‹ Les débuts du règneChapitre 3 sur 7 · PROCÈS D'OLIVIER LE DAIN · texte numérisé non relu

PROCÈS D'OLIVIER LE DAIN

De tous les serviteurs de Louis XI, le plus actif et le plus détesté était à coup sûr ce barbier originaire de Flandre, venu vers 1469 auprès du roi (2). Étant parvenu

Origine r v / r

fè°Dain.r & se rendre utile, puis bientôt nécessaire, devenu rapide-

(1) Dans les archives du Parlement de Paris, la série des registres criminels est l'une des plus considérables et certainement la moins connue. Elle ne comprend pas moins de 900 registres, contenant non-seulement les arrêts, mais les délibérations du conseil et d'assez nombreux plaidoyers que résumaient par curiosité les greffiers avant que la coutume ne leur fit un devoir d'en tenir note.

C'est à l'aide de ces registres que nous avons pu reconstituer la suite du procès criminel d'Olivier le Dain qui fut jugé en 1483. Les interrogatoires et les pièces mêmes de la procédure ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Quatre ordres de documents ont pu être consultés : les plaintes des parties civiles accompagnant la mise en accusation, l'analyse des délibérations du Parlement au cours du procès, l'arrêt définitif et enfin les plaidoyers des avocats demandant plus tard à la justice les réparations pécuniaires que réclamaient les plaignants.

Telles sont les sources de l'analyse que l'Académie a bien voulu entendre.

(2) Dans les comptes de dépenses de Louis XI, nous lisons, dès le mois de février 1470, le remboursement des frais d'un voyage accompli par « Olivier le Mauvais, d'Amboise à Paris pour prendre c et appréhender au corps aucune personne dont le roy luy avoit « expressément baillé la charge. » (Arch. curieuses de l'Sist. de France, lre série, t. I, p. 92).

ment et par tous les moyens possesseur d'immenses revenus, ayant amassé sur sa lête l'impopularité aussi vite que la fortune, maudit du peuple sous le nom d'Olivier le Diable ou le Mauvais (1), annobli sous celui d'Olivier le Dain, élevé enfin au rang des seigneurs avec le titre de comte de Meulan, il atteignait ainsi le comble de la prospérité, peu de temps avant la fin du maître auquel il devait tout et dont la mort allait précipiter sa chute.

Louis XI habitait loin de Paris; Olivier le Dain y résidait fréquemment. Capitaine du pont de Saint-Gloud, garde de la garenne de Rouvray, que quelques-uns appelaient déjà la forêt de Boulogne, possesseur de biens considérables dans la vallée delà Seine dont il entravait ou facilitait à son gré la navigation, il exécutait violemment les coups de main qu'avait conçus son insatiable avidité.

La masse de la population parisienne ne faisait pas remonter jusqu'à Louis XI la responsabilité des maux dont Olivier était l'instrument ou l'auteur ; elle réservait

(1) Né à Thielt, près de Bruges (voir Kervyn de Lettenhove. Hist. de Flandre, t. V, p. 232) le barbier de Louis XI se nommait Olivier Necker. — Son nom de famille signifiait en flamand le génie malfaisant des eaux et par extension démon, diable. Dès son arrivée en France, Olivier fut appelé le Diable et pour ne pas pro- • noncer un mot damnable, on le nommait autour du roi le Mauvais, sans donner à cette épithète la portée que les haines populaires ne tardèrent pas à lui imprimer. C'est alors que Louis XI, par des lettres d'octobre 1474 (Ord., t. XVIII, p. 58.) annoblit Olivier, lui donna le surnom de le Dain , et défendit qu'on l'appelât dorénavant le Mauvais.

sa haine pour l'ambitieux favori dont le joug s'appesantissait sans cesse depuis dix ans sur les environs de la ville. La cause première des souffrances qu'ils enduraient échappait aux habitants de l'Ile-de-France : la plupart ne songeaient à en accuser qu'Olivier avec lequel ils étaient en contact et qui était pour eux le signe visible de la tyrannie.

Aussi, dès que Louis XI eut fermé les yeux, le gou- "XcLouisxP vernement de Charles VIII, fut-il saisi de plaintes de toutes sortes « contre les personnaiges qui estoient à « l'entour du feu roy (1), » et notamment contre Olivier et ses complices.

La situation était fort embarrassante pour la fille de Louis XL « Madame de Beaujeu, fine et déliée s'il en fut oncques, dit Brantôme, et vraie image en tout du roi son père, » aurait été tentée de continuer les pratiques et d'appliquer les maximes de Louis XI ; mais ses projets ne furent pas de longue durée; elle comprit bien vite qu'il était indispensable de détendre les ressorts du gouvernement; elle réunit autour d'elle les conseillers les moins compromis, et, en quelques semaines, laissa revenir ou rappela les exilés, restitua les biens confisqués, licencia une partie des Suisses, diminua les charges publiques et annonça la convocation prochaine des États-Généraux. Une telle sagesse, jointe à un rare esprit de décision, épargna les troubles dont la mort du roi semblait devoir être le signal. Ces réformes furent accueillies par toute la France avec une

(1) Chronique scandaleuse Commynes, édit. Godefroy, t. II, p. 284.

reconnaissance universelle ; mais ce qui causa le plus de ioie dans Paris, ce fut la nouvelle de l'arrestation

J ' Arrestation

d'Olivier le Dain avec un de ses complices, Daniel Bart, d01iVete,J| Dain qui venaient d'être renfermés dans la grosse tour du son ieuenaa Louvre, en attendant leur comparution devant les commissaires choisis pour les juger. Les registres du Parlement ne nous apprennent pas comment Olivier le Dain et Daniel Bart furent arrêtés.

Était-ce l'effet d'un ordre venu d'Amboise? Serait-ce en vertu d'un arrêt du Parlement ? L'imagination publique ne pouvait se contenter d'attribuer un si heureux événement aux plaintes que recevaient depuis quelques semaines le Parlement et le conseil du roi. A la vie d'un tel homme, il fallait un dénouement plus tragique. D'après un récit romanesque qui avait cours à Paris au xvie siècle, c'est à un soulèvement populaire qu'était due l'arrestation des favoris du roi. Pendant l'au- populaire

au sujet de

tomne qui avait suivi la mort de Louis XI, Olivier l'arrestation et ses serviteurs continuaient à Paris la vie insouciante et les audacieuses expéditions qu'avait si longtemps protégées la faveur patiente du roi. Ils parcouraient les routes, rançonnaient les voyageurs, comme si rien n'était changé dans le royaume. On racontait que vers le commencement d'octobre, la femme d'un gentilhomme arrêté était venue réclamer l'élargissement de son mari: elle était jeune et d'une grande beauté; elle se jeta aux pieds d'Olivier qui lui promit, si elle consentait à passer la nuit en son logis, de lui montrer, le lendemain, au réveil, son mari hors de prison. La jeune femme eut grand'peine à se résoudre; mais un refus

n'était-il pas l'arrêt de mort du prisonnier? Dès le lever du soleil, comme elle s'était échappée pour courir au pied de la tour du Louvre, elle trouva sur la berge le corps inanimé de son mari, étranglé dans la nuit sur les ordres d'Olivier, par les mains de Daniel Bart, et précipité ensuite dans la rivière. C'est ainsi qu'Olivier avait mis le gentilhomme hors de prison. Aux cris de la veuve, les bateliers étaient accourus, avaient recueilli de la bouche de la victime l'abominable récit mêlé d'imprécations : peu à peu l'excitation s'était accrue avec la foule, et bientôt une émotion populaire avait provoqué l'intervention de la justice et l'arrestation des coupables (1).

