‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 32 sur 61 · TT · texte numérisé non relu

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Pour un navigateur connu combien d’oubliés! Pour un navigateur dont le souvenir s’est conservé, combien de perdus à tout jamais!

Le pays que longeait Cartier lui semblait peu favorisé. « Si la terre correspondoit à la bonté des ports, € ivait-il, ce seroit un grand bien, mais on ne la doit point appeler terre, mais plustost cailloux et rochers sauvages, et lieux propres aux bestes farouches. D'autant qu'en toute la terre devers le nord, je n'v vis pas tant de terre, qu'il en pourroit tenir en un benneau... Et en somme je pense que ceste terre est celle que Dieu donna à Caïn. » Sur cette côte aride furent rencontrés les premiers indigènes qu'on eut encore apereus. Ce n'étaient plus ces sauvages qui avaient tant de plaisir à contempler les Européens, et qui les comblaient de cadeaux et de prévenances; c'étaient de vrais barbares, défiants et rusés, réfractaires à la civilisation. Ils étaient et sont encore de forte taille, portent les cheveux attachés au sommet de la tête et traversés par un petit morceau de bois. Des peaux d'animaux les recouvrent, eux et leurs compagnes. [ls sont tatoués. Leurs pirogues sont faites d'écorce. D'ordinaire ils ne viennent à la côte que pour y prendre des loups marins ou des poissons. Cette description est d'une exactitude extraordinaire et s'applique encore trait pour trail aux tribus du Labrador.

Du 13 au 2% juin, Cartier, qui avait repris la direction du sud, s'engagea dans le détroit de Belle-fsle,

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mais en se rapprochant de la côte occidentale de Terre-Neuve. Il y découvrit successivement, nous donnons les noms actuels, la pointe Riche, les hautes terres du sud de la baie d'Ingornachoix, le cap Têtede-Vache, Bonne-Baie, la baie des îles et le cap à l’Aiguille. C'est là que le surprit un de ces brouillards intenses, si fréquents et si dangereux à Terre-Neuve, et qui sont la cause de tant d'accidents. De nos jours les navires suspendent leur marche, quand surviennent ces brouillards, ou bien, s'ils sont forcés de la continuer, n'avancent qu'avec les plus grandes précautions. Encore les sinistres sont-ils nombreux! Cartier ne prit seulement pas garde à ce brouillard. Il se contenta d'enregistrer l'incident sur son journal de bord et continua le voyage.

A la pointe des Aiguilles la côte tournait brusquement à l’est. Si Cartier avait continué de la longer, il serait revenu à son point de départ, en constatant que Terre-Neuve était une ile; mais il ne jugeait pas sa tâche suffisamment remplie, et, malgré le brouillard, cessa de suivre la côte, et se lanca hardiment dans l'ouest.

Cartier en effet ne songeait pas seulement à trouver des îles ou des terres nouvelles. Il avait aussi la noble ambition d'attacher son nom à la découverte de ce fameux passage nord-ouest, qui ouvrirait aux vaisseaux de son pays le chemin de la Chine. Sur ce point il s'était déclaré l'héritier et le continuateur

de Verrazano. Aussi toutes les fois que deux îles,

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en se rapprochant l’une de l'autre, lui permettaient d'espérer qu'entre elles s'ouvrait peut-être le détroit qui conduisait au passage si désiré, il n'hésitait pas à s’y aventurer, C'est sans doute ce qui nous explique pourquoi, voyant la côte s’infléchir au sud-est, ilne voulut pas poursuivre Jusqu'au bout sa découverte, et prit la haute mer dans la direction de l'ouest.

Cartier rencontra d'abord d'autres îles, qu'il nomma pour la seconde fois îles des Oiseaux, et qui ont gardé ce nom. Il débarqua ensuite dans une autre ile, toute voisine, qu'il nomma Brion, en l'honneur de l'amiral de France, vicomte de Chabot et seigneur de Brion. Cette ile était fertile; « de meilleure terre que nous eussions oncques veuë, en sorte qu'un champ d'icelle vaut plus que toute la terre neufve ; nous la trouvasmes plaine de grands arbres, de prairies, de campagnes plaines de froment sauvage, et de poix qui estoyent fleuris aussi espais et beaux comme l'on eust peu voir en Bretagne, qui sembloyent avoir esté semez par des laboureurs; l’on y voyoit aussi grande quantité de raisins ayant la fleur blanche dessus, des fraises, roses incarnates, persil, et d’autres herbes de bonne et forte odeur. » Sur les rochers qui bordent l'ile on trouva des morses,. Cartier les décrit avec naïveté mais exactitude. « A l’entour de ceste isle il y a plusieurs grandes bestes comme grands bœufs, qui ont deux dents en la bouche comme d’un éléphant, et vivent mesmes

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