‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 31 sur 61 · DOCUMENTS À CONSULTER SUR JAGQUES CARTIER · texte numérisé non relu

DOCUMENTS À CONSULTER SUR JAGQUES CARTIER

Saint-Malo, 28 mars 1533. Arrêt de la cour de l’amirauté de Saint-Malo permettant à Cartier de recruter ses équipages.

Discours fait par le capitaine Jacques Cartier en la terre Neufve de Canada, dite nouvelle France, en l'an mil cinq cens trente quatre.

30 octobre 1534. Commission donnée à Cartier par l'amiral Chabot-Charny.

Saint-Malo, 30 mars 1535. Rôle des équipages de Cartier.

Brief récit et succincte narration de la navigation faite en 1535 et 1536 par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada. Hochelaga, Saguenay et autres, avec particulières mœurs, langaige et cerimonies des habitants d'icelles fort delecta ble à veoir.

Saint-Pris, 17 octobre 1540. Lettres patentes de François I°". instituant Cartier pilote général.

Saint-Pris, 20 octobre 1540. Permission donnée à Cartier, par le dauphin Henri, duc de Bretagne, d'emmener au Canada cinquante prisonniers,

Fontainebleau, 12 décembre 1540. Lettres patentes de Francois I‘ pour assurer le re ‘utement des équipages de Cartier, et se plaindre des retards de l'expédition.

Relation abrégée du troisième voyage de Cartier, insérée dans le Recueil de Hackluyt.

Évreux, 3 avril 1543. Francois 1°" institue une commission

bous-même écrit, le 31 décembre 1494, mais entre le 7 juin et le 23 décembre 14914, I résulte en effet d'un (1) procès, en date du 2 janvier 1548, procès auquel figurait en qualité de témoin Jacques Cartier, qu'il avait à cette époque cinquante-six ans. Le 23 décembre 1551, (2) assigné comme témoin par une certaine Marie du Rocher, il déclare avoir soixante ans. Le 6 juin 1556 (3), témoignant en faveur d'une

pour le règlement des dépenses faites par Roberval et Cartier.

Saint-Malo, 21 juin 1544. Règlement de comptes entre Roberval et Cartier. |

Paris, 14 janvier 1588. Henri III concède aux neveux de Cartier, Jacques Nouël et la Jannaye Chatton, le monopole du commerce du Canada pour douze années.

Rennes, 11 mars 1588. Protestation des Malouins contre le privilège accordé à Nouël et la Jannaye.

Rouen, 9 juillet 1588. Révocation du privilège.

Un ancien éleve de l'école des Chartes, M' Joüon des Longrais. vient de publier sur Jacques Cartier (Paris, 1888, Alphonse Picard) une série de documents inédits qui nous permettront de renouveler ou tout au moins de rajeunir la biographie du découvreur malouin. Tous ces documents ne présentent pas, il est vrai, le même intérêt, mais plusieurs sont de la plus grande importance, et ce fut pour nous une véritable bonne fortune que la publication de ce précieux recueil,

(1) Appointement à produire pour informer de l’estat sur la queste de Moyne. (Archives d'Ille-et-Vilaine) — Joüon des Longrais, p. 5

‘2) Adjudication de bonne prise de trois navires flamands et espagnols : le faucon-Blanc, V' Assomption de Biscaye, le Griffon, Joüon des Longrais, p. 7.

3) Procès de Perrine Gaudon, accusée d'avoir fait gras la veille de la Pentecôte, Joüon des Longrais. p. 84.

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certaine Perrine Gaudon, accusée injustement, il se donne soixante-quatre ans. Ges trois déclarations concordent entre elles, et nous permettent de reporter à l’année 1494, entre le 7 juin et le 23 décembre, la date de la naissance de Cartier (4).

On ne connait pas exactement le nom du père de Jacques Cartier, On à mis en avant un certain Jamet Cartier, né le 4 décembre 1458, qui épousa Josseline Jansart. Jean, Pierre et Étienne Cartier, fils de Jean Cartier et de Guillemette Baudouin, peuvent également être proposés, car on retrouve tous ces noms dans Îles archives de la mairie de Saint- Malo. Nous ferons néanmoins remarquer que les reaistres de l'état civil de cette ville permettent toutes les attributions, car ils sont fort incomplets et ne conliennent aucune mention précise sur la filiation de notre héros. Un fait seulement se dégage, c'est qu'il appartenait à une famille de marins, et que, de très bonne heure il commenca son rude apprentissage de navigateur.

