‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 56 sur 155 · LE CLUB DES AMIS DU ROI · texte numérisé non relu

LE CLUB DES AMIS DU ROI

L'échauffouréedu 13 Décembre 1790 où nombre d' Antipolitiques et quelques cl Amis d se trouvèrent mêlés en fut la première cause. Les royalistes d'Aix avaient voulu fonder un nouveau club pour tenir tête aux deux autres. Il devait s'appeler « le Club des Amis du Roi, de la Religion « et de la Paix, d Pour le constituer on se livra à l'embauchage le moins dissimulé. « Pascal, maréchal-ferrant, étant « au Café de Gibert, le 8 Décembre 1790, le sieur Langiez « fils lui proposa de donner sa signature pour un cercle qui <i devait s'établir dans cette ville pour soulager les familles « pauvres (i)d. Comme il y a de bonnes âmes partout, et en particulier chez les ignorants, Pascal signa et avec lui, Amiel, perruquier. La société nouvelle comptait déjà un certain nombre de recrues ; l'affaire dePascalis l'écrasa dans Tceuf. Elle se dissout avant de s'être réunie. On eut la cruauté de la poursuivre. Département, district, municipalité, qui auparavant s'étaient tenus cois et avaient fait preuve d'une prudence excessive, témoignèrent, le danger écarté, d'un zèle sans pareil. Ils sommèrent « les personnes qui avaient « signé la liste du cercle futur d'avoir à comparaître par « devant l'accusateur public à peine d'être poursuivies sans ce huitaine ». Il n'en fut d'ailleurs que cela. Nul ne se présenta, nul ne fut poursuivi. On s'en serait bien gardé. Les royalistes prirent peur quand même. Ils cherchèrent à se garantir contre l'effet de ces menaces et ne virent rien de plus habile que de se faire recevoir membres delà société des « Amis de la Constitution ».

Ils s'y glissèrent en tel nombre que l'esprit de cette société en fut rapidement modifié. Ils y apportaient leurs préjugés et leurs passions. Avant leur intrusion, les « Amis » pouvaient reprocher aux Antipolitiques leur développement rapide, leur succès croissant chaque jour. Avecles nouveaux venus, Tenvie se change en haine.

L'origine différente des deux sociétés, la modification

(i) Arch. des B. da Rh, L, 247, 11 Dec. 1790.

profonde qui vient de se produire dans le sein de Tune d'elles, indiquent dans quel sens elles vont diriger leur action. La raison qui fera de Tune un centre de propagande royaliste et cléricale fera de l'autre un foyer républicain et libéral. A mesure que celle-là versera dans la réaction, celle-ci qui défend seule le présent et ses conquêtes, combattra à visage découvert et protestera au besoin en forçant la voix. Et il faut le dire, parce que c'est vrai, dût leur réputation en être atteinte, les Administrations de Département et de district sont portées à favoriser les « Amis y> qui les ménagent et à molester les Antipolitiques qui les harcèlent.

Les deux sociétés agissent d'abord en commun. Ce sont les « Amis » d'Aix qui recherchent les Antipolitiques. Visiblement, ils leur font des avances. Le 28 novembre 1790, ils leur demandent l'union. L'union est accordée; on s'embrasse, on fait serment de marcher contre l'ennemi commun qui est l'aristocratie, sans faiblesse, comme il convient et la main dans la main. Les jours suivants, tout se passe pour le mieux. L'affaire Pascalis a paru mettre le sceau au bon accord. Rien ne se fait chez les « Amis > que les Antipolitiques n'en soient informés. Nulle décision n'est prise par les Antipolitiques que les « Amis » n'y aient adhéré. 11 s'échange journellement entre les deux sociétés des députations fréquentes à propos de tout et de rien. Peut-être éprouvent-elles déjà le t)esoin d'être averties exactement de ce qui se passe chez l'une et chez l'autre.

Cette bpnne harmonie règne juste trois mois. Les premiers nuages paraissent à propos d'un blâme qui vise d'André. Le 31 Décembre, les Antipolitiques agitent la question de savoir si on permettra que le fauteuil présidentiel de l'Assemblée Nationale soit offert sans protestation « à cet infâme »• Ils ne demandent rien moins que d'en voir « André pré- « cipité et mis aux prisons de l'Abbaye pour son procès être « fait et parfait ». La société des « Amis » n'ose se prononcer à ce sujet ; elle déclare ajourner sa délibération»

Page 1