LS LES DÉCOUVREURS FRANCAIS
D'après la tradition, les Basques furent les premiers à s'aventurer dans l'Atlantique à la poursuite de la baleine. Emportés par leur fiévreuse ardeur. ils découvrirent, sans s'en douter, lesiles et les côtes de l'Amérique du Nord. Dès le treizième siècle, on cilait pour leur ardeur à ce genre de pèche les Basques de Biarritz. Quand on parcourt les côtes du golfe de Gascogne, on apercoit encore, de loin en loin, des ruines de tours et de fours (1). Les tours étaient des observatoires qui servaient à découvrir au loin les baleines, et, dans les fours, on fondait leur graisse. Dès que le guetteur avait apercu un de ces gigantesques cétacés, il donnait un signal, et la population accourait tout entière comme au pillage d'une ville, Une charte de l'année 1150 mentionne les barbes de baleine comme étant, sur toute la côte Basque, l'objet d'un commerce important et ancien. Du douzième au seizième siècle de nombreux faits attestent que la pêche des baleines était en pleine activité : ainsi une charte de 1338, donnée par le roi Édouard I, affecte le droit seigneurial de six livres sterling par baleine amenée à Biarritz aux frais de l'équipement d'une escadre. [Test vrai que les baleines, chassées à outrance , et bientôt instruites du danger, ne se hasardèrent plus si près de la côte, elles gagnèrent la haute mer, de même qu'elles s’enfoncent aujourd'hui dans les océans mystérieux
(1) F, Micuer. Le Pays basque, p. 187.
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\ UE 4 9 2 ‘ : des pôles. Pourtant le LE février 1878 entre Gue- | laria et Zaranz on prenait encore une baleine, dont | le squelette, long de quarante-huilt pieds, est conservé < au musée de Saint-Sébastien, Les Basques, alléchés | | par l'espoir du gain, se lancèrent alors à leur pour- . | suite et, comme l'expérience leur avait appris qu'ils l | } } [] Ù r d | | . . | Jacques Cartier. — D’après un ancien dessin à la plume ! conservé à la Bibliothèque nationale, | devaient de préférence filer vers l'ouest, ils se portèrent dans cette direction.
Rs . . L] € L | Rondelet(1), le disciple et l'ami de Rabelais, auteur
d'un savant ouvrage sur les poissons écrivait en 1554 que les Basques, depuis longtemps, s'aventuraient en pleine mer à la recherche des baleines. Thevet (2,
(1) Ronvgrer, De Piscibus marinis, 1554, p. 180-481. (2) Tuever, Cosmographie universelle, t. W, p. 987.
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l'auteur d'une Cosmographie universelle publiée en 1575, remarque que quatorze ans avant l'arrivée du Portugais Cortereal dans l'Amérique du Nord, c’està-dire en 1487, « ceste terre avoit esté visitée par quelques capitaines rochelois de la part du golfe de Merosse, lesquels furent fort avant dans ledit goulfe. » En 1661 Cleirac (1), l’auteur des Us ef coustumes de La mer, écrivait que les grands profits que lirent les Basques « leur servirent de lucre et d’amorce à les rendre hasardeux à ce point que de faire la queste des baleines sur l'Océan par toutes les longitudes et latitudes du monde, » De nos jours encore les Basques sont d’intrépides marins. Il leur arrive parfois d'aller à la rame, sans se reposer, de Bayonne à Saint-Sébastien, et même ils poussent
jusqu'à Santander. Au quinzième et au seizième sièeles, surexcités par les émotions de la pêche, ils } perdaient bientôt la côte de vue, et, sans plus se | soucier de la tempête, risquaient gaiement leur vie. Peu à peu ils passaient d’un pays à l'autre, d'une ile à une autre ile, et, emportés par quelque coup de vent, ils finirent par aborder en Amérique bien avant Christophe Colomb.
