LES « AMIS » DEPENDENT DES AUTORITES
inoins peut-on se permettre des suppositions qui ont tout Je caractère de la vraisemblance. Les « Amis » de Marseille ^t d' Aix n'ont pas eu la force d'expansion des Antipolitiques. Jls n'ont pas été des apôtres comme eux. C'est qu'ils n'avaient pas la foi nécessaire ; leur recrutement s'y opposait. Les autorités de Départements, de districts, les municipalités, pesaient sur eux et liaient leurs mains. Directeurs, (municipaux, notables, s'étaient glissés parmi eux et dictaient leurs résolutions. Ce n'est pas au prêche infatigable, à la correspondance de chaque heure, à l'échange incessant de députés qui vont porter ou viennent entendre la bonne parole que les « Amis d durent d'avoir grandi. La multiplication de leurs sociétés s'explique d'autre manière. Partout ^où il y a une autorité importante, il y a une société .d' «Amis» qu'elle tient dans samain. A Aix, c'estle Dépar- .tement qui la dirige ; dans les autres communes, c'est le .maire qui la préside.
Assurément, c'est un excellent moyen de discipliner les masses, de faire la police chez elles, de les diriger là où l'on yeut qu'elles aillent. Mais une tutelle aussi absorbante .^s'oppose à toute initiative et contrarie tout développement. Les « Amis » naissent avec les municipalités et les Directoires, vivent avec eux, mais doivent mourir aussi quand ils meurent. Supposez que certains esprits, moins malléables que d'autres, protestent contre une servitude aussi ,peu dissimulée : la scission se produit et une société nouvelle se fonde à côté de la première. C'est ce qui est arrivé Jl Marseille en 1792. Les a Amis de la Constitution » d'alors, mal contents de l'esprit rétrograde qui animait leur :SOciété ont fondé un club d Les Amis de la Liberté et de 4L l'Egalité ». On comprend sans peine que des hommes de la trempe de Laugier et de Moïse Bayle n'aient pu rester .dans un milieu où il était passé de règle qu'on dût approuver tout d'avance.
En Juillet 1 79 1 , il y a donc dans les trois départements »de l'ancienne Provence, dans les Bouches-du-Rhône et le
Var surtout, deux sortes de sociétés très nettement tranchées : les « Amis » qui soutiennent avec énergie le pouvoir existant ; les « Antipolitiques j> qui discutent les mesures qu'il a prises, qui parfois les combattent. Qui desdeux aura le dessus ? Evidemment le parti qui représente la discussion libre.
Combien a-t-on fait d'erreurs sur son compte ! Que de gens, qui y trouvaient intérêt, se sont appliqués à le discréditer I Pour la généralité du public, les clubs de la révolution, les sociétés populaires n'ont été et ne sont encore qu'un ramassis de gueux en loques, ivres du matin au soir, le sabre à la main et Tordure aux lèvres, convoyant la charrette et dansant la carmagnole autour de la guillotine. Des sentiments humains chez ces gens-là, n'en chercher pas : vous y perdriez vos peines. Leurs réunions n'ont été faites que pour exciter à la haine des citoyens les uns contre les autres, pour dénoncer le ci-devant et s'enrichir « de d ses belles dépouilles sanglantes » : on n'a dû y entendre que des motions de vol et d'assassinat.
Combien la vérité a de peine à se faire jour ! Q\;ie le^ clubs des Bouches-du-Rhône et du Var aient retenti de menaces justifiées pendant les mois néfastes où le fédéralisme fut triomphant, où les sections de Marseille se levèvent contre la Convention et tendirent la main à l'Angleterre, il serait puéril de le nier. Je ne le nierai donc point. Mais j'ose affirmer par contre que, pendant les premières années de leur existence, ils ne furent point sanguinaires ; que la fraternité pour eux ne fut pas un vain mot : qu'ils rendirent des services très-réels à la cause de la liberté. Et c'est pour cela que j'ai pris à cœur de les mettre en lumière, derendre aux Antipolitiques du Midi provençal l'hommage de vérité qui leur est dû, en m'élevant contre la légende que des haines pieuses et des mensonges calculés ont entretenue depuis cent années avec conscience, dans le* double but d'édifier les honnêtes gens et d'en imposer aux faibles d'esprit.