Quelles furent les premières contrées qu'il visita? On sait déjà que les Bretons et les Normands étaient fort nombreux, dans les premières années du seizième siècle, aux pêcheries du Labrador et du golfe Saint-Laurent. Il est très probable que Cartier suivit à diverses reprises ses compatriotes malouins dans

(1) Hanvur, Jacques Cartier. Recherches sur sa personne el sa famille. (Revue de Bretagne et de Vendée) octobre 1884.

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ces parages difficiles, et y acquit les connaissances pratiques et les qualités de sang-froid et d'énergie, dont il devait plus tard donner tant de preuves. Nous retrouvons d’une facon plus authentique les traces de ses voyages au Brésil. Non seulement, dans le récit de ses voyages {1), il aimait à se rapporter à des notions acquises par lui dans un séjour antérieur au Brésil, mais un curieux document (2), en date du 30 juillet 1528, nous le montre faisant tenir sur les fonts baptismaux, par sa femme Catherine des Granches, une certaine Catherine du Brezil, sans douteune enfant que, suivant l'usage de l’époque, il avait ramenée du Nouveau-Monde. Il avait en outre, dans ses

voyages au Brésil, acquis une connaissance assez

approfondie de la langue portugaise pour être choisi comme interprète par des Portugais, prisonniers à Saint-Malo. Le 10 avril 1544 (3), le capitaine portugais Antonio Albarès, dont le navire la Fantaisie avait été capturé par deux Malouins, lehan Lhostellier et Clavegris, le priait de vouloir bien lui servir d'interprète dans son procès contre les capteurs, et le 25 mars 1557 deux autres Portugais, Manuel Alfonce (4), et Gonsalo Gauces, dont la caravelle avait

(1) Voyage de 1545, p. 30-31. « Le dict peuple vit en une communauté de biens assez et de la sorte des Brisilians. » — « Leur bled lequel est gros comme poix, et de ce même en croist assez au Brésil. »

(2) Document cité par Joüon des Longrais, p. 15.

(3) Id., p. 56

(4) Id., p. 99.

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été prise par des corsaires malouins, Pepin de la Broussardière, Francois Lucas et Hervé de la Lande le priaient de certifier « la prodhomye et suffisance » en qualité d'interprètes, de Bertran de Serences et Jacques Boullain.

Dans ces voyages répétés soit aux « Terres-Neuves » de l'Amérique du Nord, soit au Brésil, Cartier avait acquis grand renom et honnête aisance. Il songea à se marier, et, en avril 1520, obtint la main de Catherine des Granges ou des Granches. Cette jeune fille appartenait à une des familles les plus considérables de la cité bretonne. Son père, Jacques des Granges était connétable de la ville. Il était fort estimé de ses concitoyens. Catherine semble avoir hérité de cette considération. De juillet 1598 à septembre 1567 (1), son nom figure à vingt-neuf reprises différentes dans les actes paroissiaux en qualité de marraine. Cartier semble avoir beaucoup aimé sa femme. Aussi bien il en portait le souvenir avec lui dans ses voyages, et plusieurs îles et havres du Canada devaient plus tard, en son honneur, porter le nom de Sainte-Catherine (2.

Jacques Cartier, dans ses nombreux voyages sur

(1) Document cité par Joüon des Longrais, p. 185-7.

(2) Le passage de la relation de 1541 ne semble-t-il pas une allusion à Catherine Desgranges : « Trouvasmes des terres à montagnes moult hautes et effarables, entre lesquelles il y a une apparaissante estre une granche, et pour ce nommasmes nous ce lieu les monts des Granches ? »

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l'Atlantique, avait formé un double projet : en premier lieu visiter méthodiquement et décrire avec précision les iles et les côtes que ses compatriotes parcouraient déjà, mais uniquement au point de vue commercial. Il désirait surtout découvrir ce mystérieux passage d'Europe en Chine par le nord-ouest, que l’on devait chercher pendant plusieurs siècles avec une si admirable persévérance. En second lieu ce qui le poussait à entreprendre cette difficile expédition, c'était son ardent désir de convertir au christianisme des peuples idolâtres. Il à lui-même exprimé ses intentions dans une lettre adressée au roi Francois [‘, et dont certains passages méritent, par leur étrangeté, d’être cités ici.