Assurément la scène est dramatique et bien faite pour demeurer gravée dans la mémoire du peuple ; mais à lire les pièces du procès aucun indice ne permet d'y ajouter foi. A la légende, il faut substituer l'histoire et au récit d'une aventure tragique une série de violences odieuses, mais plus vulgaires.

La première mention du procès que nous rencontrions dans les registres criminels est la défense signi- Le Parlement fiée par le Parlement, dans la matinée du 19 novem-

se saisit de L

(i9 nao*a.iru83). ^re ^83 à la requête du Procureur général, au sieur de Saint -Venant, capitaine du château du Louvre, de

(1) Voir Preuves et observations sur les mémoires de Commynes, par Godefroy, édit. Bruxelles 1723, t. V, p. 55. — Voir Antoine Le Pipre, Intentions morales, civiles et militaires. Anvers. 1625, p. 321, et Boitel. Les tragiques accidents des hommes illustres. Paris, 1616, petit in-12. Voir la plupart des auteurs modernes et, parmi eux, M. Henri Martin, t. VII, v>. 168. — M. de Ségur, Hist. de Charles VIII, t. I, p. 18, etc.

laisser transférer Olivier le Dain et Daniel Bart ses prisonniers, lui déclarant que s'il les laissait sortir, sans en avoir averti la Cour, il serait puni des mêmes peines qu'ils auraient eux-mêmes encourues (1).

Le Parlement ne cherchait pas seulement à éviter une évasion, mais il entendait s'assurer la haute main sur le procès qui allait s'instruire. Suivant la tradition laissée par Louis XI, le pouvoir avait confié à une commission arbitrairement choisie la charge de juger Olivier le Dain (2;. Peu d'abus avaient le don d'exciter plus vivement l'irritation des magistrats qui voulaient à tout prix rendre à la seule juridiction qui eût autorité régulière la connaissance de l'information. A cette question de compétence se joignait la pensée de ne point laisser échapper des criminels d'État, contre

(1) Registres criminels, Archives nationales, X2a, 48.

(2) La commission formée par le conseil du roi était-elle composée de maîtres des requêtes ou de conseillers au Parlement ? Ce point demeure obscur. Il est vrai que le Parlement ne montra pas contre eux cette ardeur passionnée qui l'animait lorsqu'il s'agissait des empiétements d'une juridiction rivale. L'arrêt du 20 novembre décidant que les commissaires du roi continueraient le procès sous la surveillance du Parlement, prouve à quel point cette compagnie était peu disposée à leur refuser sa confiance. Il faut ajouter que souvent Louis XI avait choisi ses commissions dans le sein de la Cour. A ces indices qui feraient croire que les commissaires étaient membres du Parlement, il faut opposer les termes de l'arrêt du 12 mai « Veu par la court le procès fait tant en icelle que par devant cer-

« tains commissaires à ce ordonnez et commis par le roy avec

« les confessions du dit Ledain faictes tant en la dicte court que « par devant les dits commissaires et depuis recollées en la dicte « court. »

lesquels tant de victimes de leurs actes demandaient justice à grands cris.

Depuis le jour où la défense fut signifiée au capitaine du Louvre, le Parlement vit se presser à sa barre tous ceux qui avaient à se plaindre d'Olivier le Dain. Le affinent nombre en fut considérable. Tous demandèrent que les

k la barre.

prisonniers ne fussent point emmenés de Paris et la plupart réclamèrent l'incarcération à la Conciergerie du Palais, tant était vive la crainte d'un enlèvement qui eût été le prélude d'un procès de pure forme, suivi peutêtre d'une absolution ou d'une peine dérisoire. Le Parlement n'était pas disposé à se laisser jouer. Le Procureur général revendiqua des premiers le transfèrement à la Conciergerie (20 novembre). La Cour se borna à envoyer au Louvre quelques-uns de ses huissiers et à faire comparaître de nouveau devant elle le capitaine du Louvre en personne, auquel elle recommanda pour la seconde fois les prisonniers sous la forme la plus solennelle.

irrésolutions Le conseil du roi n'apprit pas sans inquiétude les

du conseil

du roi. nouvelles de Paris : il voulait bien satisfaire l'opinion publique par quelque démonstration opportune, mais il avait de graves raisons pour ne pas pousser les choses aux dernières limites.

Louis xi II y avait un an à peine que Louis XI, se sentant

avait fait .,,...

p omettre à son mortellement atteint, s était lait transporter du Plessis-

lils de ne pas

sesserviuurs. lès-Tours à Amboise> pour recommander ses serviteurs au jeune enfant qui allait lui succéder. Dans une entrevue solennelle, en présence de son conseil assemblé, de Jean de Doyat, et sans doute d'Olivier le Dain, il avait remontré à son fils Charles « le dommage irréparable »

qui avait été la suite des destitutions faites à son avènement, les regrets tardifs qu'il en avait conçus, et l'utilité de ne point renouveler une telle faute. Non content de lui avoir fait prêter serment de ne point changer ses officiers, il avait fait dresser procès-verbal de ses instructions suivies des promesses du Dauphin et avait ordonné qu'elles seraient enregistrées par les Parlements. Les anciens conseillers de Louis XI, devenus les conseillers de Mme de Beaujeu, se sentant liés par ces souvenirs, ne désiraient pas plus qu'elle, prêter les mains à des persécutions qui pouvaient devenir sanglantes. En réalité, plusieurs d'entre eux en voulaient moins à la vie qu'aux biens de l'ancien barbier : l'immixtion du Parlement semblait menacer la proie que convoitaient plus d'un prince, et, parmi eux, au premier rang, le jeune duc d'Orléans ; il n'en fallait pas davantage pour exciter les alarmes. Des lettres furent adressées au , L.ettre* ,

r da roi et du duc

Parlement afin de lui enlever la connaissance du procès, demandant Le duc d'Orléans réclamait la remise d'Olivier comme de se dessaisir. étant « son sujet justiciable, » en se fondant sur la situation d'une des terres possédées par l'accusé dans ses domaines, et le roi écrivait à la Cour pour appuyer la réclamation du prince.

Un maître des requêtes apporta aux Chambres assemblées la missive royale (26 novembre) : la Cour se borna à ordonner la communication de cette pièce aux gens du roi, et, quand le surlendemain l'envoyé de Charles VIII insista pour la prompte exécution des lettres, le Procureur général s'y opposa si formellement que les Chambres durent statuer.

Le Parlement avait un art merveilleux pour éviter les

conflits en temporisant. Entre la volonté royale et sa ré-

Le Parlement solution de juger les prisonniers, il prit le parti de surprend la .

fc^re'trinsférêr seoir à staluer sur le d^at de compétence, et, par provi- ^coSgerie.1* sion' décida le transfèrement immédiat à la Conciergerie (28 novembre), ce qui prévenait toute surprise.

Le Conseil , en apprenant la décision du Parlement , recula devant un conflit , et le duc d'Orléans , réduit à ses seules forces, distrait d'ailleurs par les fêtes qui accueillaient son entrée dans la capitale de son duché, laissa sans instructions ses procureurs qui se contentèretieït Saire, rent de demander des délais. Enfin, le 11 décembre, le Procureur général prenant acte du silence prolongé du prince, requit la Cour de procéder contre les prisonniers « comme par main souveraine. » Le Parlement fit droit à ces conclusions et à partir de ce jour la compétence des juges ne fut plus contestée.

inforaeaïoènepar Les ma£istrats n'avaient pas attendu cet arrêt pour lescorojmauTires commencer l'information. Quand le Parlement s'était saisi de l'affaire, il avait trouvé les commissaires royaux fort occupés à rassembler les charges ; il avait ordonné que ceux-ci continueraient le procès et que la Cour le verrait après eux (20 novembre).

