EXPLICATION DES PLANCHES
PLAN DE POMPËI
Les ligues Ueues indiquent les rues principales : elles divisent la ville en quartiers et séparent chaque regio de la regio voisine. Les maisons teintées en rouge clair sont celles où existent des traces quelconques de peintures murales (voy. plus haut, chap. v, 2); le rouge foncé indique celles où se trouvent les peintures décoratives les plus remarquables ; le violet, celles qui contiennent les peintures reproduites dans nos planches.
Le plan d'une maison pompéienne est destiné à faire comprendre la situation des pièces désignées, dans les explications suivantes, par leur nom latin.
Planches I et II, fig. a gauche .
Reg. V, Ins. i, n° 18. Fouilles de 1876.
Ces deux peintures décoraient une même longue pièce, qu'une tenture séparait autrefois en une antichambre (pi. II à gauche) et une chambre (pi. I). Cette disposition n'est pas rare à Pompéi. A la planche II, on remarquera la peinture du socle : elle imite le parquet de la salle, formé de béton dans lequel sont semés des petits morceaux de brique {opus signinuni). — Sur ces deux planches le jaune aurait dû être plus foncé et tirer légèrement sur le rouge.
Planche II, a droite.
Reg. V, Ins. i, n" 18. Fouilles de 1875.
Paroi d'un atrium spacieux, décorée de grands panneaux rouges, avec médaillons au centre. Notre planche reproduit un des champs intermédiaires; chacun d'eux est orné d'un candélabre surmonté d'un vase de forme différente. Au candélabre sont suspendues des chaînes de corail. — Le socle imite, comme à la figure précédente, Vqpus signinum.
Planche III.
Reg. VI, Ins. xiv, n° 20. Fouilles de 1875.
Ravissante petite chambre à coucher, dont un des murs, percé d'une fenêtre et donnant sur un jardinet, est aussi peint à l'extérieur (pi. XXIII). La couleur jaune du fond paraît très-solide. Notre planche représente une des parois étroites et deux panneaux d'une des parois longues. La voûte surbaissée qui formait plafond a disparu aujourd'hui.
Planche IY.
Keg. VI, Ins. xiv, ii° 20. Fouilles de 1875.
TricUnium (salle à manger) donnant sur le même jardin que la chambre précédente. Les trois parois sont peintes de la même façon. Celle que nous reproduisons est à droite en entrant. On remarque dans la décoration des réminiscences de l'art égyptien, ainsi le héron blanc sur le socle, le sphinx au milieu des panneaux et les figures de la paroi supérieure avec leur caractère sacerdotal. Sur la bande représentant la corniche sont dessinés divers ustensiles, dont quelques-uns ont également un cachet égyptien.
Le paysage qui décore le panneau central est intéressant. Le peintre a conservé le fond jaune pour y indiquer les prés, les montagnes et le ciel. Au-dessous, il lui est resté encore un morceau de fond dont il n'a pas tiré parti. C'est de la fresque exécutée très-rapidement.
Planches V et VL
Rcg. V, Ins. I, n» 20. Fouilles de 1875.
Le tableau qui décore le panneau central de cette paroi a été transféré au musée. Il représente Iphigénie en Tauride, au moment où elle sort du temple pour sacrifier les deux jeunes voyageurs faits prisonniers. Sur notre planche on n'en voit qu'un, le peintre ayant omis de peindre les jambes du second, qui sont encore visibles sur l'original. Dans un des panneaux latéraux sont figurés les bustes d'un satyre et d'une bacchante. Le tout appartenait à un tahUnttm très-élevé et richement décoi'é, mais déjà bien dégradé au moment des fouilles. — La bande verte au bas du socle devrait être beaucoup plus foncée. La planche VI donne le détail de quelques ornements.
De l'autre côté du même mur on peut voir encore une partie de la décoration qui ornait le haut de la paroi et qui était peinte dans le môme genre que le spécimen reproduit planche IV.
Planche VII.
Reg. VII, Ins. u, n" 45. Fouilles de 1802.
Cette paroi était encore inachevée au moment de la destruction de Pompéi, car la figure qui devait orner le centre d'un des champs latéraux manque, et le haut de la paroi n'avait pas été peint; on y voit encore le crépissage rougeâtre à l'état brut. Les panneaux représentent des stores encadrés de feuillage et tendus par les quatre coins, genre qui se rencontre fréquemment à Pompéi. Cette peinture se trouve sur la paroi d'un corridor étroit (ost'mm) dans une petite maison assez bien décorée.
Planche VIII.
Eeg. VI, Ins. i, n» 18. Fouilles de 1875.
