V. — Conclusion d'ensemble
Pour conclure, je m'en liens à la formule que j'ai déjà énoncée (1) : « C'est que nous ne savons pas exactement ce qu'était la pièce jouée en 1828. » J'ajoute — proposition déjà indiquée aussi — qu'il est fort probable que la pièce jouée en 1828 était très différente de la pièce primitive ; et quant à la « reconstitution » qu'a essayé d'en donner M. Paul Meurice, elle n'est qu'une « approximation » plus ou moins éloignée de ce que fut le drame représenté.
Donc, sur ce point, mes idées ne se sont en rien modifiées depuis mon article du 14 mai (art. IV).
Reste la question du texte de 1822.
Ici la discussion de MM. Glachant, dans leur volume sur les Drames en prose, et les lettres citées plus haut de M. Paul Glachant, ont apporté des éléments nouveaux qui compliquent la question ou du moins obligent à la poser autrement qu'elle ne se posait au début de ces études. Ce que je disais antérieurement, dans mon article du 14 mai, est vrai encore ici : a Le drame reconstitué (dans l'édition ne varietur) n'offre que des différences
(1) V. sup., page 31.
{■2) Ibid., page 30.
— Gide détail, sauf pour le dénouement, avec le texte de 1822 (ou du moins celui qui jusqu'ici passait p^ur tel) ; au fond, c'est la même œuvre (1). » Mais aujourd'hui, après les révélations de MM. Glachant, il me faut ajouter ceci : les deux textes publiés, assez peu dissemblables, en somme, ne donnent ni l'un ni l'autre le texte même du manuscrit de 1822 ; ils ne sont qu'une « approximation » de ce texte comme de celui de 1828 ; ils ont l'un et l'autre subi les remaniements et arrangements de M. Paul Meurice ; et cela dans quelle mesure ? C'est ce qu'il sera impossible d'apprécier tant que la critique n'aura pas entre les mains le manuscrit original que possède M. Meurice.
Malgré tout, il y a bien cependant un texte primitif, ne fût-ce qu'un plan développé, un canevas, un schéma de drame, quelque chose enfin qui existe réellement et où l'on peut saisir la pensée dramatique de Victor Hugo. L'existence de ce « quelque chose " suffît, j'ose le croire, à justifier l'élude que j'avais entreprise.'
(1) V. sup., page 30.