Examen de Plus tard, un président et six conseillers furent délépar 'a cour, gUes pour voir et visiter les informations « afin de regarder quels préparatoires seront à faire pour continuer le procès (9 décembre). »

Six jours après cet arrêt, Olivier comparut pour la première fois devant la Cour assemblée en la Grand'Chambre (15 décembre).QIl prêta serment de dire la vérité, puis « ses confessions faites devant les commissaires

commis par le Roy à faire son procès » lui furenl « leues de mot à mot, » et il déclara y persévérer.

La Cour désigna de nouveau six conseillers au Parlement, afin de prendre en main et d'achever les interrogatoires (1), puis de faire leur rapport à la Cour « pour procéder à la perfection dudit procès. »

Jusque-là il n'y avait eu qu'une information préparatoire : la véritable instruction criminelle commença à dater de ce jour. Elle allait se poursuivre avec une activité dont témoignent les registres criminels.

Les procès-verbaux d'interrogatoire , nous l'avons déjà dit, n'ont pas été conservés; mais, à l'aide des plaintes et de l'arrêt, il est facile de retrouver les traits principaux de l'accusation.

La postérité a chargé de tous les crimes la mémoire d'Olivier le Dain. Nous allons voir que le favori de Louis XI semble avoir commis moins de cruautés que de vols, de rapines oppressives et d'abus de pouvoir.

De toutes les victimes qu'avait faites sa tyrannie , il n'y en eut pas devant le Parlement de plus âpre à la vengeance, de plus implacable dans sa poursuite et de mieux écoutée que Me Martin de Bellefaye, conseiller du

(lj La commission du 15 décembre ne comprenait que deux membres ayant fait partie de la commission préparatoire du 9 décembre. Elle se composait de Jehan de Caulers, de Philippe des Plantes, de Guillaume Allegrin, de Girard Seguier, de Guillaume A ymeret, et à'Estienne du Ru. Ce dernier recevait une mission spéciale ainsi définie : « Et ordonne la dicte Cour que toutes les cbarges « et informacions faictes à l'encontre du dict maistre Olivier seront « baillées au dit maistre Estienne du Ru pour d'icelles extraire les « articles et interrogatoires, sur lesquels le dit maistre Olivier sera vt interrogué par les dits commissaires. » (15 décembre.)

Choix de six conseillers,

instructeurs, lodécembre.

Plainte

de

Martin

de Bellefaye.

Violences de

roi en la Cour depuis vingt-deux ans, l'un des doyens de la compagnie, en lutte depuis cinq ans contre le puissant barbier, ayant soutenu les privilèges de la juridiction royale, s'étant compromis pour elle , ayant enfin succombé devant la haine d'Olivier et reparaissant après un exil de quatre années pour demander justice à ses collègues d'un attentat qui avait, en sa personne, frappé le Parlement tout entier (1).

La cause de la disgrâce du conseiller Martin de Bellefaye, longuement racontée dans la plainte, nous montrera dans tous leurs détails les violences qui servaient de fondement à l'accusation.

Olivier le Dain, pourvu par le roi de la charge de ca- DanieieBart, pitaine du pont de Saint-Cloud et de garde de la garenne d'Olivier, contre de Rouvrav, habitué à voir tout céder devant son inllexi-

les habitants

de saint-cioud. b\e volonté, était entré en lutte avec les autorités plus anciennes et plus douces que reconnaissaient et respectaient les habitants. Son lieutenant était Daniel Bart(2), homme dur et sans merci, auquel il avait délégué l'ensemble de ses pouvoirs. Le lieutenant n'avait pas tardé à fatiguer les habitants de Saint-Cloud de ses exigences ; aux premiers refus de satisfaire à ses caprices, il avait

(1) Martin de Bellefaye, avocat au Châtelet en 1454, lieutenant criminel du prévôt de Paris en juillet 1460, résigne cette fonction le 26 février 1461 (v. s.) pour devenir conseiller lai au Parlement. Il fut un des exécuteurs testamentaires de Villon. Voir Etude biographique sur François Villon, par A. Longnon. Paris. Menu. 1877, p. 105.

(2) Daniel Baert, compatriote d'Olivier, était venu avec lui de Flandres et se montrait tout dévoué au maître qui l'avait introduit auprès du roi.

fait arrêter plusieurs d'entre eux, les avait « détenus « prisonniers en diverses prisons et laissez longuement « sans boire ne manger et les avoit rançonnez à grans « sommes de deniers qu'il a exigées d'eulx , nonobstant « opposicions ou appellacions (1). »

Vainement les familles des victimes firent-elles enten- . . ,

Résistance

dre leurs plaintes; elles invoquèrent enfin l'appui de rÉvêqqe de

• . Paris

l'Evêque de Paris qui avait de temps immémorial à Saint-Gloud droit de haute, moyenne et basse justice, et qui jouissait même de certains démembrements de la propriété sur le cours de la Seine et les bois qui en bordaient les rives. En 1477, l'Evêque se décida h rompre ouvertement avec Daniel Bart. S'appuyant sur le privilège qu'il possédait de voir ses causes déférées aux gens tenant les requêtes du Palais (2), il prit parti pour l'un de ses « hostes et subjects, » violemment arrêté par Daniel Bart et emprisonné à Montmartre. L'acte qui avait pour effet de dessaisir la juridiction suivant la procédure d'alors, devait être signifiée à la personne même du juge. L'Evêque de Paris choisit pour exécuter cette mission « Jehan Gaignon, homme gradué, licencié et avocat à la Cour du Parlement » qui se présenta à Daniei Bart Saint-Gloud en l'auditoire du lieutenant d'Olivier. Daniel le procureur de

l'Evêque.

Bart, exaspéré d'une telle audace « se leva de son siège, « prinst le dit Gaignon au corps, le constitua prisont nier, et lui bailla un carcan ou fillecte de fer où pen- <i doit une chaisne de fer fort pesant et en cest estât le « laissa toute la nuyt. »

(1) Plainte de Tévêque de Paris, 20 novembre 1483. Registres criminels.

(2) Privilège de Gommitlimus.

L'Evêque se plaint au Parlement.

Une telle violence changeait la nature de la querelle. Averti dans la soirée, l'Évêque se transportait dès le matin au Parlement, faisait le récit des actes commis à Saint-Cloud et obtenait sur le champ un arrêt déléguant des « huissiers pour aller quérir Gaignon et l'emme- « ner en Testât qu'il estoit. »

Le malheureux ne pouvait faire un mouvement : le carcan était fermé à clé et la chaîne se terminait par une boule de fer pesant 300 livres : les huissiers l'apportèrent en la Tournelle, où s'assemblèrent les conseillers qui ordonnèrent qu'il fût « defferré. >j Malgré l'habileté des gens de la Conciergerie, on ne put ouvrir le fer : force fut d'aller chercher Daniel Bart lui-même qui avait conservé la clé. Le procès-verbal rapporte que malgré cette clé, il fallut frapper plusieurs coups tant le fer était serré.

