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[I semble donc établi que les Basques, dans leurs pèches aventureuses, allaient jusqu'à Terre-Neuve et peut-être jusqu’au continent.
Les Bretons et les Normands se sont également, bien avant Christophe Colomb, lancés dans l'Atlantique. En voyant sur toutes les cartes qui datent de la première moitié du seizième siècle les côtes de l'Amérique du Nord indiquées avec des dénominations françaises, on en conclut que ce sont nos compatriotes qui les ont découvertes. Les noms du cap des Bretons, cabo de bretaos, de terre des Bretons, fierra de los Bretones, se retrouvent presque sans exception, même sur les cartes qui n'ont pas été composées en France. Ainsi, sur la carte dressée avant 1520 (4), dont l'original est à Munich dans la Bibliothèque du roi, et dont une belle copie est déposée à Paris, on lit dans la contrée qui correspond à la Nouvelle- Écosse : Terra y foy descubierta per Bertomes. Sur la carte que le capitaine Daro (2) a présentée au congrés des Américanistes de Madrid en 1881 figure également le 4o/fo de Bretones à l'embouchure du Saint- Laurent, et dans l'intérieur des terres une ville ou du moins une habitation nommée Bretan. Quant à des dates, à des noms, à des détails précis sur ces voyages des Bretons, on n'a encore rien trouvé. II est pourtant probable que les archives des ports e4
(1) Hannisse, Jean et Sébastien Cabot, p. 167.
(2) Congrès des Américanistes de Madrid, en 1881, €. 1.
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de l'amirauté de Bretagne recèlent des documents qui porteront la lumière sur cette intéressante question. D'après une tradition dont un capitaine dieppois, cité par Ramusio (i), serait l'interprète; les premiers voyages des Bretons remonteraient à l’année 4504. « Cette terre (il s'agit de l'Amérique du Nord) a été découverte il y a trente-cinq années par les Normands et les Bretons. C'est pour cette raison qu'on la nomme aujourd'hui le cap Breton. » Ils ont continué à une date postérieure. Une lettre de rémission nous montre les marins de Dahouet pêchant en 1510 à Terre-Neuve (2), et vendant au retour leurs molues à Rouen. Dès juin 1519 les pêcheurs malouins faisaient sécher la morue au Sillon, comme ils ont fait longtemps après (3). En 1526 on signalait la présence aux pêcheries « des Bacallaos » d'un Breton, Nicolas Don (4), avec trente matelots. L'année suivante, Le 3 août, John Rut (5), un Anglais,
(1) Ramusio (Raccolta delle navigationi e viaggi, t. HT, p. 432) rapporte qu'en 1504 « detta terra & slata scoperta da 35 anni in qua cioè quella parte che corre levante e ponente per li Brettoniet Normandi, per la qual causa & chiamata questa tierra il capo delli Brettoni. »
(2) De LA Bonperte, Mélanges d'histoire et d'archéologie bretonnes, L. I, p. 153-6.
(3) Registre des audiences de Saint-Malo (Juin 1519).
(4) Herrera, De cad. HE, X, 9. « Escrivio al Emperador, Nicolas Don, natural de Bretana, que iendo con treinta marineros à la pesqueria de Baccalaos, »
(5) HaRRissE, Jean el Sébastien Cabot, p. 291.
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rencontrait dans la baie de Saint-Jean un autre navire breton. Rappelons encore à ce propos que les Espagnols, dans leurs premières expéditions à l'Amérique du Nord, employaient toujours des pilotes bretons. Ainsi en 1511, lorsque Juan de Agramonte (1) prépara son voyage, la reine Jeanne ne lui donna l’autorisation de partir qu’à la condition qu'il emploierait et qu'il irait même chercher des pilotes bretons. Donc, bien que de ces voyages de nos Bretons aucune preuve authentique ne nous soit parvenue, les plus fortes présomptions nous engagent néanmoins à croire que de simples pêcheurs ou d'humbles négo-
‘ clants ont fait silencieusement ce que refirent plus
tard, à grand bruit, les expéditions officielles. Leur gloire est anonyme, mais parait vraisemblable.
C'est seulement en 1506 que commencent, avec les Normands, les voyages certains.
Un grand nom domine ici tous les autres, celui de l’armateur dieppois Jean Ango. Ce fut un des personnages les plus sympathiques du seizième siècle, un vrai Francais par l'intelligence et le cœur tout aussi bien que par la hardiesse et l'esprit d'initiative. Fils unique d’un homme de pauvre extraction, mais qui s'était enrichi sur mer, il recut une excellente éducation, et fut de bonne heure associé à toutes les entreprises de son père. Toute une légion de
(1) NA,ARRETE, ouv. cit., L. I, p. 123. « Que por cuanto vos habeis de ir por los pilotos que con vos han de ir al dicho viaje la Bretäna. »
| hardis capitaines se pressait alors autour de l'en- F4 treprenant armateur. On à conservé le nom de quelques-uns d'entre eux, Pierre Crignon et Thomas | Aubert de Dieppe, Gamart de Rouen, Jean Denys
# de Honfleur, Parmentier, etc. Ce n'est pas dans les 11 relations françaises que nous avons retrouvé leurs noms. Ils sont mentionnés dans le recueil italien ,
de Ramusio (1). « Il y a environ trente-trois ans qu'un navire de Honfleur, dont Jean Denys était capitaine et le Rouennais Gamart pilote arrivèrent les premiers dans cette région (le Canada). — Vers l’année 1508 (2) un navire de Dieppe nommé la Pensée, appartenant à Jean Ango, père de monsei- \ gneur le capitaine et vicomte de Dieppe, et commandé par maitre Thomas Aubert y aborda également. Ce fut le premier qui ramena des indigènes. » Voici done deux voyages bien constatés : celui de Denys en 1506, et celui d'Aubert deux ans plus tard.
Il parait même que Denys avait dressé la carte de
la région, et que nous lui devrions la première deseription du golfe dans lequel se jette le Saint-Laurent. On lit en effet sur le catalogue de la biblio-
(1) Rauusi0, ouv, cit, t, LIFE, p. 423. « Sono circa 33 anni che “ un navilio d'Onfleur; all quale era capitano Giovanni Dionisio. etil pilotto Gamarto di Roano primamenté vando. »
(2) Id. : « Nell anno 1508 un navilio di Dieppa, detto la
Pensée, il quale era gia di Giovan Ango, padre del monsignor fl lo capitano et Visconte di Dieppa viando, sendo maestro over | 6 patron di detta nave maestro Tommaso Aubert, et fu il primo
che condusse qui le genti del detto paese. »
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