APPLICATION DE LA DÉCORATION ANTIQUE A L'INDUSTRIE MODERNE
1. L'histoire de l'art comprend deux grandes époques : celle de l'art antique, dont le vif éclat a été suivi de longues ténèbres, et celle de l'art moderne, qui décline à son tour, après avoir brillé depuis la Renaissance. Aujourd'hui on s'efforce de découvrir une nouvelle base pour l'art de l'avenir. Où la trouver? Ce n'est évidemment pas l'imitation de l'art classique qui peut devenir le point de départ d'une nouvelle renaissance. Il n'en est pas moins vrai, cependant, que les peuples modernes ne pourront engendrer un art original, issu de leur vie nationale, qu'à la condition de connaître et de comprendre ce qui a fait le caractère original de l'art classique. L'étude de la peinture antique doit y contribuer, et, pour ma part, si j'étais artiste, je voudrais essayer de créer un nouveau style de décoration absolument national, après avoir scruté à fond celui des anciens, et toutefois sans l'imiter.
2. De quelle utilité peut être l'étude de la décoration antique pour les arts industriels? En Angleterre et, plus récemment, en Italie, on a peint des chambres entières sur le modèle de celles de Pompéi, en imitant exactement soit une pièce déterminée, soit de simples motifs. On a remarqué que ces imitations donnaient aux habitations un aspect non-seulement classique, mais encore confortable et riche : le peintre, en pareil cas, doit avoir soin d'observer rigoureusement les proportions, sous peine de trahir aux yeux des connaisseurs, son inintelligence de l'art antique : celui qui, par exemple, a peint au musée de Naples le Triclinium, montre qu'il n'a fait que traverser Pompéi, sans se pénétrer de son esprit.
J'ai pu constater aussi que certains peintres décorateurs d'appartements avaient su tirer habilement parti de motifs de décoration empruntés aux fresques de Pompéi , tels par exemple que la division de la paroi en socle, paroi centrale et paroi supérieure, avec colonnes et architrave ; des imitations de panneaux destinés à recevoir des tableaux suspendus, et certaines perspectives de tonnelles ou d'arcades ont également fourni des sujets assez heureux.
La fabrication de papiers peints pompéiens est une branche d'industrie, qui, à ma connaissance, ne s'est développée qu'à Naples. Une chambre tapissée avec ces papiers, même de qualité inférieure.
fait toujours un plus grand effet qu'une chambre garnie d'un papier ordinaire. Il faut pour cela, à mon avis, quatre dessins différents, pour le socle, la paroi centrale et supérieure et les champs intermédiaires ; on pourrait y joindre une bande représentant la corniche. On pourrait aussi appliquer le dessin d'ornementation genre pompéien à la reliure des livres, spécialement de ceux qui traitent de l'antiquité. La fabrication des tapis devrait de son côté emprunter à la peinture de Pompéi de nombreux motifs, qui s'adapteraient parfaitement aux tentures, aux tapis de table et de pied (comp, par exemple pi. XX). La lithographie y puiserait également de riches encadrements. Mais en voilà assez. Il suffit d'avoir signalé à l'art industriel une source où il trouvera de précieuses indications.