Daniel avait dû ressentir quelque trouble en franchissant le seuil du Palais. Depuis longtemps, son nom y était connu. Les plaintes contre lui s'y étaient accumulées. Dans la matinée, au seul bruit des démarches de l'Évêque de Paris, dix-huit informations contre le lieutenant d'Olivier avaient été apportées du Châtelet. Le Parlement résolut de mettre fin à une si scandaleuse impunité.

L'information fut ordonnée, Daniel envoyé à la Conciergerie et bientôt soumis à la question par ordre de la Cour. oiivier L'affaire menaçait de devenir périlleuse pour Olivier

fait enlever au , ^ . TI , , „. T

Parlement le Dain. 11 il était que temps d intervenir. La sentence

la connaissance

du procès, allait être prononcée, quand des lettres de Louis XI enlevèrent au Parlement la connaissance du procès et le

Daniel Bart arrêté.

renvoyèrent au Châtelet où l'affaire ne tarda pas à être étouffée parle lieutenant criminel, Pierre de la Dehors, créalure du puissant favori.

Remis en liberté, Daniel Bart n'avait songé qu'à tirer vengeance

" * d Olivier et de

vengeance du Parlement et de l'Évêque. Excitant son *$*£$£ maître contre ceux qu'il appelait ses persécuteurs, lui e e ea>e nommant successivement les magistrats et les chanoines, il obtint qu'une expédition dirigée contre eux satistit sa haine. Olivier, qui avait déjà des griefs personnels contre le conseiller Martin de Bellefaye, fit venir d'Orléans un barbier nommé Jehan Beauharnois , lui promit de le nommer prévôt des maréchaux et lui donna une troupe de gens. Un matin, pendant que Bellefaye était à l'audience, la maison du conseiller fut cernée, envahie, visitée de haut en bas; sa femme protesta en vain, et déclara en appeler au Parlement, Beauharnois n'en tint compte, et laissant derrière lui une garnison « de mangeurs » se rendit au palais, en arrêtant r-ur la route Alain de la Croix et Nicolas le Mercier, huissiers de la Cour, qui étaient venus délivrer Gaignon à Saint-Cloud.

Arrivée dans l'enceinte du Parlement, la bande s'em- Beiieraye

arrête par

para de Me Martin de Bellefaye et se retira avec les trois e^SéT'u

, ,, t , , , suite d'une

prisonniers qu elle déposa sous bonne garde « en une bsnde. taverne publique, b rendez-vous « d'hommes et de femmes de vie dissolue. » Le lendemain, Beauharnois et sa troupe les traînèrent à leur suite « à Etampes, « puis ailleurs par les champs, là où bon lui sembla, et « après les ramena à Paris. »

Durant son emprisonnement, Bellefaye avait été souvent interrogé par Beauharnois et de la Dehors sur c la

question et gehaine » faite sur la personne de Daniel Bart; ses accusateurs soutenant que ces mesures rigoureuses n'avaient pas été ordonnées par la Cour, Bellefaye produisit tout aussitôt l'ordre signé qu'il avait exécuté. Ce vain simulacre de procès n'était qu'un prétexte à exactions de toutes sortes : il ne suffisait pas que la maison de Bellefaye fût pleine de gens vivants à ses dépens; Beauharnois lui avait extorqué plus de deux cents écus et pris sur ses biens ce qui semblait bon à Olivier, sans les ordres de qui il ne se permettait pas d'agir. Mécontent de la justification du conseiller, Olivier chercha de nouveaux griefs. Il avait trouvé dans les coffres du roi des plaintes adressées à Louis XI par le Parlement et l'Évêque contre Daniel Bart. Ne fallait-il pas en découvrir l'origine et connaître les noms de ceux qui avaient eu la témérité de dénoncer Olivier et son lieutenant? N'obtenait-on pas de la sorte un moyen de se venger de l'Évêque qui était la cause première de Perquisition tout ce scandale ? Beauharnois et de la Dehors se rendez î^Eveque de ^ren^ 4 ^ l'hôtel épiscopal sans commission, ni mandement, interrogèrent l'évêque, fouillèrent partout et arrêtèrent deux chanoines (1) que Beauharnois emmena rrestation ^ en gQn j15teuerje yy et détint longtemps prisonniers.

deux chanoines.

Afin de conserver du moins les formes judiciaires,

Olivier, qui disposait à son gré de la signature royale,

commission nt constituer une commission chargée de faire le procès

de •

jugement, du magistrat, des deux chanoines et des huissiers. La

(1) « Maistre Jehan Saullay, secrétaire de l'Evêque de Paris, lors « chanoine de Saint-Germain, à présent chanoine de Paris, et c maistre Pierre Garnier, doyen de Bressinet et chanoine de Paris. »

Dehors et Jean de Ladriesche, président à la Chambre des comptes (1), étaient les principaux juges; chaque jours ils prenaient les ordres d'Olivier dont ils exécutaient toutes les volontés. Après sept mois de tortures morale, et matérielles, les accusés furent relâchés, les commissaires ayant été contraints de reconnaître qu'il n'y avait pas matière à condamnation. Toutefois, en ordonnant l'élargissement des prisonniers, ils refusèrent de leur accorder une réparation quelconque.

Bellefaye et ses compagnons avaient tenté tout aussitôt de saisir le Parlement, mais telle était la crainte qu'inspiraient les favoris du roi, que la chancellerie refusa tout ajournement d'appel et qu'ils durent se borner à une protestation devant notaire.

Ainsi le Parlement de Paris en était réduit, sous Louis XI, à voir un de ses membres arraché de son siège par un chef de bande à la solde d'un favori, promené de prison en prison, poursuivi par une commission sans compétence, et impuissant à obtenir justice.

Olivier le Dain ne s'en tint pas là : la présence de Bellefaye au sein de la Cour aurait pu exciter les esprits : son éloignement fut résolu. Pour le compromettre

Bellefaye

renvoyé des

poursuite

ne peut en

appeler

au

Tarlement.

Il est accusé èse-majesté et exclu

du Parlement.

de

(1) Flamand, comme Olivier et Daniel Baeit, il se nommait Jean Van den Driessche, et avait été banni par le duc de Bourgogne. Recueilli par Louis XI et pris en affection, « pour cause qu'il le veoit homme d'entremise et de subtil engin, » il devint trésorier de France, puis, en 1472, président à la chambre des comptes. Voir Chatellain cité par Kerwyn de Lettenhove. Lettre et nég. de Ph. de Commynes, t. I, p. 335. — Pendant le procès, Jehan de Ladriesche. tenta de communiquer au Louvre avec les prisonniers et fut ajourné devant le Parlement. (Registre criminel, 20 novembre).

A la mort

de Louis XI Bellefay«

auprès du roi qui avait de l'estime pour le caractère du magistrat, il fut accusé d'avoir, dix ans auparavant, dans une ambassade auprès du duc de Bourgogne, prêté serment à ce prince, et des lettres fondées sur ce fait le suspendirent de son office. Depuis quatre ans, Bellefaye n'avait pu prendre part aux travaux de la Cour, où la mort du roi venait de lui rendre son siège.

Quinze jours après que le Parlement eut appris l'avènement de Charles VIII, laTournelle criminelle, qui reprendsoa tenait audience pendant les vacations, s'assembla pour porte plainte. or(jonner ie paiement à Bellefaye de l'arriéré de ses gages (1). En même temps, l'ajournement d'appel réclamé cinq ans auparavant était obtenu, et le Parlement était saisi pour sa rentrée de novembre de la plainte que nous venons d'analyser.