« Considérant, o mon très redoubté prince, les srandz biens et dons de grace qu’il a plu à Dieu le Createur faire à ses creatures... je regarde que le soleil qui chascun jour se lieve à l'orient et se recouce à l'occident, faict le tour et circuit de la terre, donnant lumiere et chaleur à tout le monde en vingt quatre heures... à l'exemple duauel je pense à mon foible entendement et sans autre raison y alleguer, qu'il plaist à Dieu par sa divine bonté que toutes humaines creatures estans et habitans soubz le globe de la terre, ainsy qu'elles ont veue et congnoissance d'iceluy soleil, ayt et ayent pour la temps advenir congnoissance et creance de nostre saincte foy. Car premièrement icelle nostre saincte foy a été semée et plantée à la terre saincte, qui est

)r'e- en Asye à l’orient de nostre Europe. Et depuis par

vec succession de temps apportée et divulguée jusques

btes à nous, et finalement à l'occident de nostredicte #3

rue Europe, à l'exemple dudict soleil portant sa cha- nl

Ys- leur et clarté d’orient en occident... » ja

est, Ce n'était point de la part de Cartier protestation :

les . hypocrite de zèle religieux. Par toute sa conduite à

eu dans ses divers voyages, il affirmera son désir et

bé- sa ferme volonté de répandre la foi chrétienne. On ÿ

au dirait un fervent missionnaire qui ne recherche et

ne . n’espère que la conquête des âmes. |

au Donc étendre par des découvertes géographiques 1

t, l'action extérieure de la France, augmenter le nom- L bre des fidèles en convertissant des peuplades ido-

es lâtres, telle était la double pensée de Cartier. Tels

le furent les plans que, par l'entreprise de son beau-

le père, le connétable de Saint-Malo, il proposa à l'a-

e miral de France, Philippe de Brion-Chabot.

a Ce dernier, depuis quelque temps déjà, poussait :

e son maitre, François [‘", à reprendre le dessein d'é- Û

e tablir au Nouveau-Monde une colonie française.

k On ne parlait alors, dans l’Europe entière, que des

à merveilleuses conquêtes des Espagnols. Les exploits

c de Balboa, de Cortez, et de Pizarre hantaient les

imaginations. Aussi, bon nombre d’aventuriers fran- 1}

; cais, sans attendre la permission du roi, couraient- nl

ils, sur toutes les mers, à la recherche de la fortune. François [‘* aurait voulu prendre sous sa protection ces aventuriers, et, en face de l'empire colonial

portugais ou espagnol, créer une France nouvelle. Ce qui l’excitait ce n’était pas seulement l’amourpropre, le désir de rivaliser avec des souverains contre lesquels il soutenait déjà en Europe une lutte gigantesque; lui aussi voulait arracher à leurs erreurs des populations idolâtres et les convertir au christianisme. Malgré l'insuccès des expéditions précédentes, il ne laissait pas de nourrir dans son cœur l'espérance de porter la foi chrétienne aux Terres-Neuves. II faisait même élever et instruire dans la foi catholique plusieurs sauvages qui lui avaient été amenés de ces lointains pays. Il se proposait de les v renvoyer ensuite avec des colons français, pour que ces néophytes pussent faciliter, en qualité d'interprètes, la conversion de leurs compatriotes. [la pris soin de nous faire connaître ses desseins dans les lettres patentes qu'il conféra plus tard à Cartier, le 17 octobre 1540 (1) :

« Comme pour le désir d'entendre et avoir congnoissance de plusieurs pays que on dict inhabitez, et aultres estre pocedez par gens sauvaiges vivans sans congnoissance de Dieu et sans usaige de raison, eussions des piecza à grandz fraiz et mises envoyé descouvrir esdits pays par plusieurs bons pillottes et aultres nos subjectz de bon entendement, scavoir et expérience, qui d'iceux pays nous avoient amené

(1) Acrnen Ra&é. Documents inédils sur Jacques Cartier, p. 12.

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divers hommes que nous avons par long temps tenuz en nostre royaume les faisans instruire en l’amour et crainte de Dieu, et de sa saincte loy et doctrinechreslienne, en intention de les faire revenir esdicts pays en compaignie de bon nombre de nos subjectz de bonne volonté, aflin de plus facillement induire les autres peuples d’iceux pays à croire en nostre saincte foy. »

Ce double rôle de protecteur du commerce francais et de défenseur ou plutôt de propagateur du christianisme convenait à François If". Il associait ainsi res intérêts politiques à ses devoirs de chrétien, et, tout en soutenant avec honneur la puissance francaise, il prouvait une fois de plus que le roi de France était le fils aîné de l'Église. Aussi l'amiral de Brion-Chabot avait-il beau jeu pour rappeler au roi tous les avantages de la fondation d’une colonie au Nouveau-Monde. Comme it avait sous la main un pilote expérimenté, un homme qu'il pouvait présenter au roi en toute confiance comme le chef de l’expédition projetée, ce dernier accorda tout de suite à l'amiral la permission demandée et envoya ses instructions définitives.