Petite chambre dont la paroi supérieure est magnifique et qui est l'une des plus richement décorées de Pompéi. Malheureusement la partie que nous reproduisons a péri peu de temps après sa découverte, par suite de l'humidité et de la gelée. On remarquera surtout, comme bel échantillon de peinture en grisaille, la base sur laquelle est représenté un centaure à queue d'écrevisse avec un cheval marin. Les arabesques avec oiseaux sont peintes dans la même manière.
Planche IX.
Museum Noapolitanum LXXVII. Fouilles de 1770 (?)
La provenance de cette peinture est incertaine. Helbig, n" 1355, affirme qu'elle se trouvait dans la maison Reg. VI, ins. l, n" 7. — Narcisse contemple son image dans la source, tandis que l'amour éteint son flambeau. Le haut de la paroi est orné de figures d'un dessin très-léger. On remarquera que le peintre a employé, sans raison appréciable, un peu de vermillon dans cette partie de son œuvre. La corniche de stuc est élevée, mais elle n'a qu'un faible relief.
Planche X.
Reg. VII, Ins. iv, n° 48. Fouilles de 1831.
Tahlinum décoré avec élégance. Il a été recouvert d'un toit, aussi les peintures sont-elles assez bien conservées. Le panneau central représente Thésée recevant d'Ariane le fil qui doit le conduire dans le labyrinthe (Helbig, 1211). A droite, la victoire apportant un trophée (Helbig, 904). A gauche, un groupe qu'on interprète comme étant une allégorie de l'Aurore (Helbig, 1953). Au-dessous des panneaux, des amours à la chasse. Sur les escaliers que l'on remarque dans le dessin architectural, on voyait, au moment de la découverte, des traces de figures qui ont disparu depuis longtemps. La paroi est reproduite au trait dans Zahn, II, 33.
Planche XI.
Reg. VI, Itis. IX, n» 2. Fouilles de 1829-30.
Cet œcus, curieux spécimen de peinture en grisaille, est remarquable par les colonnettes représentées tout autour de la pièce. On pourrait songer à une imitation des « chambres dorées » de Rome. Trois couleurs pour le socle et trois pour le reste de la paroi ont suffi au peintre pour créer une charmante décoration murale. Le sujet du tableau central n'a pu être interprété d'une manière certaine; on croit (Helbig, 541) y reconnaître un satyre qui effraie une jeune fille en lui présentant un bâton autour duquel s'enroule un serpent.
Planche XII.
Reg. VI, Ins. vu, n" 23. Fouilles de 1838-39.
Chambre à coucher isolée, située au coin d'un jardin. Les peintures en sont riches et bien conservées. La partie supérieure de la paroi n'était garnie, au moment de la découverte, que d'un grossier crépissage à la chaux, ce qui montre que le peintre a été interrompu dans son travail par la catastrophe qui a enseveli Pompéi. Notre planche donne la paroi principale, en face de l'entrée. Les trois figures sont, à en juger par leur attitude, des divinités : celle du milieu représente Bacchus (Helbig, 388) ; on a pris celle de droite pour une Vénus (Helbig, 118), celle de gauche pour Apollon (Helbig, 189). L'auréole bleue se rencontre fréquemment dans l'art antique. Le pied de Vénus n'est pas beau : plus on le regarde, plus on croit y reconnaître un pied de vache. Le peintre aurait-il commis une aussi grosse erreur? Cette paroi est reproduite au trait dans Zahn, H, 76.
Planche XIII.
Reg. IX, Ins. u, n» 10. Fouilles de 1869.
Ce plafond, en plein cintre, repose sur des bandes de stuc qui couronnent la muraille. La paroi du fond est en hémicycle et représente une scène idyllique.
Au centre du plafond est une figure ailée qui porte de la main droite une cassette, de la gauche un flambeau. Des figures étranges, qui ont une tête humaine et des griffes d'oiseaux (peut-être des Hari:)yes) sont représentées au milieu de chacun des côtés longs. Les médaillons verts à chaque angle ont aussi à leur centre des êtres imaginaires.
Planche XIV.
Reg. VII, Ins. iv, n» 51. Fouilles de 1833. Reg. IX, Ins. II, n» 10. Fouilles de 18G9.
La première figure reproduit un fragment de paroi supérieure dont le dessin est évidemment copié d'après un plafond. Les figures qui occupent le centre de chaque cercle sont des plus variées.
La seconde figure est du genre tapisserie. Il faut noter avec quel soin les couleurs sont disposées. Dans les petites fleurs jaunes à quatre feuilles les croix formées parla rencontre des tiges, sont bleues ; dans les fleurs bleues elles sont jaunes, et, tandis que les dernières petites feuilles qui précèdent les fleurs jaunes sont jaunes, celles qui précèdent les fleurs bleues sont rougeâtres. — Ce desssin est reproduit imparfaitement dans Zahn, II, 39.