Non moins sévère était le langage de l'Évêque de Paris, demandant justice pour l'arrestation de Gaignon, racontant l'envahissement de son hôtel, les menaces injurieuses qui avaient précédé son interrogatoire, peignant la contrainte morale qu'il avait subie, la violence de la perquisition, les coffres de ses secrétaires brisés, le pillage des sommes d'argent qu'ils contenaient et la brutale arrestation des deux chanoines. Au récit de cette scène qu'avait déjà entendu le Parlement dans la bouche de Bellefaye, il ajoutait qu'Olivier le Dain avait pris de

Plainte

de

l'Evêque de

Paris.

(1) La nouvelle de la mort du roi parvint à Paris le 2 septembre, et le 23, la Tournelle ordonne que « Me Martin de Bellefaye, conseiller du roi, sera payé de ses gaiges du temps passé à lui deus durant le temps qu'il n'est point venu à la Cour. » — Registre du conseil, 23 septembre.

force les produits du droit d'aubaine qui revenaient à l'Évêque en mettant la main sur les successions vacantes au mépris de tout droit.

Après la plainte du conseiller et de l'Évêque de Paris, pla^le fut reçue celle de l'Évêque de Lombez, abbé de Saint- saSrDenfs. Denis. Les revenus de l'antique abbaye avaient certes de quoi tenter la cupidité d'Olivier leDain. Aussi avait-il conçu le projet de s'en emparer, et l'abbé dut-il soutenir 0 ier une longue lutte. La foire du Lendit était depuis Ion »- f0i?êndu1ïeïdit temps célèbre, et chaque année sa tenue rapportait des ' Rueiu sommes importantes ; la belle terre de Rueil et plusieurs seigneuries disséminées dans l'Ile-de-France, successivement données au monastère ou acquises par lui, avaient accru la fondation royale et servaient à l'entretien des religieux, aussi bien qu'aux réparations de l'église.

Bien que Louis XI n'aimât pas Saint-Denis (1), Olivier ne pouvait sans danger employer la force : il eut recours Rési*abbé? de à la ruse et déclara qu'il voulait devenir le fermier de l'abbaye. L'abbé lui répondit que de riches marchands de Paris avaient affermé le Lendit ainsi que plusieurs terres et qu'ils ne pouvaient être dépossédés. Olivier répliqua « qu'il n'avait que faire des dits marchands » et insista en menaçant « de lemectreen la maie grâce du roy

(1) Louis XI déclara expressément qu'il ne voulait pas être enterré à Saint-Denis comme ses prédécesseurs, mais à Notre-Dame de Cléry. Cette volonté mise sur le compte d'une dévotion particulière pour le sanctuaire de Cléry ne doit-elle pas être attribuée à la crainte qu'éprouvait depuis longtemps le roi en pensant au défaut de sympathie des Parisiens pour sa personne? Olivier le Dain ne devait pas ]e détourner de ce sentiment qui avait pour effet de lui abandonner plus facilement les dépouilles de la riche abbaye.

« et de lui fermer l'huys de la porte du roy » quand il voudrait y entrer.

oimer L'abbé n'ayant pas fléchi, reçut peu de jours après

l'emporte en , ,. ,,-... . ,, . „ . . , ,,

ic menaçant la nouvelle qu Olivier allait 1 accuser du crime de lese-

d'une accusation

îèse-nwcsté majest^- C'en était trop, et cette dernière menace devait faire plier toute résistance. Olivier devint de la sorte, en 1475, le fermier apparent de l'abbaye , tandis qu'en réalité il en avait confisqué les revenus montant à 7 à 8,000 livres par an. Il exploita le Lendit et jouit de tous les domaines de l'église, sans que jamais l'abbé pût obtenir de compte, et quand un des religieux s'avisait de proférer une plainte, Daniel Bart, qui était chargé de la perception des redevances, traitait les moines aussi durement que les laboureurs. Il y avait près de huit années que durait ce désordre quand le roi mourut. L'abbé de Saint-Denis en demandait réparation. violences A la suite de ces personnages venait une foule de plai-

et

extorsions miants plus obscurs, mais non moins intéressants: c'était

contre or» »

des particuliers. jaCqUes Olivier , accusé faussement de lèse-majesté , prisonnier pendant de longs mois et ayant racheté sa liberté moyennant 800 écus; c'étaient deux marchands d'Orléans, arrêtés par le prévôt Beauharnois sur l'ordre d'Olivier le Dain, accusés de ce même crime et contraints de payer une somme énorme; puis un clerc du greffe du Parlement traîné sous prétexte de lèse-majesté pendant deux ans à la suite du roi; un marchand de Lyon auquel 7,000 écus d'or , consignés en justice , avaient été extorqués par Olivier; des malheureux arrêtés et mis à la question à plusieurs reprises par les gens du capitaine du pont de Saint-Qoud ; des familles entières , des veu-

ves, des orphelins par la bouche de leurs tuteurs venant faire toutes réserves contre les prisonniers en annonçant leur intention de poursuivre. Pendant trois mois , le Parlement vit défiler devant lui les victimes. Malheureusement pour l'histoire, les crimes les plus graves étaient à peine indiqués, tandis que les exactions donnent lieu à de longues requêtes.

Nous ne trouvons qu'un seul fait d'assassinat, celui du Les meurtres

^ avaient eie

bâtard de Landas, mais le système de défense d'Olivier effaceieures des le Dain nous permet de deviner les causes du silence rémission. sur cet ordre de faits. Aussitôt le crime accompli, le favori s'était muni de lettres de rémission, et les juges se trouvaient arrêtés par la signature du roi. Dès qu'il y avait eu mort d'homme, la prudence d'Olivier avait su y pourvoir, et de bonnes lettres expédiées en due forme le mettaient en règle avec ceux qu'il appelait ses ennemis et avec la justice. Les pillages ne lui avaient pas semblé valoir tant de soucis. Qu'importaient l'enlèvement de charettes de blé allant ravitailler une ville, la prise heureuse d'une riche rançon, et même le vol des ornemenls et des vases sacrés d'une église? C'étaient d'insignifiants coups de main qui seraient mis sur le compte des subalternes, et que nul n'oserait imputer au chef. Les lettres de rémission, protégeant ainsi l'accusé contre les crimes, le Parlement demeurait en présence de séquestrations et d'abus de pouvoir qui devenaient les charges les plus graves.

Les interrogatoires se répétaient fréquemment; près- Les

interrogatoire»

que chaque jour, Olivier le Dain était amené devant la se

^ *. "» ' succèdent.

commission qui recueillait ses explications et faisait consigner ses réponses. Aucune indication, aucune allusion

même ne nous autorise à affirmer qu'il fût soumis à la torture, quoique ce mode de preuve, appliqué, quelques années auparavant, à Daniel Bart par le conseiller de Bellefaye, fût alors en usage dans toutes les juridictions criminelles.

supplice Nous avons peine à croire qu'Olivier le Dain ait pu y

du rarcaii et de r * r J

ladee'ferure échapper. Nous savons du moins le traitement qui lui fut infligé pendant sa détention. Dès son incarcération au Louvre, il avait été chargé de chaîne-; de fer qui aboutissaient à un carcan entourant à mi-hauteur la jambe gauche Afin que cet anneau de fer ne pesât pas sur le pied, il était suspendu par une forte chaîne à une lourde ceinture de fer qui embrassait la taille du prisonnier et reposait sur ses hanches ; lors de son transfèrement à la Conciergerie, il avait été apporté avec cet appareil et logé en la tour carrée du Palais. Peu de jours après son arrivée (10 décembre), il s'était plaint de l'étroitesse du carcan qui le blessait; nul ne pouvait l'ouvrir, la clef étant demeurée entre les mains du seigneur de Montagu (1). La Cour dépêcha vers ce dernier un officier avec mission de la rapporter au plus tôt. Huit jours s'écoulèrent pendant lesquels la torture d'Olivier allait croissant. Il était tout à fait malade quand il fut visité en pleine audience par un chirurgien juré comdu chKurgien mis par la Cour. Il faut lire le rapport médical de l'expert pour se figurer les désordres que causait le poids

(1) A quel titre, le sire de Montagu, conseiller de Louis XI, posscdait-il cette clef? Faisait-il partie de la commission nommée pour juger Olivier? Nous n'avons pu jusqu'ici résoudre ce problème.

expert.