La nouvelle de l'expédition projetée fut mal accueillie par les Malouins. Nombre d'entre eux n'avaient pas attendu l'autorisation royale pour explorer les terres nouvellement découvertes, et, comme ils gardaient soigneusement le secret de leurs itinéraires, ils retiraient des profits considérables de leur

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commerce avec les peuplades américaines. Bois précieux, ustensiles bizarres, et surtout fourrures de grand prix étaient par eux achetés à vil prix en Amérique et revendus fort cher sur les marchés français. Jaloux de conserver ce monopole, et craignant la concurrence, même de leurs compatriotes, ils n’osèrent pas entrer en lutte ouverte contre l’amiral et son protégé, mais ils firent en quelque sorte le vide devant eux. Impossible à Cartier de compléter ses cadres, Les matelots et les maîtres d'équipage avaient disparu. Il fut obligé de recourir à la haute intervention de son protecteur, qui, le 28 mars 1533, fit rendre (1) par la cour de Saint-Malo une ordonnance en vertu de laquelle « est donné pouvoir et auctorité, commission et mandement espécial aux sergens généraulx de ceste dicte court et à chacun de fère, à instance et requeste audit Cartier, et audit nom de l’auctorité de ladite court, arrestz sur tous et chacuns les navires de ce port et havre et de toute la juridiction, avecques prohiber et deffandre à touz et chacun les bourgeoys et maistres de navires de non les fere deplacer de cedit port et havre de ceste ville des lieux où y sont, et de non les fere voiaiger, ne fere aultre navigation jucques à ce que | tout premier lesdits deux navires audit Cartier, et audict nom, soient deubment equippez de maistres | mariniers et compagnons de mer, en ensuyvant le

1) RaMÉ, ouv. cit., p. 8-5.

prés de en hés 'aies, mirte lé- 8e

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bon-plaesir et voulloir dudict seigneur, à la paine de cinq cents escuz pour chacun des dits navires, el lesdits maistres miariniers et compagnons chacun à la paine de cinquante eseuz. »

L'amende était considérable; on savait que l'amiral était parfaitement décidé à ne pas revenir sur sa décision, et que Cartier de son côté aimerait mieux se brouiller avec quelques-uns de ses compatriotes que renoncer à son projet. Des ordres furent donnés. Matelots et maîtres d'équipage se retrouvérent comme par enchantement, et Cartier fut aussitôt en mesure de mettre à la voile. Le 20 avril 1534, il partait de Saint-Malo avec deux bâtiments de soixante tonneaux et cent vingt-deux hommes d'équipage. C'étaient de minces ressources pour une expédition aussi difficile; mais les capitaines du seizième siècle affrontaient sans trembler les périls de l'Océan. Leurs détracteurs ont prétendu qu'ils n'en n'avaient pas conscience. A quoi sert de rabaisser les nobles sentiments et les grands caractères? Croyons plutôt, pour l'honneur de l'humanité, que cette héroïque légion de découvreurs, Espagnols, Portugais, Anglais, Français, peu importe lewi nalionalité, connaissaient au contraire les dangers auxquels ils s'exposaient, etles affrontaient, parce qu'ils

croyaient remplir un devoir. Jacques Cartier était de:

ceux qui ne reculent jamais devant l'accomplisse-

ment de leur devoir. Sans s'inquiéter de la petitesse de ses navires et du faible nombre de ses compa-

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genons, il prit donc la mer dans la direction du nordouest.

Jacques Cartier à composé la relation de ce premier voyage. Elle ne fut imprimée à Paris qu'en 1545 et à Rouen qu'en 1598. Cette relation était devenue fort rare, presque introuvable. Ramusio et Hackluyt, dans leurs Collections de voyages, et Lescarbot dans son Histoire de la Nouvelle-France, avaient inséré cette relation, mais Ramusio et Hackluyt n'avaient donné qu'une traduction italienne ou anglaise, et Lescarbot qu'une paraphrase. Les Canadiens, plus jaloux que nous autres de conserver les souvenirs et la gloire de l'homme qui fonda leur nationalité, publièrent en 1843 une nouvelle édition de la relation de Cartier, mais les publications de la Société littéraire et historique de Québec sont peu répandues en France, et c'est un véritable service que rendit M. Édouard Charton à tous les amis de la science en reproduisant cette relation dans le quatrième volume de ses Voyageurs anciens et modernes (1857). Deux érudits contemporains, MM. Michelant et Ramé en ont donné dix ans plus tard une dernière et définitive édition. C’est un tardif hommage à la mémoire du navigateur malouin. Nous nous attacherons exclusivement à cette dernière édition dans le résumé que nous allons entreprendre de ce premier voyage.

