LES RAPPORTS DES ANTIPOLITIQUES ET DES AIVIIS
Le premier Janvier 1791 a dissipé le malentendu. Mais voici que le 2, les nuages reparaissent plus menaçants que jamais. Le rêve des « Amis y> serait d'accaparer les Antipolitiques, de se Ie3 assimiler et de les fondre avec eux. Ils mettent tout en œuvre pour les convaincre. Mus par un sentiment de confraternité qui s'explique, les Antipolitiques ont demandé aux « Amis y> de Marseille affiliation et correspondance. Les « Amis y> de Marseille leur répondent que deux raisons s'opposent au désir de leurs Frères, quelque envie qu'ils ressentent de leur être agréables. D'abord il faut que les Antipolitiques soient affiliés au club des Jacobins, puis qu'ils « ne fassent qu'un corps avec les (c Amis » d'Aix. L'invitation est formelle. Si les Antipolitiques ne s'y rendent pas, c'est que décidément ils ne veulent rien entendre. Ils ne voulaient pas non plus être dupes. Ces pourparlers avaient lieu le 13 Janvier 1791 et l'abbé Rive vivait encore. Les Antipolitiques en référèrent à leur c( Ange y> et 1' c< Ange » se chargea de la réponse. Il prit son temps. Deux mois après, il fit renouveler par la société en séance solennelle l'affiliation avec les « Amis » d'Aix, mais ce seulement d'esprit et de sentiment ». L'abbé entendait garder sa liberté, ne mettre son influence qu'au service de qui lui plaisait, n'agir qu'à bon escient. Il avaitraison. L'avenir se chargea de le prouver.
Les « Amis y> se le tinrent pour dit et l'indiscrète demande ne fut pas renouvelée. Les rapports continuèrent, mais aigres-doux entre les deux sociétés. On s'appelait toujours « Chers Frères J) dans la correspondance quotidienne, mais on s'observait. On ne cherchait pas les occasions de s'être désagréables les uns aux autres; mais s'il s'en présentait quelqu'une, on n'avait garde de la laisser échapper. Lors de la malheureuse affaire d'Avignon, en décembre 1790, un grand nombre de patriotes de Marseille et de Toulon, poussés par les Antipolitiques, avaient projeté d'aller se joindre aux Avignonais vexés par l'armée de l'Union. En janvier 1791, les « Amis » d'Aix furent avisés que les nou-
veaux croisés allaient se mettre en marche. Ils feignirent de craindre pour leurs propriétés, députèrent aux corps administratifs en protestant qu'ils voyaient cette expédition de mauvais œil, que s'il le fallait, ils a s'opposeraient par la « force à son passage ». Les Antipolitiques renoncèrent à leur croisade, colorèrent leur recul du nom de soumission respectueuse à la loi. Mais leur dépit fut extrême et ils se promirent de s'en venger.
La lutte s'engage donc dès ce jour entre les anciens Frères. Les deux sociétés vont en venir aux mains» Laquelle l'emportera? Celle évidemment qui aura le plus d'influence, par là même le plus d'adeptes. D'où l'idée de rayonner autour d'Aix, d'évangéliser les campagnes d'ailleurs bien disposées, de semer la bonne parole, de créer un peu partout des colonies Antipolitiques avec qui on entretienne une correspondance active et qui, à un moment donné, puissent combiner leurs efforts vers un but commun. Les Antipolitiques adoptent une formule pour les évangélistes. ce Le but de notre Association est « de propager l'esprit public parmi les peuples des cam- « pagnes, de les éclairer sur le véritable esprit des décrets « de l'Assemblée Nationale, d'opposer une masse redou- « table de forces et d'opinions aux ennemis de la chose « publique, de surveiller les autorités constituées, de. « déjouer les différentes conspirations dirigées contre la « Constitution, de présenter à nos tyrans l'évangile poli- « tique d'une main et le fer homicide de l'autre, et enfin « de donner l'exemple de l'obéissance aux lois ». — Les d Amis » d'Aix et de Marseille n'en disent pas tant. Ils se bornent à affirmer leur respect pour la Constitution.
Les adhésions ne se font pas attendre. Le 30 Décembre 1 790, les Antipolitiques ont voté à l'unanimité l'aflfiliation