Le Parlement iamne carcans.

des masses énormes de fer à l'aide desquelles les prisonniers étaient attachés.

■ Le chirurgien constatait que le poids du fer avait causé sur les jambes des blessures profondes et que la ceinture, en déprimant les intestins, avait provoqué les accidents les plus graves.

Nous ne pouvons reproduire ici les détails précis du rapport après la lecture duquel il est difficile de comprendre que le prisonnier ait survécu , et pourtant nul ne peut soupçonner une exagération de la part du chirurgien visitant Olivier et rédigeant son procès-verbal en pleine Cour. Le Parlement délibéra sur le champ : Condimne rappelant que « telles manières de fers et quarquans « avoient esté autrefois damnez par arrest, » il décida qu'à tout cet appareil serait substitué un double anneau ne pouvant blesser le prisonnier.

Singulier rapprochement des mœurs et des usages d'une époque ! Sans doute les magistrats qui se vantaient d'avoir déjà proscrit une coutume barbare se croyaient humains et doux; des chaînes simples et deux anneaux de fer leur semblaient réaliser un progrès sur un instrument de torture qu'Olivier le Dain avait dû maintes fois employer avant d'en faire pour lui-même, comme la plupart des inventeurs de supplice, la cruelle expérience.

Le prisonnier ne fit pas parvenir de nouvelles plaintes à la Cour qui le faisait surveiller avec une minutieuse vigilance. Au milieu de janvier, on changea en toute hâte l'huissier qui le gardait et dont les complaisances donnaient quelque inquiétude. Il était absolument inter-

Biens séquestrés.

dit de laisser pénétrer personne auprès de lui. Jehan de la Driesche l'ayant tenté fut menacé d'être arrêté. Néanmoins, Olivier était informé de ce qui se passait au dehors, car il se plaignit au milieu de février, trois mois après le commencement de son procès, de la mauvaise administration de ses biens.

La coutume était alors de confier à plusieurs marchands de Paris, inspirant confiance à la justice, l'administration des biens séquestrés : dès le début, le Parlement avait suivi l'usage; mais le nombre des propriétés et leur diversité obligea la Cour à multiplier les séquestres. Olivier réclama et obtint l'adjonction de son propre receveur qui seul connaissait exactement ses affaires. Malgré celte précaution, le prisonnier n'avait pas tort de croire que ses biens étaient livrés au pillage. Pendant les six mois que dura le procès, les administrateurs versèrent au greffe 600 livres, et plus de 300 furent remises aux huissiers pour subvenir aux achats de vivres et à l'entretien du prisonnier. Cette somme énorme pour le temps ne peut s'expliquer que par la solde et la nourriture de plusieurs gardiens, et laisse supposer le désordre de la Conciergerie.

Il y avait deux mois que les six conseillers instruc- Lecture teurs, choisis le 15 décembre, continuaient l'inft rinaudTenssions tion, lorsque au milieu de février, les procès-verbaux furent lus devant l'accusé amené à l'audience; il ne fallut pas moins de trois jours pour terminer la lecture des confessions. La Cour délibéra sur l'état de la procédure. Elle détermina les points qui devaient être examinés, prescrivit quelques arrestations nou-

dcs cou

en pr.sence

de

l'accusé,

ll> février.

velles et fixa la liste des complices et des- témoins à confronter.

La Cour, assemblée en la chambre du conseil, exami- La r**mbre

, . ,. , , , , , . . conseil

naît ainsi périodiquement la procédure et la réglait par règle

l'instruction

une suite d'arrêts qui indiquaient aux commissaires la criminelle. voie dont il leur était interdit de s'écarter. Elle désignait en même temps les magistrats chargés de diriger les interrogatoires et d'assister aux confiontations. Le 48 février, elle adjoignit aux commissaires déjà nommés le premier président La Vacquerie, qui s'excusa comme parent du bâtard de Landas, une des victimes d'Olivier le Dain. La Cour décida que le scrupule du premier président, admissible pour le jugement, était exagéré en ce qui touchait l'instruction; mais celui-ci ayant persisté à se retirer, deux autres présidents furent commis à sa place.

Un des incidents qui retardait à ce moment Tins- de're

, . . . Tournay. 1477.

truction, était 1 affaire de Tournay qui prenait de grandes proportions. Il faut lire dans Commynes comment, en 1477, le comte de Meulan avait été envoyé en mission auprès de Marie de Bourgogne, quel étrange accueil avait reçu l'ambassadeur, comment au sortir de Gand où sa vie avait été menacée, il s'était enfui à Tournay et par quel coup d'audace il avait contraint les habitants, qui jouissaient sous la suzeraineté du roi de France, d'une franchise absolue, à payer à Louis XI un tribut annuel (1). A l'aide d'une garnison appelée de Saint-Quentin et qu'il y introduisit par surprise, il avait renversé

(1) Mémoires de Commynes. Edit. Dupont, t. II, p. 90.

l'autorité des gouverneurs et les avait envoyés prison niers à Paris (1).

Grande avait été au premier moment la joie du peuple, préférant comme toujours à un pouvoir aristocratique la main d'un despote qui faisait plier les grands et abaissait les seigneurs. La satisfaction des gens de Tournay ne fut pas de longue durée. Au régime de leurs sévères, mais pacifiques gouverneurs, succédèrent de lourds impôts et la domination brutale des gens de guerre.

« Après ces gens d'armes, dit Gommines, y en entra « d'autres qui firent merveilleux dommages en Flandre, « comme d'avoir pillé et brûlé maints beaux villages « et maintes belles censés, » au c grand » dommage des habitants de Tournay, et « tant en firent que les « Flamands vindrent devant » pour délivrer la ville. Le duc de Gueldre qui était à leur tête fut repoussé, et Exactions Tournay resta à la France. Olivier le Dain fit valoir

commises par

olivier. auprès du roi ses services ; à l'en croire, il avait sauvé la ville et Louis XI lui devait Tournay. Il obtint de la sorte divers privilèges qu'il revendit, à beaux deniers comptants, aux habitants heureux de racheter à tout prix des droits dont le poids les eût écrasés. Ainsi il ruinait la ville après avoir désolé la campagne.

plaintes Le désespoir des gens de Tournay, muet pendant

dk ia°mortT quelques années, éclata à la mort du roi. Une infor-

de Louis malion fut ouverte sur le champ devant les magistrats

de Flandre, et des plaintes parvinrent jusqu'au Parle -

(1) Buzelinus, Gallo-Fland, n° 451.

