qu'elle a rétabli. La garde de Caraman est morte du coup : elle s'est dissoute toute seule. A sa place, Marseille crée une garde nationale. Aix a d^à formé deux compagnies provisoires ; en Août, c'est le tour de Toulon, puis de Draguignan.* Les petites communes suivent le mouvement. A Mondragon, le 29 Juillet; à Roquebrune, le 3 Août (i). Il faudrait citer tous les villages.
On ne peut songer à endiguer le courant, on serait plutôt emporté par lui. Caraman sent qu'il n'est pas le plus fort, que le mieux est de dissimuler, et il dissimule. 11 veut don-
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(1) Arch. Nat. D, xxix, 30,