Telle est du moins la tradition unanime du Pays basque. C'est même à un certain Jean de Echaïde (2)
(1) Creinac, Us et coutumes de la mer, 1661, p. 140-141. (2) Micuecer, La Mer, p. 272. — NAvARRETE, Coleccion de los viajes y descubrimientos, ete.,t. 1, p. 51 : Los Vascongados pretenden tambien haber descubierto un paisano suyo, que se
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DE L'AMÉRIQUE DU NORD. 121 à qu'on attribue d'ordinaire lhonneur de cette découverte. Sur la septième feuille de l’atlas de Bianco, qui
remonte à l’année 1436, est marquée très à l’ouest dans l'Atlantique, une île Scorafixa ou Stocafixa, dont
la position correspond à peu près à celle de Terre- Neuve. Le premier éditeur (1) de ce curieux document, Formaleoni, a cru, non sans raison, v retrouver ; | le nom de stockfish ou ile des Morues, car ce fut
| longtemps la coutume des navigateurs et des carto- | graphes de désigner les pays nouvellement décou- | verts par le nom de leurs principaux produits. Or | sur quelle relation Bianco, qui composa cette carte en 14436, se fondait-il pour désigner ainsi une ile
«|| dont la principale et, à vrai dire, l'unique richesse,
' | encore de nos jours, est la pêche des morues? Peut- , être Echaïde ou tel autre de ses compatriotes avaits fe il fait part de sa découverte à des étrangers, qui la ] communiquèrent à Bianco? Toujours est-il qu'à $ partir du milieu du quinzième siècle toutes les cartes ; de l'Océan portent, dans la direction de l'Amérique ) du Nord, un certain nombre d'îles désignées sous le | nom ou bien de Stockfish ou bien de Bacalaos, et bacalaos est justement le mot basque qui veut
S dire morue. Ce nom de Bacalaos désigna même | longtemps, à l'exclusion de tout autre, l'ile de Terre-
Ilamaba Juan de Echaïde, los bancos de Terranova muchos
p anos «ntes que se conociese el Nuevo Mundo. (1) FoRMALEONT, Saggio sulla antica nautica di Veneziani (1783).
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Neuve : il s'est perpétué jusqu'à nos Jours, car on trouve à l'extrémité nord de la baïe de la Conception la petite ile Bacalaos, ‘rocher isolé sur lequel se rassemblent des milliers d'oiseaux aquatiques. Aussi bien plusieurs des dénominations géographiques de Terre-Neuve rappellent encore le basque (4) : Rognouse ressemble au bourg d'Orrougne près de Saint- Jean de Luz; le cap de Raye qu'il faut éviter à cause des brisants a été ainsi nommé du basque | arraico, qui signifie poursuite ou approche; le ca de Grats vient de Grata, station pour les travaux de pêche; Ulicillo signifie en basque. trou à mouches, Ophoportu vase à lait, Portuchua petit port. On à mème prétendu que le Labrador avait été ains! nommé à cause du pays de Labour. Pendant longtemps les indigènes canadiens n’ont su que le basque, et tous les Européens qui naviguaient dans cette direction étaient obligés de connaitre cette langue (2).
(1) Cette persistance du langage basque en Amérique est confirmée par un document cité par Léonce Goyetche (Saint-Jean je de Luz historique et pittoresque, 1856, p. 143). Cf. José Pères ‘ (Revue américaine, VIT, 182) citant un certain nombre de mots basques conservés en Amérique. Le père Charles Lalemant écrivait de Quebec, en 1626 : « Les sauvages de ce pays appellent le soleil Jésus, et l'on tient ici que les Basques, qui y ont ci-devant habité, sont les auteurs de cette dénomination. » ,Voir Relation de la Nouvelle-France, année 1626, p. 4.
(2) Prgere pe L'ANCRE, Tableau de l'inconstance des mauvais anges, iv. 1, p. 30-31. « Si bien que les Canadois ne traittoient parmy les Francois en aultre langue qu'en celle des Basques. »