Assemblée du

Parlement, 12 mai, examen

du procès.

ment de Paris (1), qui réclama la communication des informations commencées. Le lieutenant du bailli n'ayant pas obéi à cet ordre, un sergent à cheval fut expédié à Tournay et en rapporta la procédure qui était volumineuse et qu'il fallut dépouiller.

En même temps, diverses commissions étaient adressées ta des juridictions éloignées, afin d'entendre des témoins ; trois conseillers étaient chargés de visiter et d'analyser toutes les lettres du prisonnier, et des plaintes nouvelles parvenaient encore aux pieds de la Cour. Le procès menaçait de traîner en longueur. Le Parlement résolut d'en finir. Le 12 mai, il s'assembla en la Grand'- Chambre; la délibération s'ouvrit .sur l'état de l'instruction. Si plusieurs chefs d'accusation étaient ('■lalilis par un ensemble de preuves, il y avait des faits qu'une longue enquête pouvait seule éclaircir. D'ailleurs, à côté du procès criminel, un grand nombre de plaignants demandaient compte au barbier du roi des confiscations que lui avait attribuées la faveur du maître. Tel était Thomas Basin, l'ancien évêque de Demande Lisieux, le serviteur et l'ami de Charles VII, dont la fi<lé-Thomas Basinlité à ce prince avait provoqué la haine de Louis XI, qui avait été tour à tour disgracié, menacé, banni, qui, dans son exil, avait obtenu du Pape le titre d'archevêque (11- Césarée, et qui revenait, avec son frère, réclamer la restitution de leurs biens confisqués par le roi et donnés à celui que poursuivait la justice du Parlement. Quel que fût l'intérêt d'une telle cause, la Cour pensa qu'elle

( I ) Voyez entre autre? la plainte du greffier de la ville de Tournay. Registre criminel. ?'.) février.

Délibération pendant six jours.

Olivier

condamné à être pendu.

Dommages intérêts.

devait rentrer dans le groupe des actions civiles qui pouvaient sans péril être ajournées, et elle décida qu'il serait procédé sur le champ à l'examen définitif de ce qui serait « prêt à juger. » C'était prononcer la clôture du procès qui avait consisté en une instruction écrite sans plaidoyer des plaignants,, ni défense de l'accusé. Deux présidents et 26 conseillers se réunirent dans la Grand'Chambre. Pendant six journées, ils y entendirent la lecture des pièces, puis ils opinèrent ; le 19 mai la délibération fut close. Olivier le Dain était condamné à être pendu et étranglé au gibet de Paris; ses biens étaient confisqués, et avant qu'aucun don n'en fût fait, les parties civiles devaient recevoir 4,490 écus d'or et 2,420 livres. Les consuls, procureurs de la ville et cité de Tournay obtenaient plus de 500 écus d'or; les sieurs de Mailly, héritiers de cet évêque de Noyon qui s'était attiré la haine d'Olivier, et qui était mort en 1473 dépouillé et excommunié, recevaient 600 écus ; Pierre de Vieil-Chastel et sa mère pour deux obligations extorquées 500 écus ; pareille somme était accordée à Jacques de la Cornuze, ce clerc de greffe arrêté sous prétexte de lèse-majesté et traîné deux ans de prison en prison ; au conseiller Martin de Bellefaye la Cour ne donnait qu'une provision de 500 livres, renvoyant à un débat ultérieur la fixation des dommages-intérêts dont elle se bornait à reconnaître le principe; la réclamation de l'abbé de Saint-Denis était admise, mais un compte était ordonné. Quant à l'Évêque de Paris, il n'obtenait ni provision, ni déclaration favorable à sa demande ; l'affaire était purement et simplement ajournée pour être débattue entre

lui et le procureur général, ce qui signifiait sans doute que le Parlement, inquiet des droits de juridiction exercés par l'Evêque, voulait chercher à loisir les moyens de les réduire, et atteindre par là un des buts les plus fidèlement poursuivis de ses efforts. A part cette lacune injustifiable, lorsqu'on se reporte aux violences dont avaient été victimes Gaignon et les deux chanoines, la Cour statue fort équitablement sur les autres plaintes dont elle avait été saisie. La plupart des extorsions donnent lieu à l'attribution, en principe, de dommagesintérêts dont les juges fixeront plus tard le montant. Nous voyons ainsi énumérés dans l'arrêt un receveur dépouillé, depuis plusieurs années, de la perception de la taxe de passage au pont de Corbeil, un scribe de l'Université contraint de souscrire une constitution de rente et d'en payer les arrérages, l'Evêque de Nevers réclamant six tasses d'argent enlevées par ruse, une famille de Lyon revendiquant une succession opulente détournée, des habitants de Meulan demandant la nullité de la vente d'une propriété acquise à vil prix à la suite de violences, les trésoriers de France remis en possession des étangs de Meulan distraits du domaine par la munificence royale (l), et toute une suite de plaignants qui obtiennent des restitutions, depuis un marchand qui rentre en possession de six tapis de Turquie, jusqu'à l'église du Saint-Sépulcre qui retrouve un Missel enluminé.

(1) Les trésoriers de France faisaient exécuter le vœu formellement exprimé dans le cahier des États de 1484. {Journal de Masselin. Cahiers, p. 675/ Louis XI avait donné à Olivier les étangs de Meulan en toute propiiété par lettres du 19 novembre 1477.

L'arrêt rendu, il restait à exécuter la sentence.

Quand il s'agissait d'un procès de cette importance , la coutume était d'avertir le roi afin qu'il pût user du Droit de grâce droit de grâce. N'était-il pas dangereux d'obéir à cette tradition ? Le roi était mineur, autour de lui siégeaient dans le Conseil, malgré l'influence des États-Généraux , d'anciennes créatures de Louis XL On se souvenait encore des lettres royales qui avaient tenté d'enlever à la cour en novembre dernier la connaissance du procès ; on racontait qu'un complice d'Olivier le Dain, arrêté par ordre du Parlement, s'était évadé avec l'aide d'un des Le Parlement officiers de Mme de Beaujeu (1). Écrire au roi c'était

décide qu'il

«'avertira wis risquer de longs ajournements et peut-être une impunité qui eût été non-seulement un scandale en France, mais une atteinte irréparable au prestige du Parlement. Tant de raisons devaient déterminer la Cour qui résolut d'exécuter « l'arrest sans aucunement en advertir le « Roy. »

Il était sept heures du matin, le 21 mai, quand l'arrêt

L'arrêt

communiqué

à Olivier

(F Le 29 mars 1484, Henry de la Rivière, l'un des amis d'Olivier, compromis par les dépositions et poursuivi à la requête du procureur général, avait été arrêté conformément aux ordres de la Cour. Comme les huissiers du Parlement l'amenaient à Paris, ils furent assaillis par une troupe de gens conduite par « Jaccpaes Duboys, mareschal des logis de la dame de Beaujeu» qui délivra Henry de la Rivière et laissa aller les huissiers.

Le 14 avril, Henry de la Rivière, muni de lettres de rémission du roi, avait la hardiesse de comparaître devant le Parlement. — La Cour ordonnait sa détention à la Conciergerie, et bientôt la chambre des comptes s'opposait à son élargissement, en alléguant une suite de détournements commis au préjudice desconseillers par La Rivière qui était receveur des gages de 1474 à 14*2

fut signé. Sur le champ le greffier criminel, Alligret, se transporta clans la prison et « après les remontrances en tels cas accoustumés » donna lecture de l'arrêt à Olivier. Celui-ci répondit que c'était « bien, » et demanda des confesseurs. Le greffier fit venir deux religieux Gordeliers, puis, avant de se retirer, exhorta le condamné à dire toute la vérité, et le laissa entrer dans la chapelle avec ses confesseurs , lui rappelant que ceux de ses « biens dont on avoit congnoissance » ne pourraient pas suffire au payement des condamnations, et qu'il devrait faire connaître ceux qu'il avait dissimulés. Olivier l'interrompant, nia formellement qu'il.eùt d'autres biens.

