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navire rouennais, chargé de morues, capturé au retour par un capitaine anglais, Christophes Coo (1). En 1527 (2), un autre Anglais, John Rut, rencontrail dans la baie de Saint-Jean jusqu'à onze navires normands. La même année 1527, un capitaine castillan signalait dans cette baie jusqu'à cinquante navires (3), soit anglais, soit français, soit portugais. Rappelons également, mais sous bénéfice d'inventaire, que d’après Lescarbot, le seul écrivain qui ait mentionné cette expédition, un certain baron de Léry el Saint-Just, vicomte-de Gueu (#4, aurait débarqué vers 1528 à l'ile de Sable, au sud de cap Breton, et y aurait séjourné avec ses hommes pendant cinq ans, vivant de poissons et du laitage de quelques vaches. Enfin on à retrouvé dans les greffes de Normandie divers actes notariés où sont relatés les voyages de la Bonne-Aventure commandée par le capitaine Jacques de Rufosse, de la Sibille et du Michel appartenant à Jehan Blondel, de la Marie des Bconnes-Nouvelles
(1) Hanrisse, Jean et Sébastien Cabot, p.281.
(2) Hakzuyr, Princip. Navig., L. HE, p. 129.
(3) Cesare Duro, Arca de Noë, p. 316. « Cuyo capitan de-
claro que habia ido a reconecer los bacallaos y hallo alli unas cincuenta naos castellanas, 6 francesas, 6 portuguesas, que estoban pescando. »
(4) LescarBor, Histoire de ‘1 Nouvelle-France, 1621, p.22. « Et demeurerent là (ile du Sable) des hommes l'espace de cinq ans, vivans de poisson et de laictage de quelques vaches qui y furent portées il y à environ quatre-vings ans, au temps du roi Francois I, parle sieur baron de Leri et de Sainct Iust. vicomte de Gueu. »
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appartenant à Guillaume Dagyncourt, Nicolas Duport et Luys Luce, el commandée par Jehan Dieulois (4).
Si donc nous résumons ces premières notions, bien qu'incomplètes et confuses, il demeure établi que, depuis longtemps, des pêcheurs francais, surtout Basques, et des négociants, surtout Bretons et Normands, fréquentaient le grand banc de Terre-Neuve, les îles et les côtes voisines, et leur avaient imposé des noms qui rappelaient la patrie absente; mais, avant d'entrer dans la véritable histoire, et de citer un voyageur, dont au moins la relation à été conservée, il nous faudra descendre jusqu'à l'année 1523. C'est un voyageur au service de la France, le Florentin Verrazano. Si l'histoire se tait sur les autres entreprises maritimes tentées à la même époque dans cette iirection, en voici peut-être la raison.
La France, à cette époque, n'avait pas encore conquis la majestueuse unité qui fit sa grandeur dans les temps modernes. Elle ne présentait guère qu'une juxlaposition de villes etde provinces, qui, toutes, avaient des lois, des mœurs et des intérêts différents; de plus, le roi n'était qu'à peine obéi. A l'exception de quelques galères sur la Méditerranée, il n'y avait pas de marine royale. Aucun port sur l'Océan n'était
(1) GOSSELIN, Documents authentiques el inédits pour ser. vir à l'histoire de la marine normande pendant les seisième el dix-septième siècles ; Rouen, 1876.
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à la disposition du gouvernement central. Les uns étaient villes libres, les autres relevaient de grands feudataires. Tout ce qui se passait sur l'Océan était donc à peu près indifférent au roi. Les affaires maritimes ne le regardaient pas. Les négociants de la Rochelle ou de Dieppe n'ignoraient pas qu'ils n'avaient à attendre aucune protection de leur souverain. Aussi s'isolaient-ils du gouvernement. Ils ne lui donnaient même pas avis de leurs découvertes. Ils avaient assez à faire de lutter contre les rois d'Espagne et de Portugal qui les poursuivaient sur toutes les mers. Leur commerce était surtout interlope. En effet, du moment qu'on acceptait la fiction que, de tel degré à tel autre, toutes les terres, même celles qui n'étaient pas encore découvertes, appartenaient à tel ou à tel souverain, et que le
droit d'y trafiquer était la propriété de ce souverain,
il était logique d’appeler vol et de poursuivre comme piraterie tout commerce fait au profit d'un étranger. Dès lors nos marins, obligés de se défendre, devinrent tous corsaires. [ls avaient bien pour but l'échange, mais ils faisaient la course par occasion. C'est sans doute ce qui explique le silence de lhistoire à leur sujet. Ils se taisaient par prudence et par esprit mercantile, afin d'éviter ou du moins de retarder une concurrence qui diminuerait leur profit, et aussi pour que leurs rivaux ne les poursuivissent pas dans les régions dont ils s'étaient attribué le monopole. Ainsi que l'écrivail, non sans amertume,
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l'auteur d'un routier rimé, encore inédit, Jehan Mallart (1).
O quel meschef et quelle ingratitude
Ont commis ceulx qui scavent longitude
Qui nont voulu descrire oneques leur stille,
Car France feust maintenant à ses ysles
Ou Portugays ont place primeraine.
On peut, il est vrai, s'étonner que nos marchands n'aient pas songé à s'organiser en puissantes compagnies, et à fonder des colonies; mais, dans les idées du temps, commercer c'était métier de marchand, coloniser c'était métier de roi. Or, nos souverains se désintéressant de loute question maritime et ne songeant pas à créer des colonies, nos négociants se contentèrent de visiter, mais non de coloniser, les régions dont ils exploitaient les richesses. C'était déjà pour eux bien assez d’audace que d'aventurer sur l'Océan et leurs fortunes et leurs personnes, malgré les hostilités des Espagnols et des Portugais.
Tout change avec Francois I" et ses successeurs. Non seulement le commerce prend son essor au grand jour, mais encore le roi intervient personnellement dans les affaires d'outre-mer. Il prend à sa solde des marins et des soldats, les couvre de sa protection contre toute agression étrangère et essaie d'établir des comptoirs et des colonies. François [°", en effet, voyant les rois d'Espagne, de Portugal,
(1) Cité par Harrisse, Les Cabot, p. 228.
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d'Angleterre même, prendre une part directe aux entreprises maritimes, comprit tous les avantages que retiraient ces souverains de l'exploitation des richesses encore presque inconnues du Nouveau- Monde. De plus, une question d'amour-propre le piquait au jeu. Les rois d'Espagne et de Portugal ne s’arrogeaient-ils pas la propriété exclusive de l'Océan, prétendant traiter en pirates tous les étrangers qu'ils y surprendraient? Francois I demanda (1) d'abord, avec esprit, qu'on lui montràt l'article du testament d'Adam qui lexeluait d'Amérique; puis, trouvant avec raison qu'un mot Beureux ne suffisait pas, il se décida à envoyer un homme à lui faire u voyage de découvertes, qui serait comme l'annonce de plusieurs autres.