LA CRITIQUE DU SYNDICAT
droit de a demander Tobservation des décrets et d'en être « parfaitement instruit ». S'il n'en était pas ainsi, il faudrait admettre que l'Assemblée Nationale a estimé qu'il suffirait d'un homme éclairé dans chaque administration et qu'il « n'y aurait aucun danger qu'un seul le fût (i) ». De toutes ces objections il résulte, dit le Directoire du Département du Var, que <c plusieurs exercent dans les « Directoires les diverses fonctions des Procureurs Syndics a et sont toujours en état de les exercer. Pourquoi donc « avoir comme affecté de les réunir sur une seule per- « sonne? » Si, au moins, ce Procureur Général Syndic n'avait qu'une durée passagère ! Mais on s'est pas contenté de le désigner pour une période de quatre années : ce délai pourra, aux termes de la loi être prorogé d'autant. Huit ans I presque l'éternité à cette époque. De cette manière, le Procureur devient un personnage qui symbolise aux yeux de la multitude la durée, en présence d'un Directoire renouvelable, lui, et instable au premier chef.
Le raisonnement des administrateurs du Var paraît plein de bon sens. Qui paraîtra en effet exercer l'influence prépondérante dans les affaires du Département, sinon le Procureur Général Syndic ? Autrefois, on corrompait l'Intendant, à Marseille, par exemple. Aujourd'hui on peut s'attacher à corrompre ce Procureur. Il serait si simple pourtant de répartir les pouvoirs entre les administrateurs. La corruption en serait plus difficile, parce que plus coûteuse. On peut bien acheter un homme ; en acheter neuf devient plus délicat et il y a lieu d'espérer pour l'honneur des élus qu'il se trouvera parmi eux quelques consciences récalcitrantes.
A quel mobile a donc obéi l'Assemblée Nationale en autorisant la réélection du Procureur Général Syndic ? La présidence, dans son sein, n'est conférée que ppur quinze jours ; celle des Directoires Test pour un mois. On aurait
(i) Arch. Nat. D iv 66, Var, 12 Septembre 1790.
compris que le Syndicat fût attribué à tel ou tel pour un laps de temps aussi court. Il est impossible d'objecter que la suite des affaires exige le maintien du Syndicat dans une même main. Chaque membre du Département les connaît aussi bien que le Syndic. « S'il était possible qu'ils se négli- << geassent trop en se reposant sur le Procureur Général, « ne serait-ce pas une raison de plus de réveiller leur « attention par l'appât d'une distinction honorable qui les « appellerait au Syndicat (i) ? »
A ces questions d'ordre moral vient s'en ajouter une autre, matérielle. Les Directoires, si chatouilleux sur les prérogatives, le sont bien davantage sur le traitement. Ils voient à contre-cœur que la loi attribue au Procureur Général Syndic un traitement plus élevé que le leur. C'est a injuste et impolitique », disent-ils. Dans l'attribution d'un salaire quelconque aux administrateurs veut-on ne voir qu'une simple indemnité de la dépense causée par les déplacements auxquels ils sont tenus, « de la perte sur « les affiiires domestiques produite par leur absence », ou bien veut-on y joindre le prix du travail ?
S'il ne s'agit que d'une indemnité, la fixation doit en être la même pour les membres du Directoire et pour le Procureur, parce que la dépense est la même pour tous ainsi que la perte causée par leur éloignement de leurs affaires. On ne peut objecter qu'un Procureur étant dans le cas de représenter il est exposé par là à une plus forte dépense. Est-ce que les Présidents des corps administratifs ne sont pas, plus que les Procureurs, dans le cas de représenter ?
Si c'est pour payer leur travail, celui des membres du Directoire est au moins égal à celui des Procureurs. Le genre de connaissance nécessaire à tous deux est le même encore et voilà qu'on accorde à ceux-ci non-seulement un surcroît de salaire, mais un surcroît de moitié, de manière
(i) Arch. Nat. D iv, 66. Var.