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sitôt du continent. Elles portaient les amis des deux Indiens qui venaient leur dire adieu.
Le lendemain et les jours suivants Cartier reprit sa marche. Les navires longeaient alors la côte actuelle de la Nouvelle-Écosse. On découvrit différents caps auxquels on donna les noms de Saint- Louis et de Montmorency. Toujours préoccupé par son désir de trouver un passage, Cartier visitait soigneusement la côte, espérant toujours qu'elle s’ouvrirait à ses ardentes investigations; mais les rivages succédaient aux rivages, et rien ne faisait prévoir qu'on rencontrerait le détroit tant cherché.
En remontant vers le nord, Cartier s'approchait de l'embouchure du Saint-Laurent. C'est une des régions les plus dangereuses de l'Océan. Le grand fleuve, emporté à la mer par la rapidité de la pente, roule une masse énorme d’eaux froides qui rencontrent brusquement les eaux chaudes du Gulf stream. Une sorte de combat s'établit, et tout l’espace compris entre Terre-Neuve et le continent est le théâtre de brusques changements de température, et de soudaines variations, selon que l'emporte le fleuve ou le courant marin. Notre capitaine ignorait ces particularités, mais la force de la marée le frappait d’étonnement et la violence des vents empêchait son navire d'avancer. De plus les vivres commencaient à s’épui-
ser. Il assembla ses équipages, leur communiqua ses craintes, et finit par leur proposer de retourner en France. « Mesme que les tempestes commencoyent à
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s’eslever en ceste saison en la terre Neufve, que nous estions de lointain pays, et ne sçavions les hasards et dangers du retour, et pour ce qu'il estoit temps de se retirer, ou bien s'arrester là pour tout le reste de l'année. Outre cela nous discourions en ceste sorte, que si un changement de vens du nord nous surprenoit qu'il ne seroit possible de partir. Lesquels advis ouys et bien considerez nous firent entrer en deliberation certaine de nous en retourner. » On était alors au jour de Saint-Pierre. Cartier donna le nom du saint au détroit dans lequel il se trouvait. Ce détroit a gardé son nom. Il s'étend du cap Gaspé à l'île d’Anticosti. I chercha ensuite à doubler le cap pour prendre la direction de l’est et revenir à Terre- Neuve.
Arrrvés au Cap, les Français aperçurent de la fumée. Comme le vent soufflait de la côte, ils n'osèrent pas aborder, mais douze indigènes se détachèrent avec leurs pirogues, et accostèrent le navire sans le moindre embarras, « aussi librement comme si ce fussent esté Francois; » ce qui laisse supposer qu'ils connaissaient déjà nos compatriotes et prouve une fois de plus que les voyages clandestins avaient depuis longtemps précédé les explorations officielles. Ces sauvages apprirent à Cartier que leur cacique se nommait Tiennot. On aura remarqué ce nom de Tiennot ou Étiennot, qui a une allure toute francaise. Est-ce donc qu'un de nos compatriotes avait été jeté par les hasards d’une vie aventureuse sur cette par-
tie du continent américain, et la colonisation du Canada par la France avait-elle commencé? Nous n’avançons ici, bien entendu, qu'une hypothèse, et rien ne la justifie qu'une assonance, peut-être due au seul hasard, Cartier nomma ce cap le cap Tiennot. Il paraît correspondre au mot Joli de nos jours.
Du cap Tiennot les Français se dirigèrent sur Terre-Neuve, doublèrent l'ile au nord, et, sans encombre, traversèrent l'Atlantique. Le voyage de retour dura du 15 août au 5 septembre. Il fut d'une rapidité exceptionnelle. A grand'peine de nos jours les meilleurs voiliers accomplissent la même traversée dans le même temps. Il faut que Cartier ait, du premier coup, trouvé la route la plus directe et qu'il y ait maintenu son navire avee une précision mathématique : ce qui dénoterait en lui des connaissances scientifiques toutes spéciales.
De Saint-Màlo on était parti; à Saint-Mâlo on revint. Le voyage avait en tout duré cent quarante-sept jours, du 20 avril au 5 septembre 1534, et, certes, il avait été fécond en résultats de tout genre. On avait reconnu une partie des côtes de Terre-Neuve, longé le Labrador, découvert toutes les iles semées dans le golfe du Saint-Laurent, et longé la côte de la Nouvelle-Écosse. Partout on était entré en relations avec 157 indigènes, auxquels on avait annoncé le prochain retour des navires, et on avait pris possession du pays au nom de la France. De magniti-
ques destinées s’ouvraient alors devant nous. Pour