Le voyage fut heureux et les vents favorables. Le 10 mai, les Malouins arrivaient en vue de Terre-

Neuve, aux alentours du cap Bona-Vista. IIS ne purent aborder tout de suite à cause des glaces flotlantes, et descendirent au sud jusqu'à un port qu'ils nommèrent Sainte-Catherine. Is ÿ séjournèrent une dizaine de jours attendant le beau temps. Le 21 mai, nouveau départ, encore dans la direction du nord, jusqu'à de petits ilots, qu'ils nommérent iles des Oiseaux, à cause de la prodigieuse quantité d'oiseaux qui y avaient élu domicile. Ces îlots étaient entourés de glaces, mais on mit les chaloupes à la mer et « de ces oiseaux nos deux barques se chargèrent en moins d'une demi-heure, comme l'on aurait pu faire de cailloux, de sorte qu'en chasque navire nous en fismes saler quatre où cinq tonneaux, sans ceux que nous mangeämes frais. » Rien de plus exact que cette description, Les glaces du pôle descendent en effet jusqu à Terre-Neuve et rendent très difficile la navigation dans ces parages. Quant aux oiseaux, si leur nombre a diminué, leur sottise est toujours la même. Ce sont des guillemots ou des pingouins. On les prend à la main, on les assomme à coups de bâton, et ceux qui ont survécu au massacre reviennent l’année suivante se faire tuer au même endroit.

Cartier fut très surpris de trouver sur ces iles un ours «€ gros comme une vache, blanc comme un

cygne, lequel sauta en mer devant eux. » Le lende-

main ils le trouvèrent en mer, à moitié chemin de

la grande île, « nageant vers icelle, aussi viste que

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nous qui allions à la velle, mais l'ayans apperceu luy donnasmes la chasse par le moyen de nos barques, et le prismes par force. » Certains commenlateurs ont argué de ce passage pour accuser Cartier de mêler des fables à ses récits. Nous pensons au contraire que Cartier fut toujours sincère. Si quelquesunes de ses observations ont prêté le flanc à la critique, c'est qu'elles furent mal faites, mais presque loujours nous aurons à constater chez lui la plus grande véracité. Ainsi s'explique tout naturellement l'épisode de l'ours blanc. Il peut sembler étrange qu'un ours essaye de traverser à la nage le déu cit de’ quatorze lieues de large qui sépare les iles des Oiseaux de Terre-Neuve, mais, outre que ces animaux sont d'excellents nageurs, ils savent se servir

en guise de radeaux de ces masses flottantes de. glace toujours si nombreuses dans les parages de Terre-Neuve. Quelques-uns d'entre eux accomplissent parfois sur de semblables esquifs de véritables traversées. Le récit de Cartier est donc absolument vrai.

Après avoir reconnu les iles des Oiseaux, nos Francais longérent la côte, observant avec soin les caps, les baies et les iles, auxquels ils imposaient des noms qui rappelaient la patrie absente. Cartier dressait la carte du pays, mentionnait avec une prévoyance touchante pour ses successeurs, les écueils et les hauts-fonds à éviter, en un mot ne s’avancait qu'en prenant les précautions nécessaires à un

voyage d'exploration. Il arriva bientôt à la pointe nord de Terre-Neuve, qu'il nomma Carpont ou Quirpont, le nom s’est conservé, et s'engagea dans le détroit de Belle-Isle entre Terre-Neuve et le Labrador. Il quitta alors Terre-Neuve et reconnut sur les côtes du Labrador de nombreuses baies et iles. Il nomma une de ces baies Brest, et à l'autre ses matelots, par un sentiment légitime de reconnaissance, imposèrent le nom de Jacques-Cartier. Ces dénominations ont aujou"d'hui disparu. Brest parait correspondre à la baie du Vieux-Fort, et Jacques Cartier à celle de Shecalica. Il est fâcheux que les Canadiens n'aient pas conservé ces noms qui rappelaient d'honorables souvenirs.

Tout près de ce dernier port (en général on n'a pas assez remarqué cet incident du voyage), nos Français trouvèrent un grand navire de la Rochelle, armé pour la pêche. Mi ie capitaine ni les matelots ne savaient au juste où ils étaient. Cartier les accosta et les remit dans leur chemin. N’est-il vraiment pas curieux de constater que, au moment même où s'accomplissait une expédition oflicielle, les vaisseaux du roi rencontraient ainsi un navire marchand, qui, sans mission aucune et simplement par esprit d’entreprise commerciale, visitait les mêmes régions? C’est une preuve entre mille que la navigation francaise devait être dans ces parages beaucoup plus active qu'on le croit communément, et que le nombre des expéditions anonymes était considérable.

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