Planche XV.
Reg. VI, Ins. vu, n" 18. Fouilles de 1835-36.
Cette planche reproduit l'unique fragment qu'on ait conservé d'une paroi jadis richement décorée. Le groupe planant en l'air (Helbig, 537) est aujourd'hui à peu près détruit. On remarquera l'ombre portée des consoles et la vigueur avec laquelle roniementation s'enlève sur le fond bleu.
Planche XVI.
Reg. VII, Ins. vu, n" 5. Fouilles de 1371.
Décoration d'un riche airium, qui était encore bien conservée il y a un ou deux ans. Notre planche représente la paroi en face de l'entrée. La couleur rouge est très-bien rendue dans noire planche ; les lignes blanches du socle pourraient être un peu plus fines. La panthère était dans l'original d'un dessin particulièrement remarquable.
Planche XVII.
Reg. VII, Ins. iv, n° 48. Fouilles de 1834.
La colonne à gauche est tirée de la décoration, aujourd'hui fort dégradée, d'un œcus. Cette colonne monochrome s'harmonise parfaitement avec le fond gris sur lequel elle se détache. Quant aux
couleurs du pilastre, servant de piédestal à une statue équestre, elles ne pourraient s'expliquer que si nous avions encore l'ensemble de la paroi.
Reg. VI, 7ns. vu, n" 18. Fouilles de 1835-36.
Magnifique colonne tirée de la même paroi que la planche XV. Sa structure simule la tige d'une plante dont les nœuds superposés s'élargissent en forme de calices de fleurs. La couleur bleue du fond fait ressortir le fini des détails.
Reg. VIII, Im. IV, n" 4. Fouilles île 18C1.
Tête d'Oceanus ; c'est un des ornements en grisaille les plus beaux et les plus expressifs qu'on rencontre à Pompéi. Elle décore le haut d'un pilastre de V atrium, à gauche de l'entrée. Sur la tête se détachent des pinces d'écrevisses. Les lumières et les ombres sont vivement accusées, même dans l'encadrement.
Reg. VI, Ins. VII, n" 23. Fouilles de 1838-39.
L'ornement reproduit au haut de la planche est tiré d'une paroi supérieure publiée déjà par Zahn, t. II, 43. Il servait de raccordement entre d'autres motifs de décoration. Le fond vermillon devrait cesser à la hauteur des ailes et non les couper; c'est par ce procédé qu'on ménageait la transition des parties colorées aux parties blanches d'une paroi.
Reg. VI, Ins. IX, ii° 6. Fouilles de 1828-29.
Bande figurant une corniche, qui fait tout le tour d'une grande pièce située au fond du bâtiment. Elle présente cette particularité que les lyres dépassent la bordure et se prolongent sur le fond blanc de la paroi supérieure. ^
Planche XVIII.
Reg. VII, Ins. m, n° 30. Fouilles de 1844.
Candélabre à gauche; je l'ai trouvé dans une petite soupente sombre. La base paraît représenter un trépied massif en argent, tandis que la tige est légère et gracieuse.
Reg. V, Ins. i, n» 26. Fouilles de 1875.
Candélabre à droite, sur fond vermillon. Il décore un étroit pilastre du tablhium d'où sont tirées les planches V et VI. L'exécution en est très-soignée ; mais rien n'empêche qu'il ait été peint par le même décorateur que le reste de la salle, car l'ornementation a encore un caractère assez primitif. On dirait qu'on a copié un candélabre d'argent.
Reg. V, Ins. i, n" 26. Fouilles de 1875.
Le dessin d'ornement, représenté au haut de la planche, décore comme une sorte de frise le haut d'un grand panneau. Ici encore, on remarque l'intention bien arrêtée de l'artiste de représenter une bande décorative, mais en même temps, les parties supérieures du dessin débordent sur le fond de la paroi. Cette bande se trouve dans Vœcus, à gauche du péristyle.
Reg. VI, Ins. ix, n» 6. Fouilles de 1828-1829.
Arabesques sur fond bleu décorant le haut et le bas des panneaux latéraux dans le taUinum. — On remarque des lignes d'arabesques disposées de la même façon aux planches VIII et X. A droite de
ce tablinum se trouve un triclinium richement décoré auquel nous empruntons une bande de frise représentant des griffons sur fond brun.
Keg. VI, Ins. VII, n" 23. Fouilles de 1838-1839.
