‹ Les décimes ecclésiastiques en Béarn, 1615-1690Chapitre 17 sur 19 · Le makila national · texte numérisé non relu

Le makila national

3. — Mandille, dit le Dictionnaire de Trévoux « manteau que portoient il n'y a pas longtemps les laquais, qui leur étoit particulier, et qui les faisoit distinguer des valets. Il était fait de .trois pièces, dont Tune leur pendait sur le dos et les deux autres sur les épaules. Quand on veut reprocher à quelqu'un sa basse naissance, on lui dit que son père a porté la mandille, qu'il a été laquais. L'origine de ce mot vient de manteau, parce que c'en estoit une espèce ».

ûudict Goutein, lesquels ainsy assistés nous voyant nous auroient dict en nous présentant les dictes arquebuses et nous couchant en joue : « mordieu ! demeurez là, pestiférés qui venez du lieu ou est la peste! Par la mort-Dieu, sy vous passez plus outre, Ton vous tuera et sur ce que le cheval dudict sieur Passard ayant ung peu advancé, ledict curé de Chéraute seroit venu aluy plain de furie, disant ces mots : « Par la mort-Dieu, sy tu branles, je te tue ! » en luy présentant le bout de sa liarquebuse dans le corps, le cocq estant rabattu, disant tout hault à toute sa troupe : « Mordieu ! quand je vous diray que vous tyries, ne manquez pas de le faire » et en reytéraiit encore, blasphémant le saint nom de Dieu, il commanda d aller faire sonner le tocsin, ce qui fut au même instant faict, auquel son de cloche se seroit amassé quantité de peuple, hommes, femmes et enfants, en plus grand nombre qu'ils n'estoient, criant sur nous qu'il nous falloit tuer, disant qui nous faisoit venir en leur village. Et sur ce que j'aurois représenté auxdicts curés de Chéraute, vicaire dudict Goutein et de Grisou, père et fils que nous venions pour signifier lesarrest et commissions du Conseil du Roy et contrainctes dudict sieur d'Aguesseau audict d'Ârbide grand vicaire et député affin de le faire savoir aux autres bénefticiers dudict pays de Saule et payer [cej qu'ils doivent. Et leurs monstrans lesdicts arrests et commissions du Roy en teste desquels estoient imprimées et marquées les armes de France et faisant entendre par ledict Passard et Daucery au peuple qui estoient présens que ce n'estoit de leur faict ny contre eulx, ains que c'estoit contre Messieurs du Clergé : icelluy recteur de Chéraute nous auroict dict : «Mordieu! nous le s^avons bien, nous en estions bien advertis ; voilà la peste que nous attendions ! mordieu ! nous ne voulons rien payer, nous ne cognaissons rien en ce pais » disant encorre : « mordieu ! ailes encore pour faire sonner le tocsin ». Il vouloit trop parlementer et discourir, continuant de jurer le sainct nom de Dieuavecq quantité de paroUes deshonnêtes et alors fut encore sonné ledict tocsin asses longtemps, ce que voyant j'aurois esté contrainct leur jetter ung livre ou estoient lesdicts arrêts et contrainte imprimés, ensuitte desquels j'aurois escript auparavant que venir audict village de Goutein la signification d'icelux que je voulois

et entendois faire audict grand vicaire où il me fust impossible dutout de pouvoir remplir les blancs par moy laissés, à cause de la furie dudict recteur de Chéraute, dudictde Grisons vicaire et grand peuple, et ne peux mètre que en parlant aux habittans dudict lieu sans scavoir leurs noms et alors fust dict par ledict d'Arbide, recteur de Chéraute que auparavant de prendre lesdicts arrests, qu'il les falloit faire tremper quinze jours dans du vinaigre et que c'estoit chose faicte à plaisir et qu'il en avoit du meilleur dans sa maison ; et jurant et blasphémant avec quantité d'autre peuple le sainct nom de Dieu « que Ton enverroit quérir du feu que je hrusle ces beaux arrests, ou est la peste que nous ne voulons point recognoistre, car c'est de l'argent qu'on nous demande », continuant leurs blasphèmes, criant qu'ils alloient tirer de leurs bastons à feu, frapperoient de leurs bastons qu'ils avoient tous en mains s> nous ne nous retirions, et nous fust alors jette des pierres et cailloux. Voyant laquelle furie où estoit ledict peuple et le danger de la vye que nous pouvions encourir, estans poursuivis par ledict recteur de Chéraute, de Grisou père et fils et autres personnes à nous incogneues estans en teste et assemblés accause dudict soir et tocsin nous nous serions retirés et revenus audict MoUion, ou estans arrivez, quelque peu de temps après le curé de ladite ville de Mollion auroit dict aussy que nous avions appris à plusieurs habitans dudict lieu qu'il y avoit de MM. les '^.ommissaires pour les décimes qui avoient esté chassés et repoussés furieusement du village de Goutein et que leurs chevaux avoient eu besoin de bonnes jambes, autrement il leur seroit arrivé du malheur.

Donc et de ce que dessus j'aurais faict dresser le présent procès- verbal, lequel je certiffie estre vray, présent et accompagné dudict sieur Passard et assisté de Claude Jussière de la sénéchaussée de Bigorre, Gentin Monteacq, Urie Dormoy et Jehan de Campagne tesraoings qui ont signé icelluy, avec moy aussi signé : Daucery.

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