A dix heures du matin , le greffier criminel revint à la chapelle ; et, après avoir vainement interpellé le condamné sur une arrestation du conseiller au Parlement, Etienne Duboys, dont il nia être l'auteur, le livra à l'exécuteur qui le mena en la cour du Palais pour « faire le cry en tels cas accoustumé, » et de là Olivier le Dain oinier

conduit à

fut mis en charrette et conduit vers le gibet de Montfau- «ontfaueon. con, entouré des huissiers au Parlement et des sergents qui l'escortaient à cheval. Le greffier criminel se tenait à portée du condamné qui l'appela à plusieurs reprises afin de lui indiquer des vœux qu'il s'était promis d'accomplir ou des dettes qu'il voulait rembourser pour dé" charger sa conscience.

Quelques instants après, au pied même de l'échelle , le greffier criminel posa plusieurs questions au condamné qui parait avoir répondu sur toutes avec précision, niant certains faits et indiquant l'auteur d'un des

crimes dont l'accusait à l'heure suprême le représenest pendu, tant de la justice. Ainsi l'enquête se poursuivait jus-

21 mai. , ,

qu a 1 instant ou le condamne , suivant les termes du procès-verbal, fut « attaché, pendu et estranglé. » Charles VIII se dirigeant au même moment vers Le premier Reims où il devait recevoir le sacre , se trouvait depuis

président se

rend à Meaux quelques îours à Meaux. Le premier président de la

pour avertir *• x " ri

le roi.) Vacquerie se rendit dans la matinée auprès de lui pour l'avertir. Ce ne fut pas sans surprise que le jeune roi apprit l'exécution du condamné; impuissant à arrêter la justice humaine, il voulut du moins attirer sur le serviteur de son père les prières de l'Église ; il écrivit le même jour une lettre au Parlement pour lui demander d'accorder au condamné «. la sépulture en terre sainte, » et de lui faire faire un service solennel. Le Parlement n'avait aucune raison de se soustraire aux ordres du roi. Le corps fut « dépendu du gibet, » inhumé dans le « cymetière de Saint-Laurent-lès-Paris, où fut fait « un ser- • vice à trois messes à note, » en présence d'huissiers commis pour faire exécuter les prescriptions de la Cour.

d-orléans0 Charles VIII n'avait pas encore quitté Meaux que le

des biens

d'oiivier le Dain ^uc d'Orléans, convoqué à Amboise , pour le voyage du sacre, rejoignait son cousin. Depuis quelque temps le jeune prince était attendu. Son opposition à l'influence de Mm de Beaujeu , pendant la session des États, et sa conduite équivoque, depuis leur dissolution, avaient été suivies d'un vovage en Bretagne entrepris afin d'y nouer une alliance factieuse. Rappelé par l'approche de la cérémonie, il arriva à Meaux trois jours après la fin du procès. Anne de Beaujeu sut dissimuler les sentiments

secrets qu'elle ressentait au fond du cœur; elle fit le meilleur accueil au premier prince du sang qui reçut le jour même de la faveur du jeune roi tous les biens ayant appartenu à Olivier le Dain. Les lettres patentes accordant le produit de la confiscation n'énumérèrent pas les seigneuries et fiefs possédés par le favori de Louis XI ; mais nous pouvons tenir pour certain, malgré les affirmations du greffier, que le duc d'Orléans y gagnait une fortune considérable, dont la seigneurie de Meulan, la forêt de Senart et la Ghâtellenie de Choisy n'étaien1 qu'une faible part (1).

Le Parlement n'enregistra pas les lettres royales sans Enregistremen

f • • p 11 n i .... du don

taire une reserve tormelle au profit des parties civiles sous réserve

au profit des

auxquelles l'arrêt du 20 mai avait accordé des répara- Parties civilestions, et, dans les mois qui suivirent, la Cour appliqua tous ses soins à faire exécuter les condamnations qu'elle avait prononcées. Pendant que le duc d'Orléans se mettait à la hâte en possession des terres et des seigneuries, les huissiers du Parlement nantis des deniers , les marchands de Paris constitués séquestres des meubles ne se dessaisissaient que lentement et sur les ordres exprès de la Cour en faveur des victimes d'Olivier , créanciers de dommages intérêts. Ainsi nous rencontrons dans les registres criminels, pendant plus de deux ans, une suite d'arrêts de liquidation; puis, quand les deniers saisis sont absorbés, le Parlement n'hésite pas à renvoyer ceux qui demandent des dommages et intérêts contre Olivier le Dain, au premier prince du sang , détenteur des biens du condamné, et considéré en vertu de

(1) Ord. xix, p. 62, note a, don de Louis XI en octobre 1482.

la réserve formulée lors de l'enregistrement comme n'ayant pu les acquérir au préjudice des droits de ceux qui avaient intenté leur demande avant le don des biens confisqués (1).

Daniel Ban La condamnation capitale d'Olivier le Dain ne fut pas

rondamne r l

à êt™jum?d0* ^a seu^e °iuc prononçât le Parlement de Paris. Quinze jours après le supplice du barbier, Daniel Bart, son lieutenant, était pendu au même gibet par arrêt de la Cour qui le déclarait son complice (4 juin 1484); puis vint le long procès des sergents d'Olivier dans lequel se déroule une interminable suite d'attentats vulgaires commis aux environs de Paris sur les routes désertes qui menaient du village de Ghaillot à Montmartre, en passant par le hameau du Roule. C'est là qu'à travers de grandes étendues de terres cultivées et de sentiers perdus, de braves bourgeois, sortant de Paris pour aller voir leurs vignes, risquaient d'être arrêtés et étaient menacés, s'ils ne payaient une riche rançon, d'être emmenés dans les prisons de Saint-Cloud, de Montmartre et . même de Meulan. Un lièvre pris, ou seulement mis en fuite, servait de prétexte à ces poursuites fondées sur la défense de chasser. Le Parlement admit les excuses des sergents, affirmant qu'ils s'étaient bornés à obéir passivement aux ordres du maître , et les renvoya absous.

Nous examinerons par la suite le procès d'autres personnages, tels que Jehan de Doyat, contre lequel une information fut suivie pendant seize mois. Nous pourrons, à cette occasion, insister sur l'état de la procédure

(1) Registre du conseil, 4 août 1484.

criminelle qui était alors en pleine transformation. Nous avons voulu nous borner , aujourd'hui , à résumer le procès capital qui fixa le plus vivement l'attention au lendemain de la mort de Louis XI, par la variété des attentats commis , par l'élévation rapide du coupable , par le concert d'imprécations qui le poursuivirent de la tour du Louvre au gibet de Montfaucon, autant que par la persistance des malédictions populaires. En s'associant au sentiment public, le Parlement ne cherchait pas une vaine popularité, les magistrats se sentaient naturellement attirés par le devoir de leurs charges et par cette passion de redresser les torts et de rétablir l'ordre à tous les degrés dans l'Etat, qui était au xve siècle la seule ambition du Parlement.

Page 1