L'ornement figuré au bas de la planche sert de motif intermédiaire et provient de la même paroi qui nous a déjà fourni celui qui est représenté à la planche précédente. La paroi entière est reproduite au trait dans Zahn, II, 43.
Plaî^che XIX.
Reg. V, Ins. i, n» 18. Fouilles de 1875.
Guirlande de feuillage et fruits, au-dessus de la paroi moyenne du tablimim. Le reste de la peinture est détruit.
Keg. I, 7ns. m, n" 25. Fouilles de 1872.
Arabesque décorant une petite chambre à coucher; elle faisait tout le tour de la pièce formant une large bande au-dessous de la corniche de stuc, qui est peinte en rouge et bleu. Toutes les peintures de cette pièce sont sur un fond blanc à la chaux, et la maison entière parait avoir été décorée par un peintre d'une autre école que les maisons de la ville haute.
Reg. V, Ins. i, n» 26. Fouilles de 1875.
Guirlande de feuillage au-dessous de la paroi moyenne, dont la première arabesque reproduite à la planche précédente décore le haut. Au centre de la guirlande on remarque une tête de Pan.
Planche XX.
Reg. VIT, Ins. i, n» 47. Fouilles de 1861.
Cette riche arabesque décoi'e dans Vexedra la paroi moyenne, qui est assez élevée. Nous avons copié le fragment à droite de la paroi principale. Cette ornementation a de l'analogie avec celle qui décore la frise du temple d'Isis, qui est aussi sur fond noir, et se trouve aujourd'hui au musée de Naples, IV" division ;',elle a été publiée dans Zahn III, 7 et dans Niccolini.
Le panneau central de la paroi a un fond rouge encadré d'une bordure dessinée en jaune; vers le haut elle forme une espèce de fronton ayant au centre un masque de Pan ; nous en avons reproduit le milieu.
Planche XXI.
Musée de Naples XVH, i, ii.
L'arabesque reproduite au haut de la planche provient d'Herculanum, où elle a été découverte au siècle dernier. Elle décorait le bas d'un panneau. Au centre on reconnaît le masque d'Oceanus avec des pinces d'écre visse.
Les deux autres ornements se trouvaient au temple d'Isis, fouillé en 1765. Ils servent de bases à la décoration architecturale de champs intermédiaires, bases qui sont disposées comme, par exemple, à la planche VIII, le piédestal sur lequel est peint un centaure à queue d'écrevisse. Ces ornements correspondent à la frise mentionnée dans notre explication de la planche précédente. Les dessins représentent une tête d'Oceanus et une plante de Lotus.
Planche XXII.
Reg. Vn, 7ns. VII, n» 10. Fouilles de 1871.
Décor d'un mur de jardin. Au centre est figuré Silène; cet homme des bois qui éleva Bacchus, est reconnaissable à sa tête chauve, à son nez camus et à son ventre arrondi ; il est à demi couché et s'accoude sur une outre de vin. Il tient un thyrse à la main. Au-dessus de lui s'élève un pin, qui indique l'intention de représenter un paysage italien. A droite et à gauche, on remarque des statues-fontaines, imitant les statues du même genre en pierre, parfois peintes en couleurs, dont les riches Eomains aimaient à orner leurs jardins (voy. Helbig, 1054).
Planche XXIII.
Keg. VI, 1ns. xiv, n"> 20. Fouilles de 1875.
La division de ce décor en trois parties paraît avoir été motivée par l'existence d'une petite fenêtre qui laissait pénétrer l'air et la lumière dans la chambre à coucher située de l'autre côté du mur (planche III). Les divisions latérales sont des peintures à la manière de Tadius. Au centre est représenté Orphée charmant par les accents de sa lyre les bêtes sauvages de la Thrace, Cette composition doit être empruntée à quelque original célèbre, car elle est reproduite dans les catacombes de Rome, où, sous les traits d'Orphée, on a voulu représenter le Christ.
Planche XXIV.
Reg. V, Ins. i, n" 18. Fouilles de 1876.
Cette peinture décore un péristyle à colonnes jaunes, que rappellent les demi-colonnes de la muraille. Les panneaux intermédiaires sont ornés de peintures diverses. A droite, on voit un décorde jardin dans le style de Tadius; à gauche, un paysage africain, au centre duquel se montre un taureau, attaqué par un tigre et cherchant à s'enfuir. Ce tableau me paraît remonter à un original grec ou alexandrin. Sur le socle est représenté un Silène; les monstres marins de l'architrave peints en grisaille, et les masques sur fond bleu qui surmontent les pilastres paraissent indiquer une main d'artiste et pourraient bien être l'œuvre du même peintre que le paysage central ; tout le reste de la décoration semble par contre l'ouvrage d'un simple manœuvre.